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Roselyne Bachelot rue de Valois : un monde culturel optimiste et vigilant

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Franck Riester a cédé sa place ce mardi à Roselyne Bachelot rue de Valois. Il y aura passé vingt mois, remplaçant Françoise Nyssen qui y était resté dix-sept mois. L'instabilité croissante du poste est souvent critiquée par les professionnels.
Franck Riester a cédé sa place ce mardi à Roselyne Bachelot rue de Valois. Il y aura passé vingt mois, remplaçant Françoise Nyssen qui y était resté dix-sept mois. L'instabilité croissante du poste est souvent critiquée par les professionnels.
© AFP - Alain Jocard

Roselyne Bachelot a été nommée ce mardi ministre de la Culture du gouvernement de Jean Castex. L’ancienne ministre de la Santé sous Nicolas Sarkozy avait quitté la vie politique en 2012 et entamé depuis une carrière dans les médias. Les attentes du monde de la culture sont nombreuses. Réactions.

"Je sais que le temps m'est compté" a d'entrée déclaré la nouvelle ministre de la Culture qui succède à Franck Riester. Et la tâche s’annonce lourde dans ce secteur qui souffre énormément de la crise sanitaire. Lors de la passation des pouvoirs, Roselyne Bachelot a notamment affirmé qu’elle serait "la ministre des artistes et la ministre des territoires" et que "l’urgence absolue en ce début d’été sera d’aider à la remise en route et en état des lieux de culture : festivals, théâtre, musées, cinémas, monuments historiques". Son arrivée est globalement saluée par les acteurs du secteur mais les attentes sont fortes.

Nicolas Dubourg, du Syndeac : "On espère que la ministre nous recevra en urgence"

Pour le président du syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, c’est la continuité qui doit primer :

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Nicolas Dubourg : "On espère que la ministre nous recevra en urgence"

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"On espère que la nouvelle ministre puisse être au travail et à l’écoute des syndicats le plus rapidement possible puisque les attentes sont très fortes." En effet, des discussions ont été menées depuis trois mois avec le prédécesseur de Roselyne Bachelot, Franck Riester. "Lorsque nous faisons des propositions, il y a le temps de l’analyse, qui doit être partagée avec les services du ministère. Dans le cas de la crise du coronavirus, c’est une analyse qui nous a pris, à raison de très nombreuses réunions, plus de trois mois. Ces trois mois, nous n’avons pas le temps de les reprendre. Nous sommes en juillet, c’est le moment de prendre des décisions. Cette alternance de ministres, cela envoie un signal assez décourageant car pour nous, les acteurs, les syndicats, c’est systématiquement un travail de conviction à reprendre quasiment à zéro." 

Nicolas Dubourg estime notamment que les syndicats étaient parvenus à être entendus par le ministre. Il espère désormais que le plan de relance du monde culturelle va être mis en place et la publication de l’ordonnance concernant l’année blanche pour les intermittents, promise par Emmanuel Macron le 6 mai dernier.  

Pierre Beffeyte : "J’attends qu’elle mobilise rapidement tous les acteurs autour de la question prioritaire de la relance"

Le président du Festival OFF d’Avignon attend lui aussi des précisions sur cette année blanche.

Pierre Beffeyte : "J’attends qu’elle mobilise rapidement tous les acteurs autour de la question prioritaire de la relance"

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"Ce n’est pas la même chose si c’est un report des indemnités ou un report des heures", explique Pierre Beffeyte. "Si les intermittents doivent faire 507 heures sur l’année à venir, cela va être extrêmement compliqué car il y a beaucoup moins de travail. Il faut une clarification." Le président du OFF du plus grand festival de spectacle vivant au monde a apprécié que la nouvelle ministre fixe dans ses priorités les artistes et les territoires. "Être au cœur de la problématique des artistes et des territoires est vraiment quelque chose d’essentiel. Roselyne Bachelot a aussi évoqué une idée qui m’est chère, celle du décloisonnement public-privé. Le Festival OFF d’Avignon est un endroit où le décloisonnement du public et du privé est très présent. Je pense qu’elle saura être à l’écoute des inquiétudes des artistes et parmi la première d’entre elles, celle de la question de la réouverture des théâtres qui est un élément essentiel." 

Pour Pierre Beffeyte, car elle a aussi été ministre de la Santé, Roselyne Bachelot sera capable de faire le lien entre "la santé et la culture", crucial en ces temps de pandémie. Il espère qu’elle pourra mobiliser l’ensemble des acteurs du monde culturel pour une relance très attendue, alors que l’inquiétude grandit chez les compagnies et producteurs qui s’interrogent sur la date de réouverture des théâtres. "Ils se demandent aussi à quelle vitesse et avec quel enthousiasme ? Car il y aura évidemment un manque de public mais il ne doit pas être un frein. Il faut au contraire développer davantage de dynamisme pour ramener le public dans les salles. (…) J’attends vraiment que la ministre arrive à impulser une politique de redémarrage qui soit claire et conçue avec les acteurs du territoire."

