Roy Mata du Vanuatu : la réhabilitation des sociétés sans écriture

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Roy Mata du Vanuatu : la réhabilitation des sociétés sans écriture

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Archéologie | La découverte de la tombe de Roy Mata au Vanuatu a révolutionné l'archéologie et a réhabilité les sociétés sans écriture, auxquelles on déniait la civilisation simplement parce qu'on ne les comprenait pas. Explications avec l'archéologue Alain Schnapp.

A la fin des années 1960, dans le Pacifique, une découverte bouleverse l’archéologie. Des fouilles valident un mythe multi séculaire : la légende du Roy Mata. José Garanger (1926-2006), pionnier de l’archéologie scientifique française dans le Pacifique, a révélé, en explorant les légendes des habitants du Vanuatu, la convergence entre la tradition orale et la connaissance archéologique et sociologique de ce peuple. Alain Schnapp, professeur d'archéologie grecque à la Sorbonne, ancien directeur de l'Institut National d'Histoire de l'Art, explique en quoi cette découverte a révolutionné les connaissances archéologiques et a réhabilité les sociétés sans écriture. En juillet 2008, le domaine du Roy Mata a été enregistré par l’Unesco en tant que site du patrimoine mondial : "Pour de nombreux habitants du Vanuatu contemporain, le chef Roy Mata demeure un emblème du pouvoir présent dans le paysage et respecté dans la vie quotidienne."

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Alain Schnapp : "De façon assez inédite, un de mes collègues aujourd’hui disparu, José Garanger est invité, à la fin des années 60, au Vanuatu, à l’époque les nouvelles Hébrides, pour recueillir les légendes des habitants du Vanuatu. Parmi ces légendes, il y en a une, un peu la chanson de Roland des gens du Vanuatu, qui raconte qu’un conquérant est venu,  qu’il a donné des lois nouvelles, une organisation nouvelle à la société et que quand il est mort on est allé l’enterrer dans un petit îlot consacré, qu’il y a eu une grande fête et que plusieurs inhumations ont eu lieu à ce moment.

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Et donc, José Garanger, qui avait été formé à l’école d’anthropologie ethnologique de André Leroi-Gourhan, donc des gens qui travaillent avec le pinceau et avec la pince à épiler, se lance dans cette fouille et au centre de la fouille  découvre la tombe de ce Roy Mata, en majesté et à côté de lui un cadavre de femme qui est  recroquevillé comme si on l’avait droguée avant de l’inhumer. 

José Garanger fait procéder à des datations par le carbone 14 et il s’aperçoit que cette sépulture remonte au XVe siècle.

Le travail de José Garanger consiste à reconstituer les parures de coquillages,  les différents objets qui sont offerts dans ce rituel funéraire et nous fait progresser dans notre connaissance des rituels et des pratiques des sociétés indigènes du Vanuatu.

Cet exemple a pour moi une valeur universelle parce qu’il montre que le travail de José Garanger a permis en somme de réhabiliter la fiabilité historique et intellectuelle des informations orales. C’est un outil intéressant pour nous dans l’exploration des sociétés sans écriture auxquelles on a dénié la civilisation parce qu’on ne les comprenait pas."

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