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Sept choses que vous ignorez sur Walt Disney

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Walt Disney entouré de posters de certains de ses films, en 1955
Walt Disney entouré de posters de certains de ses films, en 1955
© Getty - Silver Screen Collection/ Contributeur

Le père de Mickey, Donald et toute la clique est mort il y a un demi-siècle. Vous chantez par cœur certaines chansons des classiques de Disney, mais quid de l'histoire de Walt Disney ? On la décline en sept points, à commencer par ses premiers dessins d'animaux sur les murs de la ferme parentale.

Blanche Neige, Cendrillon, Bambi, La Belle et le Clochard, Alice au pays des merveilles, Le Roi Lion... On a tous (sans exception, inutile de nier) vu certains de ces grands classiques d'animation. Qui ne sait pas fredonner quelques bribes de chansons Disney ? En revanche, peut-être avouerez vous quelques lacunes concernant la vie du créateur de cet empire cinématographique, mort il y a 50 ans. Voici, en sept points (en hommage aux Sept Nains !), l'occasion de les combler, grâce notamment à une archive de mai 1990. Dans l'émission Les Mardis du cinéma, sur France Culture, quelques spécialistes et autres férus de Disney rivalisaient d'anecdotes à propos du dessinateur, producteur et homme d'affaires. C'était au micro de Christine Goémé.

Walt Disney, dans Les mardis du cinéma, mai 1990

54 min

Durée : 54 min

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1 - Il dessinait des animaux sur les murs de la ferme parentale

Walt Disney est un Américain d’origine française, normande plus précisément. Certains biographes américains affirment même que les Disney descendraient d'une lignée de Croisés qui auraient combattu aux côtés de Guillaume le Conquérant. D'ailleurs, "Disney" ne serait autre que le nom "d'Isigny", anglicisé. Quoiqu'il en soit, c'est à Chicago qu'est né Walt Disney, en 1901. Mais il y passe très peu de temps, raconte Christian Renaut, qui a publié De Blanche-Neige à Hercule en 1997 (Dreamland).

"Le principal de son enfance, il l’a passé dans le Missouri, dans une ferme, ce qui peut expliquer son contact avec les animaux très rapidement. Il s’amusait à peindre effectivement les animaux de la ferme sur les murs de la ferme, ce qui plaisait beaucoup à son père d’ailleurs."

Sur les cloisons de la ferme... et également, faute de papier à dessin, sur du papier toilette, confiera Walt Disney lui-même.

Adolescent, Walt Disney immigre à Kansas City avec l'ardente intention de devenir cartooniste : "Mais il ne pensait pas au départ faire du dessin animé. C’était un art très nouveau à l’époque, qui balbutiait vraiment. Il était intéressé simplement par le cinéma. Par le vaudeville d’abord, et par le cinéma ensuite."

2 - Il s'est fait piquer sa première création : Oswald le lapin chanceux

Walt Disney gagne ensuite Hollywood. Ses premiers succès, il les doit aux Alice Comedies, une série de courts métrages d'animation assez inconnue en France : des personnages de dessins animés y côtoient des humains véritables : "Comme Roger Rabbit, ou Mary Poppins, sauf qu’il s’agit là de l’inverse : un personnage réel se promène à travers des dessins", précise Christian Renaut. Suite à cette série, Walt Disney et l'animateur Ub Iwerks créent en 1927 un premier personnage, un lapin baptisé Oswald. Mais ils s'en font déposséder suite à une rupture de contrat entre Disney et Universal Pictures, le distributeur, qui en détenait les droits.

"Il a fait aussi un personnage qui s’appelle Oswald the Lucky Rabbit, qui était donc un petit lapin, comme son nom l’indique en anglais, qui marchait bien aussi. Mais par contre, pour des histoires de droit, il s’est fait carrément voler le personnage. Il a fallu à la suite de ça qu’il trouve un personnage pour le remplacer, et c’est comme ça que Mickey est né en 1928."

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3 - Il traçait la tête de Mickey à l'aide d'une pièce de monnaie

"C’est au retour d’un voyage à New York, alors qu’il rentrait en train en Californie, qu’il a eu l’idée de créer le personnage de Mickey. Il s’est d’abord appelé Mortimer. Sa femme Liliane trouvait que ce n’était pas un très joli nom et lui a suggéré le nom de Mickey." Michel Mandry

En 1928, la plus célèbre des souris naît sur les écrans. Et surtout, elle naît... sonore, ce qui s'apparente à une révolution dans l'univers du dessin animé : "Il y avait eu avant, point de vue film, le fameux Chanteur de jazz, en 1927 (…) et ça a donné l’idée à Disney de faire parler Mickey. Enfin pas exactement de le faire parler, mais de lui donner une voix, de lui donner un son" explique Michel Mandry, auteur d'une Encyclopédie Walt Disney (1978).

