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Science et humour : Gauthier Fourcade, ingénieur de jeux de mots

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Gauthier Fourcade dans le parc de la ferme des Etoiles  près de Fleurance
Gauthier Fourcade dans le parc de la ferme des Etoiles près de Fleurance
© Radio France - Stéphane Iglésis

Gauthier Fourcade a toujours rêvé d’être artiste et chercheur : mais comme il collectionnait les zéros en chimie, il a dû jeter l’éponge en maths spé. Il a donc utilisé l’autre corde à son arc, la fantaisie. Rencontre à l'occasion du festival d'astronomie de Fleurance.

Le 29e festival d'astronomie de Fleurance a eu lieu du 2 au 9 août dans le Gers. Comme chaque année, des scientifiques de tous horizons étaient invités pour évoquer leur domaine de recherches. Parmi les intervenants, un homme au profil un peu différent avait fait le déplacement : Gauthier Fourcade, scientifique de formation mais devenu artiste. Il se produit sur scène où il abord des concepts empruntés à la science en les saupoudrant de jeux de mots et de raisonnements absurdes. A Fleurance, il a proposé au public son spectacle sur Le Secret du temps plié.

Quelle a été votre formation scientifique ?

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J’ai fait une formation scientifique de base, maths sup, maths spé, avant de rejoindre l’école supérieure d’informatique. À l’époque où j’étais en maths sup, j’espérais encore devenir chercheur : soit en mathématique, soit en physique et, en même temps, être artiste. Et je me suis aperçu que j’avais beaucoup de mal à passer deux années entières à faire fonctionner uniquement le cerveau gauche : j’ai un peu craqué donc je n’ai pas eu les résultats qui m’auraient permis d’aller vers de très hautes études. J’ai donc dû renoncer à mon rêve d’être aussi chercheur car je n’étais qu’artiste au final. J'ai fait l'école d’ingénieur parce que j’étais sur cette lancée et parce que j’avais déjà tout cet acquis, j’ai un peu validé cet acquis avec mon diplôme d’ingénieur.

Le spectacle était quelque chose que vous aviez en vous, même dès vos études scientifiques ?

Disons que j’étais persuadé dès l’âge de 14 ans que je serai artiste, parce que j’étais le clown dans la classe et que mes copies de rédaction avaient tendance à être lues par les professeurs à l’ensemble de la classe. Mais je crois que j’avais aussi un vrai esprit de chercheur : aimer se poser à soi-même des questions. Par la suite, lorsque j’ai fait uniquement des spectacles, j’ai conservé cet esprit-là, notamment dans le spectacle que j’ai joué ici à Fleurance (Le Secret du temps plié). On voit un homme qui se pose une série de questions et qui ensuite, les valide par de pseudos expériences. Tout cela est complètement bidon bien sûr parce que ce sont des jeux de mots, des astuces... Mais certains scientifiques m'ont dit qu’on reconnaissait bien la démarche du scientifique : la façon de se poser une question, qui va en amener une autre, qui ensuite va avoir besoin d’une expérience pour être validée.

Le spectacle s’appelle le Secret du temps plié, comme on plie le linge ?

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En deux mots : oui.

Pourquoi avez-vous eu envie de faire un spectacle autour du temps ?

J’ai du mal à répondre à cela car je ne choisis par mes spectacles, je prends des notes en vrac, pendant des années et au bout d’un certain temps je réunis mes notes, par thème, et je découvre quels sont les thèmes qui émergent. Et en fait le thème m’est imposé, et je m’aperçois que c’est un thème qui devait me préoccuper à ce moment-là.

Ce spectacle n’est pas tout récent, c’était mon troisième alors que j’en ai déjà cinq... J’avais 42 ans, alors c’est peut-être le fameux tournant de la quarantaine qui me préoccupait, avec cette question du vieillissement certainement et puis la mort de mon père qui était assez récente. Donc il est beaucoup question de ça, du père, de la transmission : en fait, c’est l’histoire d’un homme qui se questionne, d'abord intellectuellement sur le temps, et ensuite, par petites parenthèses, on voit que ça le touche affectivement. Il est question de la mort du père, du fils qui grandit, c’est le côté humain, parce que c’est toujours ça. 

Mais pourquoi un scientifique va s’intéresser à un domaine plutôt qu’à un autre ? Derrière son choix, il y a toujours une question d’humain, si on creuse : quelque chose qui le rattache à son sujet. Si il n’y a pas de la passion, il ne peut pas y avoir du talent en fait.

Quelles sont les autres notions scientifiques que vous avez abordées dans votre carrière d’artiste et d’humoriste ?

J'aborde beaucoup la philosophie, je me suis fait une culture d'autodidacte dans ce domaine. Il y a des spectacles où je fais un pseudo philosophe qui se questionne… Mais toujours à base de jeux de mots, donc de raisonnements et de plaisanteries, mais qui amènent toujours à énoncer des vérités auxquelles je crois. Donc je m’amuse à dire de façon fantaisiste des choses qui correspondent à ma propre philosophie ! Par exemple, ré enchanter le monde : je ne suis pas un matérialiste, je crois qu’il y a quelque chose de plus magique dans l’homme. Et j’essaie souvent par différents biais d’en convaincre mon auditoire avec des raisonnements. 

