#SansMoiLe7Mai et autres mobilisations en ligne

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#SansMoiLe7Mai et autres mobilisations en ligne

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: Pour le chercheur Nicolas Vanderbiest, ce mot dièse est spontané. Avant d'être relayé par des soutiens de Jean-Luc Mélenchon et quelques fillonistes.
: Pour le chercheur Nicolas Vanderbiest, ce mot dièse est spontané. Avant d'être relayé par des soutiens de Jean-Luc Mélenchon et quelques fillonistes.
© Radio France - SL

Entretien. Au soir du 1er tour de la présidentielle, #SansMoiLe7Mai s'est très vite distingué sur les réseaux sociaux, grâce essentiellement à des soutiens de Jean-Luc Mélenchon. Pas de front républicain virtuel en revanche contre le Front national. Décryptage de Nicolas Vanderbiest, du site reputatiolab.

Très vite dimanche soir, le mot dièse #SansMoiLe7Mai a mobilisé, en particulier sur Twitter. Relayé avant tout par des soutiens de Jean-Luc Mélenchon, il faisait partie des grandes tendances de discussion en France lundi. Pendant ce temps, aucune mobilisation significative d'un "front républicain" anti Front national ou Marine Le Pen sous la bannière d'un autre mot clé. Chroniqueur sur notre chaîne, Nicolas Vanderbiest anime le site reputatiolab. Assistant et doctorant à l'Université Catholique de Louvain, il a répondu aux questions de Stanislas Vasak pour notre journal de 22h, avançant le chiffre de plus de 4,5 millions de tweets consacrés à la présidentielle dans la journée des résultats. Avec, selon lui, plus de 450 000 twittos qui l'ont commentée.

Comment expliquer le succès de #SansMoiLe7Mai ?

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Pour comprendre ce succès, il faut comprendre la logique du réseau Twitter. Parce qu'il propose à ses utilisateurs ce que l'on appelle les tendances émergentes. Ce ne sont pas les sujets les plus discutés sur Twitter, ce sont les plus émergents. C'est-à-dire qu'en gros on va prendre un volume de tweets à un moment A, et on va la comparer à une situation antérieure B. Et en fait, là-dedans, la plupart des conversations ne parlaient que des présidentielles et pour la plupart, elles utilisaient des hashtags déjà beaucoup utilisés auparavant : #présidentielle2017 #jevote, et autres. Ce qui fait que cela a laissé une grosse porte ouverte à des hashtags plus ou moins nouveaux pour se faire une place dans les tendances émergentes. Et c'est ce qu'a fait avec brio #SansMoiLe7Mai. Mais sans pour autant être un gros gros phénomène. Le #jevote a quand même rassemblé 410 000 personnes.

Vous avez pu identifier l'origine de #SansMoiLe7Mai ?

Oui. Dès la publication des résultats, une personne a exprimé son mécontentement et a dit qu'elle ne voterait pas (tweet ci-dessous). Elle a petit à petit été retweeté et des gens sont entrés et ont également posté le message. Il n'y a pas eu d'opération de personnes voulant faire de ce hashtag une tendance émergente. C'est essentiellement une organisation sous jacente, qui a été propagée plus ou moins par des militants de Jean-Luc Mélenchon et dans une moindre mesure de François Fillon. Du côté filloniste, c'était plus par opportunisme que pour s'organiser avec les mélenchonistes.

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C'est spontané alors, sans organisation politique à la manoeuvre ?

Spontané, oui. Et il y a d'ailleurs un indicateur très bon pour évaluer s'il y a une organisation ou si l'on a essayé de booster numériquement les urnes de Twitter. Vous regardez le nombre de tweets (45 000) face au nombre d'utilisateurs (presque à 21 000). Cela représente donc presque deux tweets par utilisateur, soit un taux encore très très bas et un indice qu'il n'y a pas de volonté de rendre la tendance émergente massive.

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Et existe-t-il une mobilisation significative sur les réseaux sociaux contre Marine Le Pen ?

Non, il n'y en a pas du tout en l'état. Parce que les militants plutôt du centre et de la gauche n'ont pas l'habitude de se mobiliser contre un candidat. Ils sont davantage dans la promotion de leurs idées que dans le dénigrement d'un autre candidat. Le dénigrement est une tradition beaucoup plus à l'extrême droite. De la même façon, pour Emmanuel Macron, ce n'est pas dans sa stratégie hors ligne et il est donc logique que cela ne se déporte pas sur les réseaux sociaux.

Mais sans être dans l'entourage d'Emmanuel Macron, il n'y a pas de mobilisation de ceux qui ne souhaitent pas voir Marine Le Pen élue ?

Non. Parce qu'ils se mobiliseront dans les urnes. Ils n'ont pas besoin forcément de crier leur amour pour Emmanuel Macron ou de crier leur haine envers Marine Le Pen. Si des opérations sont menées, c'est davantage une logique d'émotion qui circule sur les réseaux sociaux, une logique de propagande. Et comme il n'y a ni l'un, ni l'autre, c'est normal qu'il n'y ait pas de campagne contre Marine Le Pen.

Pourtant, les réseaux sociaux peuvent être l'endroit idéal pour lancer un début de mobilisation sur un thème donné ?

Oui. Cela peut être un bon départ. Mais il faut une stratégie, il faut mettre cela en place et il faut s'assurer que cela ne sera pas un flop. Ce qui n'est pas toujours très facile dans les mobilisations des différents militants des candidats. Si vous lancez un hashtag contre Marine Le Pen, vous avez plutôt intérêt à ce que celui-ci fonctionne bien. Sinon, cela de la publicité négative plus que positive.

Et l'extrême droite, ce que l'on appelle la réacosphère, fachosphère, patriosphère, elle est très présente dans la perspective du second tour ?

Oui. Elle est déjà là. Il y a déjà des messages qui ont été envoyés à destination des électeurs de Mélenchon. Et il y a déjà comme d'habitude les tweets de dénigrement d'Emmanuel Macron. Ces twittos sont particulièrement actifs et plus mobilisés. Maintenant, si l'on regarde leur poids numérique en terme d'actifs, il est du même ordre que pour n'importe quel autre candidat presque. J'évalue plus ou moins la patriosphère, fachosphère, réacosphère autour de 30 000 personnes, sur Twitter. Ce qui est plus ou moins semblable à presque tout le monde. Peut-être pas pour Emmanuel Macron, parce qu'il a un peu moins de militants présents sur Twitter.

Macron n'a pas la communauté dont peut bénéficier Marine Le Pen ?

Oui. Logiquement, parce que c'est un nouveau candidat et forcément il n'a pas les mêmes réseaux. Du côté de la fachosphère, ce sont des gens qui se suivent mutuellement et qui ne suivent presque que cela dans leurs timeline. Ils ont créé un entre soi, ils communiquent et ils sont capables très vite de comprendre quelle logique d'influence développer, c'est-à-dire en gros quand il faut se mobiliser. Du côté de chez Macron, les militants sont plutôt neufs et l'organisation est beaucoup plus difficile.