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Serebrennikov et Bellocchio ou la solitude du contrechamp

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Un plan de «La Femme de Tchaïkovski», de Kirill Serebrennikov. — © Hype Film
Un plan de «La Femme de Tchaïkovski», de Kirill Serebrennikov. — © Hype Film

Derrière le show Tom Cruise, deux retours : du dissident russe Kirill Serebrennikov, et des années de plomb revisitées par le plus grand cinéaste italien en activité, Marco Bellocchio.

Pendant que la Patrouille de France contribuait, en survolant le Palais des Festivals, à la promotion de la nouvelle jeunesse que Tom Cruise, 59 ans, donnait à l'icône reaganienne de Top Gun, c'est la compétition qui reprenait ses droits sur la Croisette. Après avoir été symbolisé par un fauteuil vide pour ses deux précédents films, Leto et La Fièvre de Petrov, le cinéaste russe longtemps assigné à résidence et depuis réfugié à Berlin, Kirill Serebrennikov, était bien là hier, criant son opposition à la guerre à l'issue de la projection de La Femme de Tchaïkovski.

58 min

Cela faisait longtemps qu'il s'intéressait au célèbre compositeur et à son homosexualité, sujet tabou depuis l'époque soviétique, et encore aujourd'hui, puisque son projet avait alors été bloqué par le Ministre de la Culture Vladimir Medinski, actuel négociateur de Poutine avec l'Ukraine. C'est par la bande que Serebrennikov a fini par s'y attaquer, en s'intéressant à la figure mystérieuse de son épouse, Antonina Milioukova, femme de la bonne société possédée par un amour sans retour, dont l'obstination lui permettra de se faire épouser par le génie, avant qu'il ne la rejette avec dégoût et violence, et qu'elle ne sombre dans la démence. Le film bascule dans le même temps d'un classicisme initial à une folie baroque, et révèle une grande actrice, Alena Mikhailova, première sérieuse prétendante à un prix d'interprétation.

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Extérieur nuit

Avec Esterno Notte, Marco Bellocchio se penche sur l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges en 1978. ANNA CAMERLINGO
Avec Esterno Notte, Marco Bellocchio se penche sur l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges en 1978. ANNA CAMERLINGO

On ne s'appesantira pas plus sur le deuxième film de la compétition, tourné par les Belges Charlotte Vandermeersch et Felix van Groeningen dans le Val d'Aoste, en Italie, Les Huit Montagnes, bromance qui cumule tous les poncifs de l'académisme du cinéma indépendant type Sundance, pour saluer la réussite magistrale d'un vrai Transalpin, lui : Marco Bellocchio, qui a projeté hier les 6 épisodes de sa mini-série, Esterno Notte, relecture et contre-champ de Buongiorno, notte, le film qu'il avait consacré il y a 20 ans à l'affaire Aldo Moro. Un portrait implacable de la médiocrité, de l'impuissance et au fond, de la solitude des "grands" au pouvoir, hier comme aujourd'hui...

2 min