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Russie : 50 lois Poutine qui ont restreint les libertés depuis 2012

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Un manifestant offre des fleurs à des policiers à Moscou le 28 janvier 2018
Un manifestant offre des fleurs à des policiers à Moscou le 28 janvier 2018
© AFP - Mladen Antonov

Entretien. Le Kremlin craint une forte abstention mais Vladimir Poutine devrait s'assurer ce dimanche un quatrième mandat. Celui qui s'achève aura été marqué par un arsenal législatif renforcé à son service. Entretien avec Sacha Koulaeva, de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH).

Les Russes choisissent leur Président dimanche. Un scrutin sans surprise puisque Vladimir Poutine devrait être facilement réélu, après déjà 18 ans au pouvoir. La candidature d’ Alexeï Navalny, seul réel opposant en mesure de l’inquiéter, ayant aussi été rejetée. Seul le taux de participation pose question. Depuis sa réélection en 2012, le chef du Kremlin a supervisé la création de 50 nouvelles lois qui visent à étouffer les voix de l'opposition et augmenter le niveau de peur et d'autocensure dans la société, comme le démontre une étude de la FIDH. Elle récapitule dans un tableau ces textes liberticides et leurs conséquences dans la vie quotidienne des citoyens russes.

Responsable du Bureau Europe de l'Est/Asie centrale à la FIDH, Sacha Koulaeva les éclaire.

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Que recouvrent ces nouvelles lois répressives ?

Elles recouvrent un très vaste champ. Cela va d'atteintes aux organisations des droits humains en passant par les législations anti-extrémistes, où l’extrémisme est une terminologie tellement vaste que cela peut être appliqué à n’importe quelle expression de désaccord, ou de critique de quoi que ce soit dans la vie publique du pays.

Cela recouvre aussi les champs historiques de l’interprétation du passé. Par exemple, il y a des lois qui concernent les agissements de l’armée rouge pendant la deuxième guerre mondiale. On ne peut ainis pas dire que l’armée victorieuse de l’Union Soviétique a commis des violations ou des exactions, ou ne serait-ce que remettre en question l’histoire officielle.

Avec des termes qui vous interrogent...

Oui, tous les mois pendant cinq ans ces nouvelles législations ont introduit des terminologies assez incroyables ! Par exemple la législation qui interdit sur le territoire russe des organisations "non désirables". Le mot "désir" semble extrêmement bizarre dans une législation. Je pense qu'en France aussi. Il y a également le terme de "groupes sociaux". Une loi anti extrémistes précisant que la critique ou l'insulte aux "groupes sociaux" peut être punissable. Ce qui se révèle très intéressant dans tous les verdicts que nous possédons , c'est que ces "groupes sociaux" sont par exemple la police, les services d'ordre, ou même le président de la Fédération de Russie.

Et c’est valable aussi aujourd’hui ? 

L’exemple le plus flagrant du point de vue de la Russie actuelle est qu’il est maintenant interdit de mentionner les pertes de l’armée russe dans les conflits internes ou externes. Ce qui veut dire par exemple qu'une mère dont l’enfant est mort en Ukraine ne peut pas mentionner où et à quelle date son enfant est mort, ou l'inscrire sur sa tombe…   

Cela rentre dans quel cadre légal ?

Il y a un décret spécifique qui « classe » l’information liée aux pertes des forces russes dans les conflits. Cet arsenal législatif est là pour faire disparaître toutes sortes de dissidences culturelles, historiques...

Il y a ainsi un monsieur qui est poursuivi pour un poème qu’il a écrit en soutien à l’Ukraine. Il y a en un autre qui a passé des mois en prison pour avoir joué à un jeu (Pokemon) dans une église, ce qui a été présenté comme une offense à l’église, qui fait presque partie de l’Etat…  

Qu’avez-vous voulu montrer dans votre étude ?

Que plus personne ne peut être exclu de cette avalanche législative, quelles que soient ses opinions si elles ne sont pas parfaitement conformes aux opinions imposées par l’Etat. La société civile russe se trouve face à une fenêtre qui se ferme tout autour, en permanence. On voit comment dans l'ère d'internet et de libertés informatiques on essaye quand même d'instaurer une séparation entre les mondes, et convaincre la population russe qu'elle n'est pas la bienvenue ailleurs et que nous devons rester avec nos valeurs traditionnelles, comme la loi le stipule. A l'intérieur de ce pays où l'Etat s'occupera de nous expliquer ce que l'on peut dire ou pas de l'Histoire, sur les valeurs, etc. C’est cela qu’il fallait souligner pour expliquer dans tout son contexte les agissements agressifs de la Russie actuelle, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.