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Malika Seguineau, du Prodiss : "D’entrée de jeu, elle prend les choses à bras le corps"

"L'arrivée de Roselyne Bachelot marque une étape nouvelle pour ce ministère de la Culture et que nous saluons", se réjouit Malika Seguineau, la directrice générale du Prodiss, Syndicat National du spectacle musical et de variété, "parce que c'est un ministère qui doit désormais entrer en résistance à la crise économique et sociale et les propos de la nouvelle ministre de la Culture hier se sont tout de suite inscrits dans ce mouvement. Pour nous, c'est extrêmement important".

Malika Séguineau : "Roselyne Bachelot prend d'entrée de jeu les choses à bras le corps"

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Organiser dès que possible des "états généraux des festivals", comme l’a annoncé Roselyne Bachelot dès hier soir rue de Valois ? Une très bonne nouvelle pour elle : "La ministre a pris à bras le corps la problématique que nous connaissons tous aujourd'hui, les secteurs culturels font encore partie des secteurs à l’arrêt et principalement le spectacle vivant". Et Malika Seguineau de rappeler, en reprenant les mots de Roselyne Bachelot : "Le secteur est terrassé, la culture en France est en danger. Je crois que le choix des mots est important". Quant aux chiffres, la patronne du Prodiss tient à les rappeler : 

Les entreprises du secteur, c'est 99% de TPE et de PME très peu subventionnées dans le secteur privé qui ont des trésoreries totalement à l'arrêt depuis le 16 mars. Nous, on a estimé que 51% des entreprises sont menacées de faillite. À côté de la crise économique, c'est la crise sociale. 

Elle va solliciter un entretien dès que possible avec la nouvelle ministre pour lui réclamer deux choses : "La reprise dans des conditions sanitaires compatibles avec des conditions économiques viables, une date de reprise. Et un plan de relance, on estime que si l'Etat injecte 250 millions dans le secteur du spectacle vivant privé, cela permettrait aux entreprises de passer le cap de la crise". 

Samantha Bailly : "Nous sommes dans une situation sociale et économique qui est dramatique et pour laquelle nous attendons de l'action politique"

Samantha Bailly est la présidente de la Ligue des auteurs professionnels. Elle décrit une situation sociale, économique et administrative dramatique pour les auteurs et autrices et attend de l’action politique :

Samantha Bailly : "Nous sommes dans une situation sociale et économique dramatique et pour laquelle nous attendons de l'action politique"

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"Nous attendons une véritable ministre des artistes et des artistes au sens large, réagit-elle : artistes interprètes mais aussi artistes auteurs c’est-à-dire des créateurs et créatrices d’œuvres. Pour cela, il y a le rapport Bruno Racine qui a été remis [à l'ancien ministre de la Culture Franck Riester, ndlr] au mois de janvier et nous attendons désespérément qu’il soit appliqué puisqu’il ne l’est toujours pas aujourd’hui. Nous attendons quelqu’un de courage politique, quelqu’un qui saurait prendre ce dossier à bras le corps et enfin donner des conditions décentes aux artistes, auteurs et autrices de ce pays." 

La crise du coronavirus n’a fait que mettre en exergue le "total dysfonctionnement" du statut des artistes auteurs pour Samantha Bailly. "On parle de 270 000 artistes auteurs. Sur ces personnes, il y a énormément de femmes qui n’ont pas eu accès à leur congé maternité, des artistes qui n’ont pas pu avoir des indemnités pour garde d’enfant, des auteurs et des autrices qui ne peuvent toujours pas touchés le fonds de solidarité alors que, par décret, ils y ont accès. Cela a été une véritable cacophonie qui a montré qu’administrativement, le pays ne savait pas identifier cette population de créateurs et de créatrices. On attend une ministre de la Culture qui saura prendre à bras le corps ce dossier et qui n’oubliera pas que la culture, c’est avant tout ceux et celles qui la font, c’est-à-dire les créateurs et créatrices, qui sont aujourd’hui complètement dans l’angle mort des politiques culturelles."

La présidente de la Ligue des auteurs professionnels espère également que la nouvelle ministre interviendra dans le dossier des cotisations retraite, d’autant plus en tant "qu’ancienne ministre des Solidarités et de la Santé", alors que des dizaines de milliers d’auteurs "ont été lésés sur leurs retraites car l’organisme [de sécurité sociale des auteurs] n’a pas fait correctement son travail". 

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Le SNEP demande "un accompagnement indispensable en faveur de la relance de l’écosystème de la musique"

Dans un communiqué, le Syndicat national de l’édition phonographique (association interprofessionnelle qui défend les intérêts de l’industrie française du disque phonographique), félicite la nouvelle ministre et indique ne pas douter "que cette femme dotée d’une solide expérience politique mais également éprise de musique et de culture aura toutes les qualités pour défendre les artistes et les entreprises qui investissent dans la création et la production musicales de [notre] pays." 

Le SNEP juge les défis futurs "immenses" en raison de la crise sanitaire et réclame un accompagnement pour la musique. Autre demande du syndicat à Roselyne Bachelot, celle de l’adoption du texte de transposition de la directive droit d’auteur "qui seul permettra le nécessaire rééquilibrage de la relation entre les ayants droits et les plateformes de partage de vidéos"