Sanubar Tursun
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Sanubar Tursun : la voix des Ouïghours libérée #CulturePrime

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Sanubar Tursun : la voix des Ouïghours libérée

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Icône de la chanson ouïghoure, Sanubar Tursun est une des victimes de la politique d'assimilation forcée, perpétrée par la Chine envers la minorité musulmane et turcophone des Ouïghours. Après de longs mois sans aucune nouvelle, elle a été vue il y a une semaine, en liberté.

Icône de la chanson ouïghoure, Sanubar Tursun est une des victimes de la politique d'assimilation forcée de la Chine à l'encontre de la minorité musulmane et turcophone ouïghoure. Plusieurs spécialistes parlent même de "génocide culturel" organisé par le gouvernement chinois, qui, lui, rétorque en plaidant une lutte contre le terrorisme islamiste et séparatiste des Ouïghours. Sanubar Tursun, figure de la culture ouïghoure, a disparu pendant de nombreux mois ; où était-elle ? 

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Star du muqâm, au patrimoine mondial de l'Unesco

Sanubar Tursun est l’une des plus grandes stars de la chanson traditionnelle ouïghoure. Après plusieurs tournées aux Etats-Unis et en Europe, et alors qu’elle devait encore se produire en France, elle annule soudainement ses concerts et disparaît. Ses proches et ses collaborateurs internationaux n’ont plus aucune nouvelle pendant plus d’un an. 

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Sans confirmation officielle, tous soupçonnent un internement forcé dans l’un des nombreux camps secrets de "rééducation politique", mis en place par le régime chinois pour réprimer les Ouïghours. Son nom s’ajoute à la longue liste des artistes et intellectuels ouïghours subissant une purge massive, arrêtés, enfermés, ou harcelés. 

En 2001 déjà, pendant l’un de ses concerts, un poète monte sur scène pour chanter la souffrance de son peuple. En répression, le gouvernement la licencie de son poste de chanteuse, confisque son passeport et celui de son frère, également musicien, et les interdit de sortie de territoire pendant 10 ans. Elle en passera cinq réfugiée dans le conservatoire de Shanghaï, où elle étudie la composition musicale. Son frère, très affecté par la répression, meurt de crise cardiaque. 

Une patrimonialisation ambiguë de la part de la Chine

Chez la famille Sanubar, on est musicien depuis des générations, son père, comme son grand-père est luthier, ses frères sont musiciens. Sanubar, elle, chante depuis l’enfance et devient rapidement experte en dutar, le luth ouïghour. Elle s’approprie le répertoire traditionnel à l’origine masculin. Et c’est aujourd’hui l’une des rares femmes à chanter ces poèmes épiques, récités et dansés, que l'on appelle les muqâms. Inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, ces chants populaires sont traditionnellement joués lors des fêtes et cérémonies, pendant 24 heures d’affilée. Ils incarnent le métissage ainsi des influences arobo-persano-turc et soufies. 

Cette tradition se développe dès le XVIe siècle, grâce aux auteurs turco-persans rencontrés sur la route de la Soie. Les muqâms sont aujourd’hui une partie du répertoire officiel chinois, qui se targue ainsi de sa diversité musicale.
En effet, le gouvernement chinois affiche depuis 2003 son ambition de sanctuariser les muqâms ouïghours au patrimoine mondial de l’Unesco, en figeant et en contrôlant ainsi la pratique, alors même que les fêtes où les muqâms étaient joués avaient été interdits, prétextant des rassemblements subversifs. 

Figure de la chanson traditionnelle, Sanubar est aussi adorée pour ses compositions, ses collaborations avec des poètes illustres, ses prises de positions artistiques, son intégrité, ses choix de textes, qui reflètent la philosophie et la culture ouïghoure. 

Après de nombreux mois sans donner signe de vie, elle a enfin été revue par des proches, circulant dans l'espace public, fin novembre 2019. 

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