Le corps de Mickey évolue rapidement. Au début, le tracé est minimal, très facile à réaliser, car le dessin animé est un art extraordinairement chronophage : il s'agit de dessiner chaque dixième de seconde, raconte Philippe Videcoq, responsable du doublage de Mickey pour la télévision :

"Au début, son corps c’est une poire, sa tête c’est un rond (…) et certains animateurs ont dit que pour dessiner Mickey et l’avoir toujours aux mêmes proportions, eh bien il prenait une pièce de monnaie et il dessinait la circonférence grâce à cette pièce de monnaie."

Mickey a été un héros de dessin animé de 1928 jusqu’en 1953. En 1983, il revient au cinéma aux côtés de Picsou (l'oncle Scrooge inspiré de Dickens) par le biais d’un conte de Noël : Le conte de Noël de Mickey. C'est d'abord à lui que Walt Disney doit d'être devenu une institution à lui tout seul. Au point que Mickey fut la dernière créature qu'il dessina. Ensuite, il délaissa plus ou moins le crayon pour endosser le rôle du décideur.

4 - Inventeur dispendieux, il a mis plus d'une fois son entreprise en difficulté financière

Lorsque Mickey déboule sur les écrans, le son n'intéresse pas tout le monde, au cinéma. Ils sont même assez peu à y croire à Hollywood, comme en témoignait en 2011 le film de Michel Hazanavicius, The Artist. Mais pour ce qui est des innovations techniques, Walt Disney a toujours été avant-gardiste, quitte à engager de très grands frais. Après le cinéma parlant, il s'intéresse à la couleur, en 1932 : "Et à chaque fois, il voulait engager des frais énormes… pas grave. Souvent d’ailleurs, il a mis son entreprise dans des situations très très difficiles, mais parce qu’il voulait toujours innover, être le premier dans chaque domaine", explique Philippe Videcoq.

"C’était vrai pour la stéréo aussi, puisque Fantasia, peu de gens le savent, est l'un des premiers films stéréo. Ç'a été vrai pour le CinemaScope. Le premier dessin animé en CinemaScope, c’est également Walt Disney. Le storyboard, qu’Hitchcock a repris par la suite, c’est également lui qui l’a inventé."

Pour son premier long métrage, Blanche Neige, sur lequel lui et ses équipes travaillent d'arrache-pied à partir de 1934-1935, Walt Disney se ruine également. Il hypothèque sa maison, l'entreprise... malgré sa grande crainte : le public acceptera-t-il de tenir en place une heure et demie durant, à regarder des dessins s’animer ? Pari gagné : le succès de Blanche Neige est colossal, et ne se dément pas, encore aujourd'hui.

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À (re)découvrir : Alice au Pays de Jacques Lacan (article)

5 - Pour "Fantasia", les gens ont déserté le cinéma au bout de 20 minutes

D'après Philippe Videcoq, les rares fois où Walt Disney a été agité par de nobles sentiments, ce fut l'échec. À l'image de son idée de démocratiser la musique classique grâce à Fantasia , en 1940 :

"[Fantasia] a été très très mal reçu. C’était pourtant en 1940, donc c’était une idée d’avant-garde. Mais déjà l’idée de mettre de la musique en images (on peut dire que le plus grand et le premier clip de l’histoire, ça a été finalement Fantasia) (…) ce fut un échec total. (…) Et les gens ont déserté le cinéma au bout de 20 minutes. Après ça il a dit 'Maintenant, le caviar c’est terminé. On revient aux choses plus simples'."

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Pourtant, les Européens (et surtout les Français…) aiment à se poser la question d'une éventuelle existence d'une idéologie de Walt Disney. Après tout, chacun de ces classiques d'animation ne s'apparente-t-il pas à une fable de La Fontaine, ou d’Ésope ? Mais pour Pilippe Videcoq, Disney n'a jamais été un idéologue humaniste : "Plus il avançait en âge et plus il était pro-américain, et même hostile à toute idée libérale… enfin, disons, de l’Est. Dans ce cas-là, chercher véritablement à interpréter tout ce qui a été fait par Disney c’est un peu une erreur. Il n’a jamais voulu vraiment consciemment dire des choses. Il disait par exemple 'Moi je ne fais pas de l’art, je fais du divertissement.'"

