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Scène électro : "Ce n'est pas toujours facile d'exercer son métier", estime le président de Technopol

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La précédente édition de la Techno Parade, dédiée à Steve Maia Caniço, le 28/09/2019 à Paris.
La précédente édition de la Techno Parade, dédiée à Steve Maia Caniço, le 28/09/2019 à Paris.
© AFP - Martin BUREAU

La 24e édition de la Techno Parade se déroule samedi 24 septembre, à Paris. L'occasion pour les organisateurs de réclamer une meilleure reconnaissance des musiques électroniques, qui, selon eux, souffrent encore parfois de certains préjugés.

"On a vraiment envie de retrouver notre public et de faire vibrer les rues de Paris", s'impatiente Tommy Vaudecrane, président de l'association Technopol qui organise la Techno Parade. Les participants ont rendez-vous à midi, samedi 24 septembre, place Denfert-Rochereau. Le parcours de plus de 6 km se terminera place de la Nation.

Onze chars ont pour mission de faire danser la foule. En solidarité avec l'Ukraine, Xenia, DJ ukrainienne, est l'invitée d'honneur. La fête est de retour après "une période de Covid-19 qui a beaucoup impacté les acteurs et les actrices des musiques électroniques et a affaibli [leur] écosystème".

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"Ce n'est pas toujours facile d'exercer son métier"

"On a besoin d'être représentés, on a besoin d'être visibles. On se rend compte, malgré une existence de près de vingt-cinq ans de la Techno Parade, une présence depuis près de trente ans des musiques électroniques en France, qu'il y a toujours des difficultés pour organiser les événements. Certaines mairies, certaines préfectures ne sont pas toujours très ouvertes. Des amalgames sont faits. Ce n'est pas toujours facile d'exercer son métier", poursuit Tommy Vaudecrane. "On associe beaucoup plus ça à du trouble à l'ordre public qu'à du festif", résume-t-il.

Tommy Vaudecrane, président de l'association Technopol, le 21 septembre 2022 à Paris.
Tommy Vaudecrane, président de l'association Technopol, le 21 septembre 2022 à Paris.
© Radio France - Margot Delpierre

Le début de la "diabolisation"

"Aujourd'hui, le terme de musique électronique est très vaste, explique le spécialiste Jean-Yves Leloup. Il rassemble à la fois des musiques "beaucoup plus expérimentales, proches des musiques savantes dédiées à un public de niche et une musique avec des formats pop".

Il existe également "une musique de danse, ce qu'on appelle la techno ou la house pour les deux genres les plus les plus représentatifs et les plus connus. Souvent, on l'associe très naturellement à la musique des clubs, des discothèques, des rave parties ou des free parties. C'est notamment elle qui a eu le plus de soucis avec les autorités et les préfectures depuis les premières interdictions qui ont surgi au début des années 1990."

En effet, à partir de 1994 en France - quelques années après l'Angleterre -, avec le succès populaire de ces musiques, l'organisation de fêtes en partie clandestines et la consommation de drogues qui leur est associée, se construisent "un imaginaire", des oppositions et des critiques, ainsi que "ce que les sociologues appellent la panique morale", estime Jean-Yves Leloup, auteur de plusieurs ouvrages sur les musiques électroniques et commissaire de l'exposition Electro, organisée en 2019 à la Philharmonie de Paris.

Des politiques et des médias s'en emparent alors. "Cette diabolisation a commencé à partir de circulaires, se souvient Jean-Yves Leloup. En 1995, une circulaire dite Pasqua décrit ces soirées rave comme des soirées 'à haut risque'. Elle a fait date et a donné de nouvelles armes à la gendarmerie et aux autorités pour arrêter les soirées ou saisir le matériel." Puis à nouveau en 2001, avec la loi dont Thierry Mariani est à l'initiative.

Depuis les années 1990, le regard a changé

"Aujourd'hui, la grande majorité des soirées n'est plus clandestine. Dans les soirées, les festivals, les clubs, les travailleurs sont déclarés. Le milieu s'est professionnalisé à partir de 1996", note Jean-Yves Leloup.

"Évidemment, le regard a changé. On ne peut pas dire qu'on est dans la même situation qu'au début des années 1990, reconnaît Tommy Vaudecrane. On a, sur le papier en tout cas, les mêmes droits d'exercer nos métiers dans les mêmes conditions que tout acteur culturel du spectacle vivant, des musiques actuelles."

