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'Sailcoop' : développer le transport de passagers à la voile pour réduire notre empreinte carbone

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Le "Rubra" voilier de 50 pieds opéré par Sailcoop attend les passagers au port de Fréjus avant le départ vers Calvi, 28 août 2022
Le "Rubra" voilier de 50 pieds opéré par Sailcoop attend les passagers au port de Fréjus avant le départ vers Calvi, 28 août 2022
© Radio France - Annabelle Grelier

"Demain l'éco". Pour éviter de prendre l’avion ou le ferry très polluants, la coopérative a lancé cet été la première liaison régulière à la voile vers la Corse. Il s’agit d’offrir une alternative de transport écologique mais aussi de démocratiser une pratique aujourd’hui réservée aux plus aisés.

Voyager en réduisant son empreinte carbone n’est pas simple lorsqu’il s’agit de traverser les océans. L’avion, le paquebot ou le ferry sont aujourd’hui les seules solutions proposées. Le bateau à voile est certes plus sobre mais il n’existe aujourd’hui aucune offre de voyage collectif. "Et pourtant, dans trente ans, il est évident que cela existera parce que l’on aura tout simplement plus le choix", prédit Maxime de Rostolan. Le fondateur de Sailcoop en est persuadé :

"Nos modes de vies actuels ne résisteront pas aux contraintes du réchauffement climatique. Il va falloir réapprendre à se déplacer, à vivre, à se nourrir de manière plus sobre et résiliente."

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Des convictions qu’il porte déjà depuis plusieurs années et qui l’ont poussé à créer Blue Bee, une plateforme de financement participatif consacrée à l’agroécologie, puis Fermes d’Avenir, la bascule et aujourd’hui Sailcoop. Avec Maxime Blondeau, le président du Printemps écologique, le premier syndicat écologiste et le navigateur Arthur le Vaillant, cette nouvelle aventure ressemble à une véritable croisade vers le monde de demain.

L'équipe fondatrice de Sailcoop, coopérative de transports en commun à la voile créée en  2021 à Vannes
L'équipe fondatrice de Sailcoop, coopérative de transports en commun à la voile créée en 2021 à Vannes
- Sailcoop

Vivre en conscience avec notre environnement. En matière de transport, un défi s’ouvre à nous. À l’heure où l’on prend plus facilement un avion qu’un vélo, Maxime de Rostolan a décidé de s’attaquer aux transports de passagers. Un des objectifs de Sailcoop est d’optimiser l’usage des voiliers qui dorment au port, une grande partie de l’année. Grâce à une levée de fonds toujours en cours sur la plateforme Lita.co, la coopérative compte composer une flotte de bateaux qu’elle rachètera et des bateaux de propriétaires dont elle assurera la gestion. Elle compte bien aussi acquérir des voiliers de grande capacité comme des catamarans de 50 à 80 places pour effectuer des traversées d’une à trois heures. À plus long terme, Sailcoop espère pouvoir réunir architectes navals et experts chargés de concevoir des voiliers qui pourraient embarquer 100 à 300 personnes pour des navigations au long cours et ainsi rejoindre le continent américain.

Une première saison réussie

C’est sur la liaison Toulon-Calvi que Sailcoop a choisi de faire ses premiers pas. Depuis juin et jusqu’à octobre, le "Rubra", un voilier de 15 mètres, effectue deux rotations par semaine vers la Corse avec à son bord 6 passagers. Pour 180 euros et 20 heures de traversée, le capitaine Rémi Boyer et son second Marianne Ramazzoti ont déjà convoyé une centaine de touristes vers l’île de beauté.

En ce dernier vendredi d’août, au départ de Fréjus, le bateau affichait complet une nouvelle fois. Ce jour-là, la moyenne d’âge n’excédait pas 35 ans. Tous avaient réservé via le site de la coopérative et se réjouissaient de traverser la méditerranée.

Pour Marine et Antoine, jeune couple parti d’Anger en train, c’était leur première fois sur un voilier. Amélie et Raphael ont de la famille en Corse mais jamais ils ne s’y étaient rendu autrement qu’en ferry. Violaine, elle, a décidé de ne plus prendre l’avion alors elle a tout de suite saisi l’opportunité de prendre la mer pour ajouter un petit peu d’aventure à ses vacances. Dernière arrivée sur le quai, Maëlys, également adepte du voyage durable. C’est sans hésitation et tout simplement que la génération Blablacar monte à bord.

