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Second tour des régionales : abstention persistante, RN et LREM en chute et sortants presque tous réélus

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Un bureau de vote dans l'attente de votants, à Brive, ce dimanche 20 juin 2021.
Un bureau de vote dans l'attente de votants, à Brive, ce dimanche 20 juin 2021.
© Maxppp - Stéphanie Para / La Montagne

Malgré le record d'abstention au premier tour, il n'y a pas eu de sursaut électoral ce dimanche. Les sondeurs estiment que 65% des inscrits n'ont pas voté. Avec un désaveu dans les urnes pour le Rassemblement national de Marine Le Pen et le parti d'Emmanuel Macron. La droite apparaît renforcée.

À dix mois de la présidentielle, l'abstention massive reste l'enseignement majeur du scrutin qui clôt ces régionales et départementales reportées pour cause de Covid-19. Et le chiffre historique de dimanche dernier n'y aura quasiment rien changé. Autre enseignement : presque tous les présidents et présidentes de région conservent leur siège, avec une super prime aux sortants. Hormis la Réunion, passée à gauche grâce à Huguette Bello, à la tête d'une liste d'union. Avec donc un Rassemblement national qui ne gagne aucune région, y compris en Paca. La République en Marche elle aussi sombre au compteur, pendant que la droite reprend des couleurs et se tourne vers la présidentielle, Xavier Bertrand en tête.

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Abstention autour de 65%

Au premier tour, dimanche dernier, jamais les Français n'avaient autant boudé un scrutin depuis le référendum sur le quinquennat le 24 septembre 2000, soit le record absolu d'abstention sous la Ve République avec 69,8%. Pour autant, pas de retour aux urnes significatif ce dimanche et des votants qui évoquent souvent un geste citoyen "plus par devoir que par motivation".

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Même si la tendance nationale ne doit pas masquer des disparités régionales et des rebonds de participations locaux. Ainsi en Bourgogne-Franche-Comté ou dans la région Paca, avec un duel particulièrement clair pour les électeurs entre le LR Renaud Muselier et le RN Thierry Mariani, la participation a augmenté selon Ipsos de plus de 4 points (62,2% d'abstention contre 66,3% au premier tour), expliquant en partie le large succès du président sortant.

Pour la politologue et sociologue Dominique Schnapper, sur notre antenne, "toute une série de circonstances étaient défavorables" : 

On vote toujours moins aux élections intermédiaires, moins qu'aux municipales et à la présidentielle. Avec aussi le sentiment qu'il n'y a pas de véritable enjeu. Ces régions inconnues et incompréhensibles n'ont pas joué. Comment voulez-vous que les Alsaciens aient un sentiment d'identité dans une région qui regroupe l'Alsace, la Lorraine, les Ardennes et la Champagne ? Et la Nouvelle-Aquitaine, cet espèce de monstre de 6 millions de personnes. Il faut ajouter deux systèmes électoraux différents pour les deux élections, régionales et départementales. Personne ne comprend. Et ajoutez à cela la volonté de faire la fête en sortant du confinement, quand il n'y a pas eu de campagne électorale. Avec quelque chose de plus structurelle : fondamentalement, les institutions de la République représentative ne sont plus intériorisées et respectées par la grande majorité de la population, en tout cas par les jeunes générations. C'est l'effet d'un individualisme qui fait que "Je ne respecte pas les institutions et je ne suis représenté par personne sinon par moi-même".

L'économiste Daniel Cohen d'ajouter, toujours sur notre antenne : "Il y a l'explication de la solitude sociale. Et le jeu politique n'arrive plus à intéresser un très grand nombre de gens. Notamment les jeunes et notamment aux régionales car on y parle des transports, des lycées et de faire tourner la machine. Il y est très difficile de retrouver la métaphysique politique de la présidentielle."

"Je me méfie des surinterprétations", tempère Thierry Pech. Le directeur général du groupe de réflexion Terra Nova dit savoir que "dans un an l'abstention sera beaucoup plus faible". "La dramaturgie sera plus claire. Là, elle est inexistante. Avec un divorce entre la démocratie locale et la démocratie nationale. On l'avait déjà observé aux municipales." Sans oublier les circonstances : "La France a envie de penser à autre chose, de partir en vacances, de regarder ailleurs et d'être heureuse et d'oublier ces longs mois de confinement et de solitude."

