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Scale : un matériau composé uniquement d'écailles de poissons

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Les écailles de poisson lavées et séchées sont ensuite réduites en poudre avant d'être compressées
Les écailles de poisson lavées et séchées sont ensuite réduites en poudre avant d'être compressées
© Radio France - Annabelle Grelier

L’entreprise installée à Hasparren, au Pays basque, a élaboré un nouveau matériau intégralement composé d’écailles de poissons : la Scalite. Biosourcé, il ne contient ni résine, ni colle, ni composant pétrosourcé. Il est biodégradable et recyclable à l’infini affirment les deux fondateurs de Scale.

Dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, la FAO estime dans son dernier rapport qu’il est perdu ou gaspillé, chaque année, 35% des quantités récoltées et capturées à l’échelle mondiale. 12 millions de tonnes de coproduits de la pêche ne sont pas utilisées confirme de son côté l’Observatoire européen des marchés des produits de la pêche et de l’aquaculture.

Alors qu’il était designer dans un cabinet d’architecte londonien, Erik de Laurens cherchait un matériau naturel qui pourrait se substituer à tous les plastiques et polymères utilisés dans la décoration et l’aménagement intérieur.

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En planchant sur les coproduits de la pêche, il réalise que les écailles de poissons sont très peu valorisées, quasiment considérées comme des déchets, elles finissent la plupart du temps à la poubelle.

Avec son cousin, Edouard de Dreuzy, ils créent en 2018 Scale avec pour objectif de créer et développer un matériau qui cochera toutes les cases du développement durable.

Biosourcé, biodégradable et recyclable

De faible qualité nutritive, les écailles de poisson n’intéressent que très peu l’industrie agroalimentaire mais d’un point de vue scientifique, elles sont composées de nombreuses molécules d’intérêt nous explique Arnaud Petitpas, ingénieur physico-chimiste et chef de projet chez Scale. "L’écaille de poisson est un composite naturel fait d’une matière organique, les fibres de collagène et d’une matière minérale, du calcium et du phosphate."

Une fois les écailles réduites en poudre, le collagène joue le rôle de liant naturel qui par un procédé de compression mis au point et breveté par l’équipe de Scale, va devenir un matériau solide dans lequel n’aura été incorporé aucun adjuvant précise Edouard de Dreuzy, l’un de deux cofondateurs.

"Dans la Scalite, il n’y a ni colle, ni résine, ni adjuvant pétrosourcé. C’est assez inédit pour un matériau de n’avoir qu’un seul composant. Comme tout est issu de la nature, on peut afficher des qualités environnementales assez exceptionnelles comme le fait d’être entièrement biodégradable et recyclable à l’infini."

Avec un matériau final robuste, flexible, non inflammable, non toxique, les applications sont nombreuses. Des emballages, des montures de lunette, du revêtement mural mais aussi du mobilier. Car, autre avantage de la Scalite, elle se travaille comme du bois. Avec les mêmes outils ! insiste Edouard de Dreuzy et toutes les chutes et copeaux repartent dans une broyeuse pour redevenir matière première. Le principe même de l’économie circulaire.

Reportage sur ce matériau entièrement naturel, ses qualités et déclinaisons. Par Annabelle Grelier

3 min

Une plaque de Scalite après compression des écailles dans les mains de l'un de ses inventeurs Edouard de Dreuzy
Une plaque de Scalite après compression des écailles dans les mains de l'un de ses inventeurs Edouard de Dreuzy
© Radio France - Annabelle Grelier

Pour la couleur, on peut y rajouter des coquilles d’huitres et de moules ou des pigments naturels pour des teintes plus vives. A noter tout de même que le matériau est sensible à l’humidité, il est donc nécessaire comme le bois, de le vernir.

Scale a déjà livré auprès de restaurants et magasins ses premiers meubles et éléments de décoration : tables et bureaux et continue de développer de nouveaux produits. La demande des industriels et des grandes enseignes en matériau biosourcé ne cesse de croître et pour y répondre la jeune pousse cherche aujourd’hui à augmenter sa capacité de production.

Pérenniser la filière écaille

Première étape : l’approvisionnement. À leur début, c’est avec l’aquaculture, l’élevage de saumons et les conserveries de sardines bretonnes qu’ils ont organisé la collecte. Deux tonnes d’écailles environ par mois collectées sous forme de blocs congelés. Une logistique un peu lourde reconnait Edouard De Dreuzy avec une matière première qu’il faut sécher. Même s’ils ont fait le choix d’un séchage peu énergivore grâce à la récupération de chaleur fatale, le processus reste long.

Scale compte 8 salariés, essentiellement des ingénieurs et chimistes
Scale compte 8 salariés, essentiellement des ingénieurs et chimistes
© Radio France - Annabelle Grelier

Il devenait difficile de ne travailler qu’avec la matière locale. Le temps que la filière française se structure, Scale aujourd’hui importe par bateau des écailles de poisson d’Indonésie, le plus gros gisement au monde. Elles ont le label de pêche durable et sont séchées au soleil fait remarquer le chef d’entreprise qui dans son empreinte carbone a pu compenser les émissions de CO2 du transport.

"Sans cet apport nous ne pourrions pas nous développer, l’Europe ne représente que 3% de la matière disponible dans le monde."

Mais l’objectif de Scale est bien de pérenniser la filière française. Plus on comprendra que les écailles sont précieuses plus vite elle pourra se structurer estime la jeune pousse. Et les écailles n’ont pas livré tous leurs secrets ! Sur les huit salariés que compte l’entreprise, plus de la moitié sont des ingénieurs chimistes et le CNRS finance avec un doctorant une partie des recherches. La recherche est d’ailleurs l’un des piliers de l’entreprise qui participe aux travaux de la chaire industrielle Manta, au sein de l’Université de Pau et Pays de l’Adour à Anglet. Cette chaire travaille sur les nouveaux matériaux issus des coproduits de la mer.