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Russie, fonctionnaires et Manif pour tous : principaux désaccords entre Fillon et Juppé

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Alain Juppé et François Fillon en conciliabule le 13 février 2016 lors d'un Conseil national du parti Les Républicains à Paris
Alain Juppé et François Fillon en conciliabule le 13 février 2016 lors d'un Conseil national du parti Les Républicains à Paris
© AFP - Lionel Bonaventure

Les programmes de François Fillon et d'Alain Juppé diffèrent sur quelques questions clefs : revue des sujets de discorde entre les deux hommes qui s'opposeront au second tour de la primaire de la droite le 27 novembre.

Le second tour de la primaire de la droite et du centre opposera Alain Juppé à François Fillon le 27 novembre : les deux candidats partagent un même objectif de relancer la croissance et l'emploi mais les mesures qu'ils préconisent pour y arriver ne sont pas les mêmes. Fillon fait figure de "Monsieur Plus", plus libéral et thatchérien en matière économique, plus conservateur sur les questions sociétales et plus iconoclaste en politique étrangère : il défend un rapprochement avec la Russie de Poutine.

Droite thatchérienne contre droite modérée

Les deux candidats se rejoignent sur l'objectif de baisser la dépense publique française, la deuxième plus élevée d'Europe d'après l'Insee en 2015 (56,8 % du PIB contre 48,7% pour la moyenne de la zone euro). François Fillon propose 100 milliards d'euros d'économies en 5 ans mais se montre plus radical que son concurrent pour y arriver : il veut réduire le nombre de fonctionnaires de 500.000 d'ici 2022 en rétablissant les 39h dans la fonction publique "ce qui représentera un gain de temps de travail de 10 % soit l'équivalent de 500.000 postes" (www.fillon2017.fr/participez/dette) et en réinstaurant la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, en vigueur pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, lorsque François Fillon était Premier ministre.

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Alain Juppé fixe un objectif du même ordre - entre 85 et 100 milliards d'euros d'économies - mais il propose de supprimer deux fois moins de fonctionnaires (entre 200.000 et 300.000) : "les propositions de François Fillon ne sont pas réalistes" (interview au Figaro le 21 novembre, au lendemain du premier tour), explique le maire de Bordeaux qui avait interpellé son adversaire sur le sujet lors du troisième débat de la primaire (vidéo ci-dessous), "le potentiel de départ à la retraite dans la fonction publique dans les 5 ans qui viennent, c’est 570.000 personnes environ. Si on supprime 500.000 postes, ça veut dire qu’on ne recrutera aucune infirmière, aucun policier, aucun enseignant nouveau pendant 5 ans. C’est tout juste pas possible. (...) C’est la sclérose assurée". Dans le Figaro du 21 novembre, Alain Juppé complétait aussi : "nous savons très bien où nous mènerait un projet peu crédible : il conduirait la France dans une nouvelle spirale de déception et de défiance vis-à-vis des responsables politiques. Nous ne pouvons pas nous permettre de décevoir à nouveau."

Au lendemain du premier tour, Gilles Carrez, soutien de François Fillon, semblait moins catégorique sur cet objectif : "Que ce soit 400.000 ou 500.000 postes supprimés d'ici 2022, l'essentiel est d'aller plus loin et plus au fond des choses. François Fillon fait le diagnostic le plus lucide, l'économie française décroche et a besoin d'un électrochoc, comme Gerhard Schröder ou Margareth Thatcher l'ont fait en leur temps en Allemagne et au Royaume-Uni."

"Thatchérien" : l'adjectif fait figure d'épouvantail en France mais François Fillon le revendique volontiers. Surnommé "le nouveau Thatcher" par une partie de la presse internationale ("Ein neuer Thatcher in Paris", die Zeit), il a plusieurs fois déclaré qu'il assumait la comparaison avec l'égérie du néolibéralisme des années 80, dans l'Emission politique sur France 2 le 27 octobre par exemple : "c'est un pays que je connais bien, je suis marié avec une Britannique. (...) Avant madame Thatcher, c'était un pays qui était (...) dans une situation de quasi-arrêt, avec une situation économique désastreuse, ses industries qui partaient par morceaux entiers... Bon, avec les méthodes qui sont les siennes, avec une histoire qui est différente, elle a redressé son pays". Un héritage que ne reprend pas Alain Juppé aujourd'hui, affirmant que les grèves de 1995 l'ont "changé" (entretien au Monde, 11 novembre), le maire de Bordeaux dit avoir appris la théorie de la goutte d'eau : "il ne faut pas faire déborder le vase en voulant trop en faire". Même si à l'époque, l'un de ses proches confiait au Monde : "Il était prêt à tenir, assure un ministre de l’époque. Nous avions l’impression d’être Margaret Thatcher contre les mineurs. Sauf qu’à la fin, Thatcher a fait plier les mineurs. Nous, on a calé devant les cheminots."

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Sur le reste, les deux hommes ont quelques points communs : ils proposent tous deux la suppression de l'ISF, la réduction des charges sur les entreprises et la baisse de l'impôt sur le revenu (via un relèvement du quotient familial) mais François Fillon va plus loin sur la TVA (augmentation de 2 points contre 1 point pour Juppé), sur le recul de l'âge de la retraite (65 ans dès 2022 alors que Juppé veut attendre 2026) et sur la fin des 35h. Les deux candidats souhaitent que les entreprises aient le droit de négocier la durée du travail en fonction de leurs besoins mais Juppé propose une durée de référence à 39h quand Fillon fixe 48h pour seule limite (maximum autorisé par le droit européen).