6. Complaisant avec les nazis jusqu'en 1941, Disney finit par lancer une tomate à la tête d'Hitler (par le biais de Picsou)

France Info avait consacré un article au côté obscur de Walt Disney, au moment de la sortie du film Dans l'ombre de Mary – La promesse de Walt Disney en mars 2014 (une production de... la firme Walt Disney elle-même !). La journaliste Marie-Adélaïde Scigacz s'était notamment penchée sur les complaisances de Walt Disney par rapport à l'Allemagne nazie.

"Dans une première version des Trois petits cochons (1933), le loup est représenté sous les traits utilisés alors pour caricaturer les Juifs. Dans une biographie controversée, Leonard Mosley dépeint un Disney antisémite et explique que son frère Roy s'est rendu en 1937 en Allemagne pour assurer la distribution de Blanche Neige et les Sept Nains auprès de Joseph Goebbels, ministre de la propagande d'Hitler. Le journaliste et écrivain Roger Faligot confirme qu'il s'agit d'un des films préférés du Führer (oui, Blanche Neige et les Sept Nains). L'année suivante, Walt reçoit lui-même Leni Riefenstahl, déjà cinéaste au service des nazis. Au début des années 1940, il s'oppose publiquement à l'engagement américain dans la guerre." Marie-Adélaïde Scigacz, pour France Info

Et en effet, pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Etats-Unis rejoignent les Alliés en 1941, une partie du studio Disney est monopolisée par le gouvernement pour en faire un dépôt d'armes, ou encore un hôpital… Disney continue à produire, mais son travail n'est cette fois pas destiné à être diffusé auprès du grand public : il s'agit de films de propagande pour les Américains, ou de films tactiques pour former les militaires, sur l’importance de l’aviation pendant la guerre par exemple… Du fait des restrictions, les techniques utilisées étaient évidemment moins coûteuses, il s'agissait parfois de simples découpages. Sur demande du gouvernement, Disney participe aussi à l'effort de guerre d'une façon plus étonnante : "On avait Mickey, Pluto, Goofy, qui étaient dessinés sur des badges que les soldats américains avaient pour leur remonter le moral, les encourager à aller au front", raconte Michel Mandry.

"On a vu Donald par exemple, qu’on voyait dans un dessin animé très connu là-bas, avec carrément une chanson qui a fait un tube d’ailleurs à l’époque... on [le] voyait en tant qu’ouvrier dans une usine où il était supposé fabriquer toute la journée des bombes, un petit peu comme Charlie Chaplin dans "Les Temps modernes"... Il était complètement obnubilé par Hitler, avec des croix gammées partout… et il était embobiné donc dans le système totalitaire d’Hitler… la chanson qui était dans ce film-là a été un grand succès (…) on le voyait à la fin en train d’envoyer une tomate à la figure d’Hitler."

7. Un patron inflexible avec ses employés

La réplique du bureau de Walt Disney (Hollywood Studios)
La réplique du bureau de Walt Disney (Hollywood Studios)
- Juan Kulichevsky/ Wikipédia, CC0

En 1941 et 1942, les employés de Walt Disney se mettent en grève durant cinq semaines, dénonçant l'injustice des pratiques salariales. Le mouvement implique un millier de salariés, alors même que les productions de Cendrillon, Peter Pan et Alice aux pays des merveilles sont en cours. Les choses s'enveniment, au point que le gouvernement (par la voix de Nelson Rockefeller) propose à Walt Disney une tournée en Amérique du sud, le temps de trouver une solution pour apaiser les esprits.

"Disney pensait qu’ils étaient comme une famille dans la grande maison Disney. (…) que l’objectif était tellement important qu’on ne pensait plus qu’à ça. Et puis il s’est rendu compte qu’il y avait parmi ses collaborateurs des artistes, d’ailleurs très doués pour la plupart… des gens qui pensaient qu’on pouvait très bien faire son travail, mais en ayant des droits, en ayant des temps limités, en ayant aussi des salaires plus raisonnables. Et donc là il n’a pas très bien compris ce qu’il se passait." Michel Mandry

Un épisode qui vit Walt Disney s'ériger en figure conservatrice, farouchement opposée à la syndicalisation (dont c'était les grands débuts), et au communisme sous toutes ses formes. Au début des années 1950, à l'instar du cinéaste Elia Kazan, il fut même l'un des tristes acteurs du Maccarthysme, n'hésitant pas à dénoncer certains de ses confrères soupçonnés de sympathies pro-soviétiques.

Walt Disney lisant "Alice au Pays des merveilles" en compagnie de Donald Duck, 1951
Walt Disney lisant "Alice au Pays des merveilles" en compagnie de Donald Duck, 1951
© Getty - Hulton-Deutsch Collection/CORBIS