Mais selon l'éditorialiste de France Culture Frédéric Says, il n'y a en tout cas pas eu de défaut d'information entre les deux tours, "donc le problème est bien différent. L'abstention n'est pas un oubli, pas une raison technique parce que l'on ne peut pas voter par internet. C'est un choix et qui va devoir maintenant interroger l'ensemble des responsables".

L'abstention depuis 1986
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Un désaveu pour le Rassemblement national

"Bougez-vous !" avait lancé au soir du premier tour aux électeurs le porte-parole du RN Sébastien Chenu. Malgré des sondages plutôt favorables ces dernières semaines et de vifs encouragements à voter aussi de la part de Marine Le Pen, le RN ne réussit pas son pari d'emporter une région. Et Sébastien Chenu ne cumule qu'un quart des votants dans les Hauts-de-France, région d'élection historique de la dirigeante du parti. Même en Bourgogne-Franche-Comté, que certains voyaient basculer, la sortante Marie-Guite Dufay (PS/PCF), alliée avec Stéphanie Modde (EELV), l'emporte. Et son candidat "d'ouverture", l'ex-LR Thierry Mariani, emblème pour ravir la puissante région Paca ne passe pas.

Le RN aurait réuni au total 20,5% des voix, en chute de 6,6 points par rapport à 2015 (27,1%), selon l'institut Ipsos Fiducial. Un frein dans les ambitions du RN en vue de la présidentielle : "l'emporter lui aurait permis de présenter une vitrine, un laboratoire à grande échelle de sa gestion, après déjà des municipalités" explique Frédéric Says :

Il était prévu pendant un an de ne pas faire grand chose (dans les régions conquises) pour rassurer l'électorat au niveau national. Pour montrer que ce n'était pas un bouleversement complet. De donner tort à tous ceux qui pensaient que l'élection du Rassemblement national allait montrer une sorte de pré fascisation. Cela aurait été une sorte d'appartement témoin pendant un an, de manière à ce que Marine Le Pen puisse arriver en position de force et briser un tabou mental pour montrer que le RN peut gérer d'immenses collectivités.

Frédéric Says relève par ailleurs que "ce sont aussi des transfuges qui ont perdu assez fortement", Sébastien Chenu, ex de l'UMP, Thierry Mariani également, ou Jean-Paul Garraud, en Occitanie. "Ces candidats qui étaient en quelque sorte des LR bis pour montrer la vitrine n'ont pas convaincu les électeurs, en tout cas la part la plus fâchée, qui allait voter RN pour se défouler, pousser un cri de colère, car ils sont devenus peut-être trop policés. Et à l'inverse, cela n'a pas fait venir les électeurs de la droite traditionnelle qui sont restés manifestement fidèles à leur parti.

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Yves Bardon, analyste pour Ipsos, de souligner une opération dans l'autre sens :

La plupart des idées du Front national puis du Rassemblement national se sont diffusées. Donc quand Darmanin dit à Marine Le Pen "finalement, vous êtes plus molle que moi", c'est une stratégie assez habile d'inversion pour montrer que non seulement les idées se sont diffusées mais que Marine Le Pen a quelque part dilué son propre parti dans une forme de politiquement correct qui peut énerver un certain nombre d'électeurs, nostalgiques du père et qui considèrent que les problèmes fondamentaux - je rappelle que la délinquance, l'immigration, le chômage et l'environnement sont les quatre préoccupations majeures des Français aujourd'hui - ne sont absolument pas traités par le RN tel qu'il est devenu aujourd'hui.

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Une prime aux sortants confirmée

Les potentiels électeurs interrogés avant ces régionales s'étaient satisfait du bilan des responsables en place, a rappelé pendant notre soirée spéciale Yves Bardon. "Les gens étaient contents de ce qui avait été réalisé depuis la dernière élection en 2015, sans raison de se plaindre. Et il n'y avait pas non plus le vote sanction qui était arrivé à François Hollande, puisqu'il n'y avait aucun président LREM qu'il aurait fallu marquer du sceau infâme du dégagisme."