Le programme de Fillon est-il le plus radical ? Pascal de Lima, économiste, invité du journal de 22h du 21 novembre 2016

4 min

A ECOUTER : l'invité des Matins de France Culture du mardi 22 novembre 2016. Philippe Manière, essayiste, fondateur de Footprint, auteur de "Le pays où la vie est plus dure", Grasset, 2012. Le programme économique de François Fillon est-il crédible ?

Les différences entre François Fillon et Alain Juppé
Les différences entre François Fillon et Alain Juppé
© Visactu - Visactu

Mariage pour tous : revenir (ou pas) sur la loi Taubira

"Nous ne voulons pas diviser les Français comme souhaite le faire François Fillon en revenant sur la loi Taubira", attaquait dès le lendemain du premier tour le juppéiste Pierre-Yves Bournazel, signal envoyé aux électeurs plus libéraux sur le plan sociétal. C'est l'autre ligne de fracture entre les deux hommes : Alain Juppé ne veut pas toucher à cette loi alors que François Fillon prône sa réécriture, il défend la fermeture de l'adoption plénière aux couples de même sexe, "évidemment sans caractère rétroactif" (www.fillon2017.fr/participez/famille), "les parents de même sexe pourront toujours recourir aux adoptions simples qui, selon l’appréciation du juge, peuvent correspondre à l’intérêt de l’enfant." Concrètement, avec Fillon, seul l'un des membres d'un couple homosexuel pourrait obtenir des liens de filiation reconnus par la loi avec son enfant : "Nous réécrirons le droit de la filiation pour protéger les droits de l'enfant mis à mal par le mariage pour tous" (discours du 18 novembre au Palais des Congrès).

Ses positions lui ont valu le soutien de Sens commun, vitrine politique du mouvement de la Manif pour Tous, qui saluait sa victoire au premier tour dans un communiqué : "Ce résultat s’explique notamment par son programme sur la famille, la filiation et l’éducation." La Manif pour tous le soutient aussi pour son opposition à la PMA (procréation médicalement assistée) qu'il veut réserver aux couples hétérosexuels et pour son refus de la GPA (gestation pour autrui, interdite en France). Mais sur ces derniers points, il n'y a pas de différence avec Alain Juppé. Dans le camp Juppé, on cherche d'ailleurs encore à rallier le vote catholique : "Le silence de Fillon sur Alep, ce n’est pas la charité chrétienne !", lance ainsi un proche du maire de Bordeaux, cité par Le Monde.

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Désunis sur la Russie

"La proximité de François Fillon avec Poutine est contraire aux intérêts de la France et à ceux des chrétiens d'Orient", juge le député Hervé Mariton, soutien d'Alain Juppé, qui se dit "inquiet" de ses "orientations diplomatiques". François Fillon, qui a rencontré une quinzaine de fois Poutine (voir vidéo ci-dessous : "la Russie, ça n'est pas le Luxembourg"), veut mettre fin aux sanctions économiques contre Moscou, adoptées après l'annexion de la Crimée en 2014, "une guerre froide stupide et dangereuse". François Fillon défend également une alliance avec la Russie pour trouver une issue à la guerre en Syrie : "nous n'avons pas d'autre choix que de nous retourner vers les Russes et le régime syrien pour éradiquer les forces de l'Etat islamique dans les meilleurs délais possibles", écrit-il dans "Vaincre le terrorisme" (Albin Michel, 2016).

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Alain Juppé n'est pas sur la même ligne : plus atlantiste, il défend le maintien des sanctions économiques contre la Russie et dénonce la fuite en avant de Moscou en Syrie. "notre priorité est de combattre Daech mais ça n'est pas une raison pour, comme le fait la Russie, s'allier avec Assad. Attendre encore et bombarder toujours, avec l'illusion d'une victoire totale, c'est se rendre complices de crimes de guerre", rétorque l'ancien ministre des affaires étrangères.

François Fillon, partisan d'un rapprochement avec la Russie de Poutine
François Fillon, partisan d'un rapprochement avec la Russie de Poutine
© Visactu - Visactu

A ECOUTER AUSSI : le billet politique de Frédéric Says du 23 novembre 2016.

Le billet politique : "pour la première fois, la droite peut être représentée par un homme qui a voté non à Maastricht"

3 min

Fillon : nouveau favori et nouvelle cible

Vainqueur écrasant du premier tour de la primaire, François Fillon a endossé en une soirée les habits de favori pour l'élection présidentielle (en octobre, 71% des Français estimaient dans un sondage Odoxa que le vainqueur de la primaire serait le prochain Président de la République) : les premières attaques n'ont donc pas tardé : au delà du camp Juppé, François Fillon est la cible des internautes sur Twitter avec le mot clef #FillonPresidentCeSerait mais aussi du FN, du PS, de Macron, de la gauche de la gauche ou encore d'Act Up et d'une partie de la presse. Revue de tweets ci-dessous...

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