Publicité

Sciences : les femmes toujours très sous-représentées en France

Par
Les femmes restent minoritaires dans le domaine des sciences en France
Les femmes restent minoritaires dans le domaine des sciences en France
© Getty - Westend61

Trois femmes scientifiques viennent d'obtenir un prix Nobel : Andrea Ghez, colauréate en physique, et la Française Emmanuelle Charpentier et sa collègue Jennifer Doudna en chimie. Des exceptions car dans les sciences dites "dures" les femmes restent très sous-représentées, notamment en France.

Andrea Ghez, Emmanuelle Charpentier, Jennifer Doudna : ces trois scientifiques viennent d’obtenir un prix Nobel pour leurs recherches en physique pour la première et en chimie pour les deux autres. Depuis l’existence du prix Nobel en 1901, seules quatre femmes ont obtenu cette distinction en physique (sur 216 récompensés) et sept en chimie (sur 186 récompensés). Cette année, c’est aussi la première fois qu’un duo de femmes (Emmanuelle Charpentier – Jennifer Doudna) remporte un Nobel dans le domaine scientifique.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Les lauréates n’ont donc pas hésité à lancer des appels aux femmes. La généticienne française Emmanuelle Charpentier espère que ce prix apporte "un message très fort" aux jeunes chercheuses. "Les femmes scientifiques peuvent aussi avoir un impact pour la recherche qu’elles mènent", a-t-elle déclaré après avoir reçu son prix. Et d'ajouter au micro de Leandra Kristin Morich, pour Radio France, que "Cela démontre aussi que la recherche, à l'heure actuelle, est aussi faite avec des femmes. Et j'espère que ça continuera parce que je vois beaucoup de jeunes femmes scientifiques qui décident d'abandonner la recherche."

Publicité

Emmanuelle Charpentier : Ce Nobel "démontre aussi que la recherche, à l'heure actuelle, est aussi faite avec des femmes. Et j'espère que ça continuera parce que je vois beaucoup de jeunes femmes scientifiques qui décident d'abandonner la recherche."

2 min

Sa collègue, la chercheuse américaine Jennifer Doudna estime que cette récompense est "un pas dans la bonne direction" alors que beaucoup de femmes ont le sentiment que "quoi qu’elles fassent, leur travail ne sera jamais considéré comme il le serait si elles étaient un homme". Les femmes sont toujours très peu présentes dans le domaine scientifique, en particulier celui des sciences dites "dures" (physique, chimie, mathématiques…), notamment en France où les barrières sont encore nombreuses.

Des stéréotypes dès l’enfance… 

Dès le plus jeune âge, les enfants sont confrontés aux stéréotypes qui ont une incidence dans toute leur scolarité. "Dès la naissance, on est orienté vers des images stéréotypées avec des jouets ‘pour filles’  ou ‘pour garçon’. Ce sont par exemple des poupées pour les filles, des Lego pour les garçons", note Nadine Halberstadt, présidente de l’association Femmes et Sciences qui a pour objectif de promouvoir les femmes dans le milieu scientifique et intervient également auprès des plus jeunes. Pour y remédier, une charte a été adoptée en 2019 afin de favoriser la mixité des jouets pour enfants et leur montrer in fine que "toutes les professions sont accessibles", que l’on soit une fille ou un garçon. Car tout au long de la scolarité, les clichés perdurent. Ainsi, souligne Nadine Halberstadt, si une élève est bonne en mathématiques, cela sera considéré comme normal et l’orientation vers des études scientifiques ou d’ingénieure ne lui sera pas forcément proposée. Alors qu’un garçon bon en mathématiques sera étiqueté "bon élève" et l’orientation en filière scientifique plus aisée. Si au lycée, filles et garçons sont à peu près nombreux dans les matières scientifiques, le fossé se creuse à l’université. En 2017, les filles n’étaient que 36% en sciences et 27% dans les formations d’ingénieurs. Le ministère de l'Enseignement supérieur avait fixé l'objectif de 40% d'étudiantes en sciences pour cette rentrée 2020 mais les chiffres ne sont pas encore connus...

Les filles se voient alors attribuer les rôles de "care" (le soin) et vont être plus nombreuses en biologie (60%) et les garçons sont davantage orientés vers la rationalité et donc majoritaires dans des matières comme la physique ou l’informatique. L’université américaine de Harvard a élaboré un test à ce sujet, pour démontrer la persistance des stéréotypes dans l’imaginaire de chacune et chacun qui veulent que les filles sont plus associées aux matières littéraires et les garçons aux sciences. 

Nadine Halberstadt s’inquiète aussi du manque de filles dans des matières qui concernent pourtant l'avenir de la société toute entière, comme l’environnement ou l’intelligence artificielle. Peu nombreuses dans ce domaine, il n’y a aujourd’hui qu’un peu plus de 10% de femmes pour concevoir des algorithmes. Si bien qu’il en découle des biais et stéréotypes, comme l’expliquent Aude Berheim et Flora Vincent dans leur ouvrage "L’intelligence artificielle, pas sans elles". Il en va de même dans la recherche, la concentration d’hommes a pour effet d’avoir occulté pendant des années des problématiques spécifiques aux femmes, comme l’endométriose, les symptômes de l’infarctus chez la femme, les doses de médicaments… 