"Par contre, comme on est encore dans un développement de nos esthétiques musicales, elles ne sont pas toujours connues, comprises. Donc il y a, comme souvent quand des choses nouvelles arrivent, une certaine réticence qui mène à une plus forte rigidité, peut-être, par rapport à l'accueil de nos événements." Pourtant, les musiques électroniques sont "un fort vecteur d'attraction touristique", rappelle Tommy Vaudecrane, ce que confirme Jean-Yves Leloup, citant Les Nuits Sonores à Lyon ou la Paris Electronic Week.

"Ce qu'on attend, c'est qu'il y ait une équité de traitement. À partir du moment où on paie nos taxes, où on embauche et qu'on travaille comme tout acteur culturel, on attend de la part des institutions, des autorités et autres, qu'on soit acceptés et qu'il n'y ait pas de surenchère de présence policière plus importante dans un événement électronique, par exemple", espère le président de Technopol, qui précise que pour la Techno Parade, il travaille main dans la main avec la préfecture de police de Paris.

Il souhaite qu'il n'y ait pas de difficultés, pas plus en tout cas que dans un événement de jazz ou de rock par exemple, pour installer un festival au niveau local. Enfin, pendant le Covid-19, parce qu'il y a encore "un manque de structuration professionnelle de la part des acteurs et des actrices" des musiques électroniques, "beaucoup n'ont pu accéder aux aides proposées par l'État. Ça a mis beaucoup de gens dans des fortes situations de précarité".

Par ailleurs, "pendant longtemps, il y a eu une sorte de non-communication entre la scène électronique et la Sacem [Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique] qui a, ces dernières années, fait un peu le 'forcing' pour faire signer des compositeurs et des compositrices, essayé de mettre en place aussi des systèmes qui vont permettre de savoir précisément ce qui est joué dans les soirées et dans les festivals. Au fond, beaucoup de gens de la musique électronique avaient la sensation qu'ils ne leur étaient pas utile d'adhérer à la Sacem parce qu'ils ne verraient jamais la couleur de leurs droits. La Sacem en a pris conscience il y a quelques années", explique Jean-Yves Leloup.

Le rôle de la Techno Parade, du lobbying culturel et politique

La Techno Parade, fondée en 1998 par Technopol avec le soutien de l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, joue depuis vingt-quatre ans son rôle de vitrine des musiques électroniques, de ses très nombreux genres et sous-genres. L'événement, populaire et gratuit, rassemble des centaines de milliers de jeunes. Beaucoup ont entre 14 et 18 ans.

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"Ça répondait à du lobbying culturel, analyse Jean-Yves Leloup. L'idée était de montrer que cette musique était certes festive, mais qu'elle s'accompagnait aussi d'événements, d'une programmation artistique et culturelle parallèle au défilé" afin de montrer une autre image. "La scène est beaucoup plus politisée qu'elle ne l'était à une certaine époque, dans les années 2000 ou même au début des années 2010. C'est une scène qui s'est toujours montrée beaucoup plus engagée dans la question de la parité, de l'égalité, de la culture LGBT."

Le précédent défilé en 2019 a été dédié à Steve Maia Caniço, mort noyé pendant la Fête de la musique à Nantes après une intervention policière controversée. Cette parade avait réuni 300 000 personnes du Louvre à la Place d'Italie.

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Il ne faut pas en oublier l'aspect musical, bien sûr : "La Techno Parade est là pour montrer au grand public que la musique électronique ne se résume pas à ce qu'il entend à la télé ou à la radio", confirme Tommy Vaudecrane.

"La musique électronique a créé ses propres réseaux. Certaines des grandes plateformes, comme SoundCloud par exemple, sont nées à travers la scène électronique. Discogs, qui rassemble toutes les discographies de tous les artistes du monde", aussi. "Elle a crée ses propres réseaux en ligne, en parallèle des grands médias télévisés ou radio, auxquels ils ont relativement peu accès", renchérit Jean-Yves Leloup.

"On considère qu'on est une esthétique musicale à part. Je ne sais pas s'il faut nous inscrire au patrimoine culturel, mais en tout cas, on souhaite avoir un suivi spécifique aux musiques électroniques", conclut Tommy Vaudecrane.

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