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"Sentir Paris"

Par

Extraits des travaux pionniers de Lucile Grésillon, invitée de Planète terre le 20 juillet 2011 (Sentir Paris, bien être et matérialité des lieux , éditions Quae, 2010; voir aussi la revue NSS: natures sciences sociétés ).

Pour écouter l'émission, rendez-vous ici. N'hésitez pas à nous transmettre vos questions et / ou commentaires dans la rubrique "Votre commentaire" en bas de page!

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I. "Habiter le dedans et le dehors dans Paris : une question de sensible* ?* ** Étude dans trois sites d’habitat de morphologie urbaine distincte

Un lotissement de maisons individuelles avec jardinet, datant du début du siècle, construit autour d’une voie piétonne circulair
Un lotissement de maisons individuelles avec jardinet, datant du début du siècle, construit autour d’une voie piétonne circulair

©Lucile Grésillon

Image 1. Un lotissement de maisons individuelles avec jardinet, datant du début du siècle, construit autour d’une voie piétonne circulaire, dans la vallée de la Bièvre (XIIIè arrondissement) appelé « Square des Peupliers ».

Le Square des Peupliers : À l’orée du Square, on est enchanté par la perspective* :* ruelle pavée surmontée d’une allée de végétation, pavillons coquets en enfilade, morceaux de ciel. Les pavés obligent à la lenteur, le stress s’envole et le corps s’ouvre. Beaucoup d’odeurs au cours de la promenade* :* le miellé du tröen, le jasminé du lilas et de la glycine, une vague terpénique* :* une maison en travaux, quelques remugles « verts » et « moisis » dans le coin nord humide. On y frissonne. Des relents « aminés », les matous du square marquent leur territoire. À la sortie, c’est l’air plein de la rue du Moulin des Près qui nous assaille et le bruit de la circulation… on les avait oubliés.

D’après la visite « * d’évaluation sensorielle »* du 19 avril 2000 entre 16h05 et 16h25 : temps couvert, présence de vent, température autour de 15°C.

Un ensemble d’habitat collectif, bâti dans les années soixante-dix dans le cadre de la politique de rénovation, autour d’un jard
Un ensemble d’habitat collectif, bâti dans les années soixante-dix dans le cadre de la politique de rénovation, autour d’un jard

©Lucile Grésillon
Image 2. Un ensemble d’habitat collectif, bâti dans les années soixante-dix dans le cadre de la politique de rénovation, autour d’un jardin intérieur, et donnant sur la place Pinel (XIIIè arrondissement)

La place Pinel: Le boulevard Vincent Auriol est rapidement longé, les gaz d’échappement rendent l’inspiration désagréable. L’arrivée sur la place Pinel détend. L’air est moins saturé et l’on se surprend à respirer plus amplement. Des senteurs culinaires le long des petits immeubles « faubourg »* :* le « grillé » du poulet rôti, le « cuit » de la soufflerie de la boulangerie… devant l’immeuble du « sept », une nappe phénolée* :* les abords du Leader Price viennent d’être nettoyés. L’eau du caniveau vieille de quelques jours s’ajoute aux relents « moisis » d’un soupirail… odeurs de fond de cave qui intriguent, surtout à proximité d’une tour des années soixante-dix. La trace « jasminée » d’une automobile vient la masquer temporairement. Une effluve « rosée » s’échappe de chez le coiffeur… Puis, le vent se lève et balaye toute odeur. Seuls subsistent quelques parfums fleuris et boisés de l’étalage du fleuriste, mélodie interrompue à l’approche du boulevard.

D’après la visite « * d’évaluation sensorielle »* du 19 avril 2000 entre 16h45 et 17h00 : temps couvert, absence de vent, température autour de 15°C.

Des îlots haussmanniens, construits lors de la percée de la rue Lagrange, entre la place Maubert et la Seine, débouchant sur le
Des îlots haussmanniens, construits lors de la percée de la rue Lagrange, entre la place Maubert et la Seine, débouchant sur le

** ©Lucile Grésillon**

Image 3. Des îlots haussmanniens, construits lors de la percée de la rue Lagrange, entre la place Maubert et la Seine, débouchant sur le square René Viviani (Vè arrondissement)

La rue Lagrange: Un fond odorant empli de poussière et de restes « jasminés » des gaz d’échappement, chaque voiture qui passe renouvelle cette tonalité et surajoute à l’impression de plein. Pas de vent aujourd’hui, l’air est immobile. Un souffle de « grillé » de la brasserie au coin du boulevard Saint Germain, des relents d’égouts atténués par l’étal de la petite superette, le « vert » domine alors* :* du fenouil et des oignons… Quelques remontées terreuses des jardinières s’immiscent dans l’air saturé. Une vague épaisse de « cuit » et de « caramel » s’installe un instant* :* l’aération de la pâtisserie. On traverse la rue du Fouarre et on longe le square Viviani. Des remugles « moisis » et « aminés » sortent de l’entrée souterraine du parking. Du jardin s’épandent des odeurs « vertes » des plantes fraîchement plantées et du buis taillé. La proximité des quais de Seine s’impose au nez, l’odeur âpre de la combustion règne".

Paris, Localisation des lieux d'étude
Paris, Localisation des lieux d'étude
© Radio France

Paris, Localisation des lieux d'étude ©Radio France

II. "Physique des lieux et lieux vécus : le quartier ancien de la Bastille

Entretiens "de type « récits de lieux de vie » par Nicole Mathieu, avec qui Lucile Grésillon a travaillé. Ils visent à éclairer l’articulation entre la configuration physique des lieux d’une part, l’usage et l’appréciation qui en sont faitsde l’autre : des matériaux comme la photographie, voire la vidéo, sont utillisés pour la caractérisation objective des lieux. Ils datent de juillet 2002 et concernent deux micro-sites du quartier ancien central de la Bastille à Paris".

La Bastille vue par des habitants de deux sites
La Bastille vue par des habitants de deux sites

La Bastille vue par des habitants de deux sites ©A. Marel-Brochat, 2003

Site A (cf. carte) : Passage du Cheval Blanc, reliant la place de la Bastille (2 rue de la Roquette) au 21 rue du Faubourg Saint-Antoine (11e arrondissement). Passage typique du quartier comprenant des ateliers et des locaux commerciaux. 5 escaliers et 6 cours portant le nom des premiers mois de l’année sont distribués le long de la voie centrale de ce passage pavé. Il comprend deux entrées closes par des grilles fermées la nuit et le week-end depuis la construction de l’Opéra et la réfection du Passage. Dans la journée, deux barrières électriques, gérées chacune par une gardienne, limitent l’entrée et le stationnement des véhicules. 5 personnes y ont été interrogées (4 foyers).

Site B (cf. carte) : 94 rue du Faubourg Saint-Antoine à mi-chemin entre Bastille et Aligre (12e arrondissement). Ancien hôtel converti en immeuble d’habitation, mais ne comprenant pour l’essentiel que des surfaces inférieures à 35 m2. Cet immeuble de 4 étages, avec gardienne, comporte 2 escaliers dont l’accès est contrôlé par deux digicodes successifs. 2 personnes y ont été interrogées (2 foyers)".