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S’éclairer "renouvelable", c’est possible !

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Éoliennes à Condé-sur-Risle, dans l'Eure
Éoliennes à Condé-sur-Risle, dans l'Eure
© AFP - Joël Saget

Comme il y a de petits producteurs de fruits et légumes, il existe de petits producteurs d’électricité en France. Vous pouvez choisir de vous approvisionner chez eux, avec aussi 160 entreprises locales de distribution. EDF domine encore très largement le marché mais est de plus en plus concurrencé.

Tout le monde ne peut pas installer un panneau solaire sur son toit, une éolienne dans son jardin, ou un barrage sur la rivière qui coule dans sa ville ou son village. En revanche, vous pouvez choisir votre fournisseur d’électricité et savoir d’où vient son énergie.

En France, une quarantaine de fournisseurs d’électricité se partagent le marché national d’après le dernier décompte de la commission de régulation de l’énergie (CRE). Il existe aussi 160 entreprises locales de distribution qui sont des sortes de distributeurs locaux, communaux, qui agissent sur certains territoires bien particuliers. Ils couvrent environ 5 % de l’Hexagone. Sans surprise, EDF, le fournisseur historique, conserve 85 % du marché mais il est de plus en plus concurrencé et notamment par des nouveaux venus qui affichent leur engagement et leur attachement aux énergies renouvelables.

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EDF ainsi que la plupart des fournisseurs proposent désormais des "offres vertes". Une offre verte sous-entend que l’électricité fournie a été produite par des technologies renouvelables : éolienne, solaire, hydraulique, biomasse, etc. Il existe différents types d’offres avec une proportion plus ou moins importante d’électricité verte fournie. EDF comme la plupart des fournisseurs proposent ces "offres vertes".

Vue partielle de ma micro-centrale de Brisach (Haut-Rhin). Photo d'illustration
Vue partielle de ma micro-centrale de Brisach (Haut-Rhin). Photo d'illustration
© AFP - Sebastien Bozon

Pour autant, cela ne veut pas dire que votre fournisseur va nécessairement chercher directement son électricité dite "verte" chez un producteur d’électricité renouvelable. Cela veut dire qu’il est détenteur d’un certificat vert. Ce certificat est une garantie que la quantité d’électricité verte qu’il s’engage à vous fournir a bien été injectée dans le réseau et qu’elle existe. Cela signifie donc que le producteur est rémunéré mais pas forcément directement par le fournisseur que vous payez.

Un seul et même tuyau pour l’électricité, quelque soit son origine

Rappelons d'abord comment fonctionne l’approvisionnement en électricité en France.  

Si vous souscrivez à une offre verte, ne vous attendez pas à être raccordé directement au panneau solaire de votre voisin ou au parc éolien du champ d’à côté. Il n’y a qu’un seul réseau pour tout le monde. Tous les fournisseurs raccordés au réseau - centrale nucléaire, barrage hydroélectrique ou panneau solaire - envoient leur électricité dans les mêmes tuyaux (ceux d’Enedis), qui acheminent ensuite l’électricité dans les foyers. Il est impossible de savoir d’où vient quel électron et s’il est vert, noir ou gris. C’est ce qu’on appelle le mix énergétique.  

Et dans le mix aujourd’hui en France, 72 % de l’électricité provient du nucléaire, 10 % du thermique à combustible fossile, 10 % de l’hydraulique et 8 % de l’éolien, du solaire et de la bioénergie (source CRE).

La part du renouvelable est donc estimée entre 15 % et 16 %, voire 17 %. Elle reste donc largement minoritaire mais cette part se développe.  

© Visactu

Des fournisseurs 100 % verts

Dans ce paysage électrique de plus en plus concurrentiel, il existe des fournisseurs qui s’engagent pourtant à n’injecter dans le réseau que de l'électricité d’origine renouvelable et donc à ne faire payer à leurs clients que de l’électricité "verte". D’après une étude publiée fin septembre 2018 par l’association Greenpeace qui a étudié 29 fournisseurs nationaux implantés en France, deux fournisseurs font cette promesse à l’échelle nationale : Ilek et Enercoop. Les deux travaillent avec des "petits producteurs" d’électricité mais leurs modèles économiques sont très différents.  

Comme son nom l’indique, Enercoop est une Scop, plus précisément une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Les salariés et les producteurs d’électricité qui travaillent avec Enercoop sont ainsi sociétaires de l’entreprise à égalité de voix. Les clients peuvent également être sociétaires, sans y être obligés. Aujourd’hui, elle compte 30 000 sociétaires.

