Publicité

"Salles de shoot" : cartographie mondiale d'une très lente démocratisation

Par
La première salle de shoot française ouvre à Paris
La première salle de shoot française ouvre à Paris
© Maxppp - Leon Tanguy

CARTE. Ce lundi, ouvre à Paris la première salle de consommation à moindre risque destinée aux usagers de drogues. La France est ainsi le neuvième pays à ouvrir une salle de shoot dans le monde. Retour en cartes sur l'évolution de cette pratique dans le monde.

Cet espace est situé au 4 rue Ambroise-Paré, au sein d'une des zones les plus importantes de consommation de drogue. Un espace de 450 m² au rez-de-chaussée de l’hôpital Lariboisière désormais capable d’accueillir les usagers de drogues. L'objectif de cet espace géré par l'association Gaïa, spécialisée dans la prévention et du soin en addictologie et toxicomanie, est de limiter au maximum les risques de contamination et d'overdose des usagers en proposant du matériel d'injection stérile.

Une initiative qui a déjà fait ses preuves en Allemagne. Depuis 12 ans, trois salles de shoot accueillent enivrions 500 usagers par mois à Berlin. Un reportage de Cyril Sauvageot :

Publicité

"Ces centres font partie du paysage, mais ça n'a pas toujours été le cas"

1 min

Un long combat politique en France

Depuis 1987 et la mise en vente libre dans les pharmacies des seringues par la ministre de la Santé de l'époque, Michèle Barzach, pour endiguer la transmission du sida par le biais du partage des seringues chez les toxicomanes, le chemin vers l'ouverture d'une salle de consommation de drogue à Paris a été long et fastidieux.

Suite à cette décision qui fait scandale à l'époque, le gouvernement officialise par décret en 1994, via Simone Veil, le programmes d'échange de seringues. La même année, une association créée une salle d'injection non officielle qui ferme en 1995 suite à un cas d'overdose. Une tentative qui s'inscrit lors du pic des décès liés à la consommation de drogue en France :

Dix ans plus tard, les centres d’accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de la drogue sont créés. Les premiers soins y sont prodigués et du matériel stérile y est distribué. En 2010, l'Inserm donne un avis favorable sur la création de centres d'injection :

La politique de réduction des risques chez les usagers de drogues fondée en France sur la mise en place d’'un accès élargi au matériel d'’injection, aux traitements de substitution aux opiacés, au dépistage du VIH et aux traitements antirétroviraux, a joué un rôle important sur la réduction de l'incidence du VIH, la baisse des décès liés aux usages de drogues et l’amélioration de ’l'accès aux soins pour les usagers de drogues.

Cet avis est suivi par le gouvernement en 2013, qui programme une expérimentation à Paris votée en 2015. Ces salles d'injections visent à réduire les risques d’overdose et de transmission du sida et de l’hépatite C auprès d’une population de toxicomanes précarisés. Un enjeu de taille pour les toxicomanes, lorsque 36,4% des morts par overdose sont imputables à l’héroïne seule ou associée à d'autres produits.

Outre l'aspect sanitaire, cette mesure a également une symbolique forte qui fragmente une partie de la droite alors qu'elle fait davantage consensus à gauche, même si cette dernière a du mal à l'assumer. Décryptage de Christine Moncla :

Trente ans après la Suisse, pays pionnier en la matière, la France ouvre ce lundi sa toute première salle de consommation à moindre risque.

1 min

Record d'Europe d'overdoses au Royaume-Uni

Néanmoins, la France est loin d'être le seul pays touché par les overdoses. On estime qu'en Europe plus de 6 000 personnes meurent par overdose chaque année. Le pays où l'on meure le plus d'overdose est le Royaume-Uni avec 2 449 décès, suivi de l'Allemagne avec 1 032 décès et de la Suède avec 609 décès. La France se situe à la 7ème place.

Source : Observatoire européen des drogues et des toxicomanies

1986 : première salle de shoot au monde

Une situation qui a amené certains pays dans le monde à prendre plus tôt la décision d'ouvrir des salles d'injection. Néanmoins, les pays qui ouvrent de tels centres restent aujourd'hui fortement isolés. Avec le centre ouvert à Paris, ils sont désormais 9 dans le monde. Soit plus de 90 centres répartis sur ces pays. Retour sur ces ouvertures :

A écouter : Le débat sur les salles de shoot lancé hier soir à Paris

A écouter : Pourquoi accepter une salle de shoot près de chez soi ?

A écouter : Salles de shoot : banalisation ou réduction des risques ?