Sinon pour ce qui est plutôt scientifique, j'utilise toujours une démonstration pseudo mathématique. Dans un spectacle, je démontre que ma paire de chaussures est Dieu et je le démontre de façon très logique.

Et l’équation divine, elle se calcule comment ?

Une fois, un élève de classe préparatoire est venu me voir après le spectacle et m'a dit : "Mais où est l’erreur ?" Car forcément, le résultat est complètement faux, puisque on arrive à un résultat complètement absurde. Mais il ne voyait pas à quel moment du raisonnement, cela devenait complètement faux. C’est ce que j’appelle de la prestidigitation logique : on ne voit pas le moment où le raisonnement devient faux mais évidemment, c’est faux. 

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Vous avez toujours eu le goût du jeu de mots : le maître était Raymond Devos ?

Oui, c'était le maître. Il se trouve que je faisais des jeux de mots en classe avant de connaître Raymond Devos. Et je faisais énormément rire avec mes jeux de mots. Mais quand mon grand-père m’a offert une cassette de Raymond Devos, j’ai dit, mais voilà ce qu’on peut faire !

Non seulement faire des jeux de mots, mais raconter des histoires avec. Ce sont les jeux de mots qui font avancer l’histoire. Je me suis aperçu que non seulement on pouvait inventer des histoires, mais aussi des raisonnements, raconter des choses, démonter pourquoi la nuit tombe (par terre), pourquoi le temps est vraiment du sable : j’arrive à convaincre que le temps est vraiment du sable avec de fausses démonstrations mais avec des jeux de mots. On peut faire énormément de choses avec les jeux de mots. En fait, le jeu de mots n’est pas une fin en soi, c’est une sorte d’écriture comme on pourrait écrire en alexandrins, ce sont des choses qui riment, il y a certaines règles. Et à partir du moment où on dit, c’est une règle que l’on pose. Si l’on dit aux gens, on fait un jeu de mots et qu’ils admettent la convention, je peux donc faire des jeux de mots qui vont construire de faux raisonnements.

Apparemment vos raisonnements ne sont pas si abracadabrantesques, puisque les scientifiques les suivent…

Ils les apprécient car si la façon de raisonner en elle-même est complètement farfelue, la méthode et le but sont scientifiques : être en quête de vérité, chercher à comprendre. Et là je crois que les scientifiques se reconnaissent vraiment dans l’attitude de mes personnages. Et les philosophes aussi, et les psychanalystes aussi d’ailleurs. Il y a plusieurs domaines qui sont abordés.

Une science qui vous intéresse plus particulièrement ?

La cosmologie ainsi que toutes les sciences qui peuvent, d’une façon ou d’une autre, avoir des implications philosophiques : donc évidemment la physique quantique avec tous ses paradoxes, la cosmologie pour comprendre l’univers et de quelle nature il peut être. Je pense qu’on ne peut pas faire sérieusement de la philosophie si l’on n’a pas des bases dans ces domaines-là.

Et comme l’univers connu ne représente que peu de choses, l’imagination est au pouvoir ?

Effectivement, et de toute façon l’imagination commence là où la raison s’arrête. Et pour l’instant, la raison s’arrête, semble-t-il de façon définitive, à la cause des causes. On peut étudier ce qui existe, mais pourquoi est-ce qu’il y a quelque chose qui existe ?

Vous parliez tout à l’heure de l’équation divine, ou de ce pari pascalien : vous l’exprimeriez comment ?

Dans mes spectacles, je m’amuse à prouver l’existence de Dieu, mais de façon tellement farfelue que l’on ne me prend pas au sérieux, c’est évident. Dans la vraie vie, je dirais que cela se traduirait par une confiance, un long cheminement. Je pense qu’après avoir beaucoup réfléchi, je me heurte à un grand mystère, je pense qu’il y a quelque chose que je ne comprends pas, mais en tout cas j’ai confiance. Et cette confiance me rend plutôt optimiste par rapport à tout ce qui arrive dans la vie. 

Confiance dans une spiritualité qui unirait l’ensemble des hommes ou dans une religion particulière ?

Certainement pas dans une religion, je pense que les religions servent à enfermer les gens dans des dogmes, dans des pratiques au lieu de les ouvrir. La vraie spiritualité doit au contraire les ouvrir et leur faire comprendre leur infinité. Je pense que la poésie ou d’autres approches peuvent faire comprendre à l’homme à quel point il est infini en lui-même.

Une matrice ?

Une matrice, encore une fois c’est chercher une cause, et après quelle est la cause de la cause ? "Matrice", c’est encore mettre des mots sur quelque chose qui dépasse notre entendement. Donc je pense qu’il y a un énorme point d’interrogation. Au lieu de remplacer la croix ou je ne sais quel symbole religieux, on pourrait se prosterner devant un grand point d’interrogation.

Gauthier Fourcade au festival d'astronomie de Fleurance 2019

8 min