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Romeo: un robot au micro ~ J-1

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Nao observe Romeo
Nao observe Romeo
© Radio France - Rachel Huet

Un robot dans une émission de radio ? Que peut-on attendre de la participation de Romeo ? Question légitime à la veille de la table ronde qui se tiendra à la Sorbonne, dans le cadre du Forum France Culture « L’année vue par les sciences », à 16h30.

Les robots ont déjà changé nos vies en profondeur. Sous leur forme industrielle, ils ont remplacé un grand nombre de travaux pénibles pour les humains, dans les usines automobiles par exemple. Au prix des emplois correspondants, certes, mais en améliorant considérablement les conditions de travail. Et en faisant considérablement baisser les coûts de production. Sans les robots, combien coûterait aujourd’hui une voiture ? A la maison, le terme robot est utilisé, assez abusivement, pour qualifier certains instruments de cuisine mais aussi pour les aspirateurs autonomes. Et Romeo, lui, franchit un pas supplémentaire en prenant soin d’une personne en situation de perte d’autonomie.

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La main de Romeo
La main de Romeo
© Radio France - Rachel Huet

De quoi relancer des espoirs mais aussi des craintes qui remontent à l’invention du mot lui-même par le tchèque Karel Čapek en 1920. Dans sa langue, robota signifie « corvée ». En Russe, aujourd’hui, rabotat veut toujours dire « travailler ». La pièce de Karel Čapek, intitulée R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), se situe dans une usine de fabrication de robots située sur une île. Lorsqu’un ingénieur dote ces robots biologiques et androïdes d’une forme de sensibilité et d’intelligence, il ne leur faut que 10 ans pour se révolter et anéantir l’humanité.

Près d’un siècle plus tard, la série « Real Humans : 100% humain », créée par le suédois Lars Lundström et diffusée en Suède en 2012, reprend de nombreux points de la situation imaginée par Karel Čapek. Ses robots ont également une apparence humaine mais poussée au point de ne plus être distinguables d’un « 100% humain ». Dotés d’une intelligence supérieure et d’une forte sensibilité, leur objectif est de s’affranchir de l’état sous-humain dans lequel les 100% humains les confinent. Mais l’on sent qu’une fois émancipé, ces robots risquent fort de prendre le pouvoir et d’inverser la hiérarchie. Les hommes sont menacés d’un avenir de « sous-humains » dominés par les robots.

Ces deux œuvres, et bien d’autres, exploitent la crainte que les machines « intelligentes » génèrent systématiquement en Occident. La situation est très différente en Asie. Frédéric Kaplan, qui a travaillé chez Sony sur le robot chien Aibo, note que« Dans la culture et la religion japonaise, la distinction entre l'homme, l'animal et la machine n'est pas aussi fondamentale qu'en Occident » . Notre problème serait ainsi lié à la question de l’identité, de notre identité d’humain. En effet, plus l’apparence physique et les moyens d’expression (voix, gestes, intelligence...) des robots se rapprochent des nôtres, plus le malaise grandit. Et une question angoissante nous envahit : « Si une machine peut faire aussi bien, voire mieux, que nous, que nous reste-t-il pour nous distinguer d’elle ? »

La tête de Romeo sans son crane
La tête de Romeo sans son crane
© Radio France - Rachel Huet

Ce malaise atteint son comble lorsqu’il met en jeu notre capacité d’attachement. Et cette dernière est immense. J’ai pu constater, lors d’une démonstration d’Aibo, que, malgré l’apparence très stylisée de ce robot-chien, de nombreux spectateurs en tombaient littéralement amoureux en un clin d’œil. Si nous pouvons aimer aussi facilement un bout de métal capable d’imiter un chien, que va-t-il se passer face à un humanoïde qui parle, répond aux questions et nous aide dans nos taches quotidiennes ?

Là encore, la distinction homme-animal-machine se pose de façon particulièrement aigüe. Elle, qui existait déjà avec l’attachement homme-animal, franchit une nouvelle étape : elle sort du domaine du vivant. Nous devenons capables d’adorer une créature inerte composée de métaux, de plastique, de puces électroniques et... de lumières clignotantes. De quoi nous faire penser aux idoles antiques ou au Golem de la mythologie juive, sorte d’être embryonnaire, artificiel, humanoïde fait d’argile. Le Golem est une sorte d’esquisse d’Adam on encore pourvue d’âme par Dieu.

Les pieds de Romeo
Les pieds de Romeo
© Radio France - Rachel Huet

Fabriqué par l’homme, le robot est-il un Golem en attente d’âme ? Les démiurges humains ne sont-ils par en passe de créer un être capable de leur échapper ? Pur fantasme ou crainte raisonnable ? Ces questions sont au centre de l’indicible inquiétude qu’induit la relation avec les robots alors même que nous sommes tentés de céder à la fascination qu’ils suscitent. Terrible dilemme... L’attachement instinctif envers ce qu’une partie de nous reconnaît comme proche de nous entre en conflit avec une sorte de culpabilité sourde.

Le visage de Romeo
Le visage de Romeo
© Radio France - Rachel Huet

Au delà de la peur d’être, à terme, supplanté par nos propres créatures, la forme de tendresse que nous pouvons ressentir envers un robot nous conduit à nous interroger sur les sentiments que nous portons sur... les autres êtres humains. Au fond de nous, quelque chose détecte un problème. Et un questionnement fondamental : *« Qu’est-ce que l’attachement ? » * S’il peut se porter indifféremment sur un être humain, un animal ou une machine, cela signifie-t-il que, pour nous, ces trois entités sont équivalentes ? Nous voici renvoyés à la différence entre les occidentaux et les asiatiques qui, eux, ne font guère cette distinction.

Comme vous pouvez le constater à travers ces quelques lignes, la présence d’un robot au sein des invités humains à une table ronde est loin d’être anodine.

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