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Sécurité et terrorisme : le web en accusation ?

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Comment concilier sécurité et respect des libertés publiques ? C'est aussi sur les usages et le contrôle du web que portent les débats. Gouvernement, politiques, membres de la société civile : de nombreuses voix se relaient pour réclamer un encadrement plus fort d'Internet et des réseaux sociaux. De leur côté, les défenseurs des libertés numériques s'inquiètent.

Surveillance Internet
Surveillance Internet
© Fotolia - Digieye

Il y a eu d'abord eu la déclaration commune des ministres de l'Intérieur de onze pays européens, dont Bernard Cazeneuve. « Nous devons lutter contre l’usage dévoyé que font d’internet toutes les organisations terroristes », ont-ils affirmé dimanche 11 janvier à l'issue d'une réunion internationale sur la lutte contre le terrorisme. Ce qu’ils proposent : renforcer le partenariat avec les opérateurs Internet pour identifier et retirer les « contenus incitant à la haine et à la terreur ».

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Puis hier, c'était au tour de Laurent Fabius d'appeler, sur France Inter, à des « formules de régulation » d'Internet. Tandis que Manuel Valls, invité sur BFMTV, affirmait ne plus vouloir « *que, sur Internet, on puisse avoir ces mots effrayants de haine * ». C'est là, a-t-il estimé, qu'une « partie de la radicalisation se forme ». C’est aussi le discours de Bernard Cazeneuve depuis plusieurs mois : de nombreux djihadistes sont embrigadés via le web.

Des messages ou de soutien aux terroristes ont bien été publiés sur le web. Vendredi dernier, le ministère de l'Intérieur recensait 3721messages signalés via Pharos, une plateforme qui permet à quiconque de signaler un contenu a priori illicite.

Les défenseurs des libertés numériques inquiets
Reste qu'à ce stade, ce que l'enquête met en avant dans le processus de radicalisation des terroristes, c'est surtout la prison, les contacts radicaux.Alors du côté des défenseurs des libertés numériques, la focalisation sur Internet inquiète déjà. Des associations comme la Quadrature du net mettent en garde contre une «* instrumentalisation sécuritaire* *» . * « On est inquiet à la manière dont le gouvernement souhaite répondre à l'exigence de défense des libertés qui a été le mot d'ordre de la population française ces derniers jours, par un pas en plus dans la restrictions des libertés * », explique Adrienne Charmet-Alix, responsable des campagnes à* La Quadrature du net ** :

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Un contrôle déjà fort
Internet fait déjà l'objet d'un contrôle, renforcé par la** loi sur le terrorisme** récemment adoptée (ses décrets d’application ne sont pas même encore tous rédigés). Le texte, qui avait été très contesté, renforce déjà très fortement le contrôle du web. En particulier, l'article 9 permet le blocage administratif des sites faisant l'apologie du terrorisme, sans passage par un juge.

C'est dans ce contexte que jeudi 8 janvier, au lendemain des attentats, le gouvernement a notifié à la Commission européenne (comme le prévoit la procédure) le décret relatif à ce blocage.

L'arsenal législatif est donc déjà fort, sans pour autant que le renforcement du contrôle fasse preuve de son efficacité. «* S'il est vrai qu''Internet a parfois un rôle dans le processus de radicalisation de certains individus, il ne faut pas imaginer qu’en surveillant Internet on règle l’essentiel.* », souligne Benoît Thieulin . Pour le président du Conseil national du numérique , «* Il faut faire de la pédagogie sur les espaces de liberté que sont les médias sociaux Ce pouvoir d’expression publique doit être débattu et enseigné à l’école. Il devait y avoir à l’école un cours d’instruction civique numérique* . » :

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Rappelons par ailleurs que web ou non l'apologie d'actes de terrorisme est déjà punie par la loi. Lundi 12 janvier, un jeune homme de 21 ans a été condamné à dix mois de prison ferme, après avoir clamé, dans le tramway, sa solidarité avec les djihadistes qui ont tué 17 personnes la semaine passée à Paris.