Déjà amorcé au premier tour, par exemple en Occitanie, ce vote s'est très largement confirmé : dans toutes les régions en métropole !

Synthèse de ces sortants reconduits, avec Stéphane Robert.

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Mais "Ceux qui ont voté sont les plus vieux, les plus diplômés, les plus riches et plutôt conservateurs. Donc ils n'ont pas tendance à être tellement révolutionnaires. Et quand il n'y a pas un enjeu considérable, on vote assez spontanément pour les sortants, de gauche ou de droite", ajoute la politologue et sociologue Dominique Schnapper. Ces votants qualifiés de "façon préférentielle de légitimistes" par Thierry Pech.

L'Invité(e) des Matins
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Une droite relancée

Cette prime aux sortants profite à plein à la droite classique, qui retrouve de l'élan en vue de 2022 alors qu'elle semblait prise en étau entre le RN et LREM.

Trois figures déjà plus ou moins lancées en profitent.

Candidat proclamé à la présidentielle, l'ex-LR Xavier Bertrand a largement remporté son pari dans les Hauts-de-France : avec environ 52% des voix, il devance de près de 27 points son adversaire du RN Sébastien Chenu. Immédiatement après 20h, le sortant s'est dit prêt à aller à "la rencontre de tous les Français".

Autre prétendant possible à droite pour 2022, Laurent Wauquiez l'emporte haut la main en Auvergne-Rhône-Alpes, avec 57,17% face à la liste d'union de la gauche.

Et en Ile-de-France, Valérie Pécresse (ex-LR, Libres !), récolte autour de 45% des voix là encore face à une gauche unie emmenée par l'écologiste Julien Bayou. Elle aussi passait son test grandeur nature sur la route de 2022, se disant prête à "prendre toute sa part" à "une équipe de France de la droite et du centre qui a émergé".

Rosalie Lafarge décrypte le retour en force de la droite. Le patron des LR, Christian Jacob, promet un candidat et un seul.

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Enfin, autre motif de satisfaction à droite, les victoires de Jean Rottner dans le Grand Est, de Hervé Morin en Normandie et de Christelle Morançais en Pays de la Loire, loin devant l'espoir écologiste Matthieu Orphelin.

Et les départementales ?

Au-delà de l'abstention record, il y a d'abord la cuisante défaite du Rassemblement national. Il perd près de la moitié de ses cantons : seulement 28 conseillers départementaux élus au lieu de 62 en 2015. La victoire dans le Pas-de-Calais de Marine Le Pen et de Steeve Briois dans leur fief d'Hénin-Beaumont ne suffit pas à cacher l'ampleur de l'échec.

Comme pour les régionales, la plupart des sortants ont été reconduits et la droite sort en tête : elle a conquis 5 départements auparavant administrés par la gauche, les Alpes de Haute Provence, l'Ardèche, le Finistère et le Puy-de-Dôme, même si celui-ci était dirigé par un ex socialiste rallié à la République en marche. Le cinquième département passé à droite est un bastion historique du Parti communiste : le Val-de-Marne. Il était le dernier département dirigé par le PCF.

La gauche a de son côté réussit à gagner la Charente et les Côtes-d'Armor.

Enfin, pour le gouvernement, la claque des régionales se confirme, même si le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin est largement réélu avec 65% des suffrages exprimés dans un binôme divers droite à Tourcoing. À Prades, en revanche, la terre d'élection de Jean Castex, le candidat soutenu par le Premier ministre a été battu par le tandem d'union de la gauche.

Les enseignements des élections départementales. La plupart des sortants reconduits. La droite qui conquiert 5 départements dont le Val-de-Marne, dernier dirigé par le PCF. Le RN qui perd près de la moitié de ses cantons. Analyse de Sophie Delpont.

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Départementales : les binômes élus par canton
Départementales : les binômes élus par canton
© AFP - Jean-Michel Cornu, Léo Seux

Avec AFP et la collaboration de Sophie Delpont