… et qui se perpétuent tout au long de la carrière

Cette sous-représentation des femmes dans le milieu scientifique s’accentuent dans le milieu professionnel. Elles ne forment que 8,4% des salariées dans les emplois en sciences ou d’ingénieures. D’une manière générale, dans la recherche, les femmes sont près de 30% dans le public et environ 20% dans le privé. Mais les chiffres varient fortement selon les matières. Ainsi, les enseignantes-chercheuses sont majoritaires en langues et littérature (62%) mais minoritaires par exemple en mathématiques et informatiques (23%)

Nadine Halberstadt évoque aussi le "tuyau percé", phénomène selon lequel plus on monte dans la hiérarchie moins les femmes sont présentes. Les maîtresses de conférences sont ainsi 44% mais les professeures d’université seulement 25%. L’association Femmes et Sciences rappelle que seul un brevet sur sept est déposé par une femme. Si rien ne change, la parité ne sera atteinte qu’en 2070. Les femmes sont également moins nombreuses à obtenir des grandes récompenses internationales. En mathématiques, il aura fallu attendre 2014 pour qu’une femme (la seule à ce jour), la mathématicienne iranienne Maryam Mirzakhani, décroche la médaille Fields. Au sujet du Nobel de chimie attribué pour la première fois cette année à un duo de femmes, la présidente de l’association Femmes et sciences Nadine Halberstadt estime que c’est la preuve que "lorsqu’on laisse les femmes travailler, elles peuvent faire des choses magnifiques".

Même les plus grandes scientifiques ont été confrontées au plafond de verre 

De nombreuses femmes scientifiques dénoncent en effet régulièrement le plafond de verre et les stéréotypes persistants dans ce milieu. Récemment récompensée par le prix Pour les femmes et la science (Fondation L’Oréal, en partenariat avec l’Unesco), la professeure Edith Heard, directrice générale du laboratoire de biologie moléculaire européen (Heidelberg, Allemagne) a confié n’avoir réalisé l’existence de ce plafond de verre "qu’après l’avoir franchi", après avoir remarqué être un "spécimen rare".   

J’ai vite compris que beaucoup de femmes devaient déployer davantage d’efforts, parler plus fort, se montrer plus calmes et identifier des alliés masculins.                      
Edith Heard, directrice générale du laboratoire de biologie moléculaire européen, lauréate 2020 du prix Pour les femmes et la science

Récompensée en septembre dernier par un Breakthrough Prize (un prix scientifique américain de trois millions de dollars) pour sa découverte sur l’instinct parental dans le cerveau de la souris, la neurobiologiste française Catherine Dulac est installée depuis 25 ans aux États-Unis, après avoir passé son doctorat en France.

J’ai eu des opportunités pour avoir mon propre labo aux États-Unis et je n’ai eu aucune opportunité d’avoir mon propre labo en France. Là, je me suis vraiment heurtée à une espèce de comportement paternaliste à la con, si je puis m’exprimer ainsi, où les gens disaient : 'Oh, vous êtes beaucoup trop jeune pour avoir votre propre budget, vous n’avez pas assez d’expérience pour être indépendante’.                      
La neurobiologiste Catherine Dulac à l’AFP

Malgré sa notoriété, la professeure de Harvard explique aussi être régulièrement sous-estimée ou prise de haut par des collègues masculins, "On ne s’attend à ce que moi, j’ai quelque chose d’intéressant à dire". Pour Edith Heard, "le mentorat, les réseaux de soutien et l’identification de méthodes permettant de mieux équilibrer vie professionnelle et vie privée" seront déterminants pour attirer les femmes vers les sciences. Des initiatives sont justement mises en place dans ce but. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Des initiatives pour attirer plus de femmes en sciences

Le constat de l’absence de femmes dans le milieu scientifique est mondial. La Fondation L’Oréal, en partenariat avec l’Unesco, a créé depuis 22 ans le prix Pour les Femmes et la Sciences afin de mettre en avant et de récompenser les travaux de cinq chercheuses à travers le monde. Sur les 112 lauréates de ce prix, cinq ont par la suite obtenu un prix Nobel (Ada Yonath, Elizabeth H. Blackburn, Christiane Nüsslein-Volhard et cette semaine Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna). La Fondation explique avoir permis de mettre en lumière les travaux de 3 500 chercheuses à travers 128 pays.

Outre permettre de connaître les recherches menées par des femmes, certains pays ont décidé d’agir pour rétablir l’équilibre entre chercheuses et chercheurs. L’Allemagne a par exemple mis en place des postes scientifiques réservés aux femmes. Une politique des quotas qu’approuve Nadine Halberstadt et qu’elle aimerait voir appliquer en France :

Il y a une injustice flagrante en France. Alors pourquoi ne pas passer par cette politique de quotas pendant quelques années ? Les hommes bénéficient d’avantages implicites depuis qu’ils sont petits puis ils sont cooptés par leurs collègues hommes. Des quotas permettraient de rétablir un équilibre.

En France, plusieurs lois pour l’égalité entre femmes et hommes dans le milieu de l’entreprise, la parité dans les instances dirigeantes des universités ou le recrutement d’enseignants-chercheurs ou enseignantes-chercheuses ont été adoptées ces dernières années. L’association Femmes et sciences intervient, elle, auprès des jeunes pour promouvoir l’image de la science chez les femmes et inversement. Elles rencontrent ainsi 12 000 jeunes chaque année. Un mentorat pour les doctorantes a également été lancé avec quelques universités pour permettre aux femmes de construire leur projet de carrière. En novembre prochain, pour les 20 ans de l’association, une exposition avec les photos de femmes scientifiques françaises en activité est organisée à Paris. Une manière de véhiculer autrement l’idée que les sciences sont aussi pour les femmes.