Les 6 passagers ont réservé leur billet sur le site de Sailcoop pour monter à bord du "Rubra" au port de Fréjus en partance pour Calvi, août 2022
Les 6 passagers ont réservé leur billet sur le site de Sailcoop pour monter à bord du "Rubra" au port de Fréjus en partance pour Calvi, août 2022
© Radio France - Annabelle Grelier

Quelques consignes rapides de sécurité et les voilà partis en mer, la mine réjouie à l’idée de naviguer sur la Méditerranée qui, si elle tient ses promesses, leur offrira le spectacle d’un coucher de soleil, la compagnie des dauphins, celle des baleines, des cachalots et même des tortues. Car comme leur annonce Marianne, le second du capitaine, ils vont traverser le sanctuaire Pelagos, zone protégée où l’on croise de nombreux cétacés. Mais pour être tout à fait honnête, ils ne seront pas seuls sur l’eau : il faudra aussi s’attendre à croiser de nombreux ferries, porte-conteneurs et pétroliers, sans oublier les mégayachts regrette-t-elle.

Reportage d'Annabelle Grelier sur ce nouveau type de traversée à la voile sur la Méditerranée

3 min

Du côté de la météo, aujourd’hui c’est vent d’ouest peu soutenu, pas de quoi inquiéter en tous cas le capitaine, Rémi Boyer qui prévoit une vitesse de croisière de 10 à 12 nœuds.

Marianne Ramazzoti, second du capitaine Rémi Boyer
Marianne Ramazzoti, second du capitaine Rémi Boyer
© Radio France - Annabelle Grelier

Bien sûr, il y a parfois des orages, la tempête essuyée début août n’a pour autant découragé personne. Resté au mouillage à Calvi, le bateau a traversé l’épisode sans problème pour les passagers, nous raconte le capitaine, flegmatique.

"Depuis le début de la saison, la météo est restée clémente et nous n’avons utilisé que 360 litres de gasoil, soit 2 litres par passagers" calcule rapidement Maxime de Rostolan. Consommation somme toute raisonnable quand on sait qu’un jet-ski consomme 20 à 25 litres à l’heure.

Les deux skippers, salariés par la coopérative, ont toujours en tête d’utiliser le moteur au minimum. Un objectif de la coop auquel ils adhèrent. C’est justement pour retrouver du sens qu’ils ont présenté leur candidature nous racontent-ils, fatigués de naviguer avec des horaires contraints et pour seul objectif la rentabilité.

Bousculer les règles

Voyager avec Sailcoop, c’est aussi retrouver un autre rapport au temps et à l’environnement. Et pas seulement celui de la nature assure Maxime de Rostolan. L’environnement administratif et règlementaire est très peu favorable à ce genre d’initiative.

"Rien, dans la loi ou les aides d’état, n’encourage réellement cette idée, alors qu’elle constitue pourtant un levier dans notre politique climatique et qu’elle emporte l’adhésion du grand public."

A droite Maxime de Rostolan, co-fondateur de Sailcoop avec les deux skippers salariés par la coopérative
A droite Maxime de Rostolan, co-fondateur de Sailcoop avec les deux skippers salariés par la coopérative
© Radio France - Annabelle Grelier

Et c’est un véritable bras de fer qu’a dû livrer Sailcoop avec les autorités maritimes pour démarrer sa saison. "Mais il me semble que lorsqu’on ne dérange pas, c’est signe que l’on n'est pas en train de changer les choses. Nous avons ouvert une brèche, c’est sûr."

Fort de ce succès estival, la coopérative a déjà prévu sa première traversée transatlantique avec escale jusqu’en Guadeloupe, le 5 novembre prochain, et les places sont déjà presque toutes réservées.
Dans les prochaines années, d’autres liaisons sont envisagées à moyenne distance vers l’Irlande ou la Grèce, voire au long cours vers l’Amérique du Sud ou l’Afrique de l’Ouest. Enfin, la coopérative compte proposer des liaisons entre le continent et des îles côtières en s’inspirant de la navette Iliens, dont le catamaran opère depuis 2021 entre Belle-Île et Quiberon transportant 1 500 passagers par an.

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