Panneau solaire. Photo d'illustration
Panneau solaire. Photo d'illustration
© Maxppp - Nicolas Kovarik

L’objectif d’Enercoop est militant et le revendique. Il s’agit pour elle de soutenir le développement des énergies renouvelables et les producteurs d’électricité verte, à l'image de l'initiative de la commune d'Aubais dans le Gard. La plupart des fournisseurs d’Enercoop sont de "petits" producteurs d’hydroélectricité bien loin des grands barrages que l’on s’imagine dans les montagnes. C’est le cas de Jean-Philippe Reillier, un des 182 producteurs sociétaires d’Enercoop et également président d'Alpes Hydro Association. Il possède une centrale hydroélectrique en Isère, à 70 km de Grenoble. Son installation lui permet, sur le papier, de fournir de électricité à l’équivalent de 6 000 foyers par an. "C’est une petite ville" sourit-il. 

Ils sont environ 2 000 comme lui répartis sur tout le territoire. "Cela équivaut à la production de deux tranches nucléaires" explique Jean-Philippe Reiller, qui a racheté sa centrale en 2014 après avoir toujours travaillé dans ce secteur. D'après lui, les énergies renouvelables peuvent prendre la place du nucléaire à long terme pourvu que le gouvernement le veuille. "Aujourd’hui, le nucléaire est un enjeu stratégique de dimension internationale pour la France. Nous sommes leader dans le monde et l’État à un double discours sur la question" estime-t-il. De conclure : "Tant qu’il y aura des centrales, le développement du renouvelable sera contraint".

Les citoyens s’intéressent de plus en plus à l’origine de leur électricité

Aujourd’hui, Enercoop compte 60 000 clients. "C_’est deux fois plus qu’il y a 3 ans"_, souligne Emmanuel Soulias, le fondateur et directeur de la société. "Nous nous développons au fur et à mesure et signons des partenariats avec les producteurs en fonction du nombre de clients. C’est un équilibre à trouver au quotidien". Il estime être en capacité de fournir 100 000 clients d’ici 2019-2020. Cela reste évidemment très modeste au regard des quelque 31 millions de foyers français raccordés à l’électricité. Et c’est plus cher également. "Nous sommes en moyenne 20 % au-dessus des tarifs réglementés que proposent EDF" convient Emmanuel Soulias mais c’est "parce que nous payons nos producteurs un peu plus cher que le marché". Il s’agit pour lui d’un engagement qu’il compare à un "commerce équitable de l’énergie". L’électricité leur est achetée directement. Pour Jean-Philippe Reiller, ce surcoût est un geste "militant de la part des consommateurs, une manière de s’impliquer dans le développement des renouvelables".

A l’inverse, Ilek revendique des tarifs 4 % à 5 % moins chers que les tarifs réglementés. "Nous sommes une plate-forme numérique, de mise en relation entre le producteur et client" explique Rémy Companyo, le responsable de la communication de la société fondée il y a deux ans et qui compte aujourd’hui "plusieurs dizaines de milliers de clients", sans plus de précision. Leur modèle numérique leur permet de faire des économies d’échelle, explique-t-il et des économies de fonctionnement car leur structure est plus légère. "Nous ne faisons que mettre en relation les clients avec les producteurs". Ces producteurs sont une dizaine aujourd’hui, comme Martial Estebe, le directeur général de 2EI, qui possède une centrale hydro-électrolytique à Tarascon, en Ariège. Son équipement lui permet d’alimenter l’équivalent de 10 000 à 12 000 foyers. Il reste un petit producteur lui aussi et a choisi de travailler avec Ilek car il pense "que faire connaître son métier au grand public est important. Il faut s’interroger sur la provenance de son électricité pour faire avancer le développement des énergies renouvelables". Pour le moment, il ne vend que 20 % de sa production à Ilek. Il continue donc essentiellement à travailler avec EDF ou avec des grossistes sur le marché. Il a toutefois "l’ambition d’inverser la tendance, mais pas avant 30 ou 40 ans, dit-il. Aujourd’hui, EDF est en position de quasi-monopole". Ce n’est pas simple économiquement de passer à côté. C’est un cheminement long mais en attendant, son entreprise fait partie des plus gros employeurs de la ville de Tarascon. "C’est un enjeu local important" précise-t-il. Car c’est "de l’emploi local et de l’économie locale". A l’heure où se pose la question du soutien aux productions locales et aux circuits-courts, l’énergie commence à prendre sa place.  

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