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Séries : un réveil français

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Du jamais vu pour une série diffusée en France. Ce lundi a débuté sur Canal Plus « Versailles », qui décrit la vie du jeune Louis XIV grâce à un budget et un générique international sans précédent. Une série hors normes, mais qui confirme le renouveau de la fiction et de la production française.

L'acteur George Blagden (Louis XIV) et le réalisateur Jalil Lespert sur le tournage de "Versailles"
L'acteur George Blagden (Louis XIV) et le réalisateur Jalil Lespert sur le tournage de "Versailles"

"Versailles" a vu très grand : avec 27 millions d’euros de budget, deux super scénaristes, et des décors et des costumes de cinéma.

« Quand on filmait des fêtes de la cour en extérieur, tous les maquilleurs et les coiffeurs de Paris étaient là, je n'avais jamais vu ça », a assuré à l'AFP la chef décoratrice Katia Wyzskop : « c'était comme un grand film américain, il y avait trente camions, des tentes partout, c'était gigantesque ! ».

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Une co production et un casting international pour 10 épisodes tournés en anglais et dont les droits ont déjà été achetés par la BBC.

Des moyens inédits qui s’ajoutent à un nouveau souffle de la série française, explique Franck Philippon, scénariste et co directeur du département séries TV de la Femis.

« Il y a eu un vrai accroissement de la qualité des séries françaises, venu progressivement aussi avec un succès d'audience de ces séries, et en parallèle les fictions américaines grand public s'essoufflent un peu en France. Donc, d'une certaine manière, la fiction française redevient du coup, ce qu'elle était il y a quinze ans, un genre particulièrement plébiscité par le public. Avec une reconnaissance à la fois par le milieu et par la presse des nouvelles manières de fabriquer des séries » (cliquez sur le triangle blanc pour écouter ) :

Format, écriture, thème, l’école française s’est transformée, jusqu’à entrer à la Femis donc. La scénariste depuis près de dix ans Fanny Herrero nous en avait longuement parlé. A l'occasion d' un "Pixel" sur le rire, elle nous avait reçu chez elle il y a un an, en pleine finalisation de "Dix pour cent", devenu un très gros succès d'audience :

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15 min

« La télévision française bouge vraiment », nous avait-elle confié.

La scénariste de télévision Fanny Herrero, à son domicile en octobre 2014
La scénariste de télévision Fanny Herrero, à son domicile en octobre 2014
© Radio France - Eric Chaverou

Désormais directrice de collection, elle explique comment l'écriture collective s'est développée : « Le mythe de l'auteur solitaire, dans son bureau, touché par la grâce de Dieu, et qui d'un coup au fil de la plume sort des oeuvres géniales, était un peu dépassé ».

Et des séries d’auteur comme "P'tit Quinquin", du cinéaste Bruno Dumont, dont la saison 2 se profile, se vendent aussi dans le monde entier : au Brésil, en Pologne, au Canada, en Finlande, aux Etats-Unis, au Mexique, en Norvège, en Angleterre, Turquie, Espagne, Autriche et Pays-Bas.

Alors que nos exportations de programmes audiovisuels ont battu l’an dernier un record historique, à 153,8 millions d'euros, même si très loin derrière les Britanniques, qui atteignaient 1,75 milliard d'euros en 2013.

Pour rattraper ce retard et tenter de rivaliser avec des géants comme Amazon ou Netflix, TF1, France Télévisions ou Vivendi multiplient depuis quelques mois rachats et initiatives. TF1 a ainsi clairement affiché ses ambitions de pôle de production européen avec le récent rachat de Newen, le deuxième producteur français de fiction, qui affiche notamment dans son catalogue "Plus belle la Vie". Écoutez "le Journal de la culture" de Zoé Sfez à propos de ce rachat :

Le journal de la culture par Zoé Sfez

12 min

Enfin, les députés viennent d'encourager cette industrie des séries avec un coup de pouce fiscal. Ils ont adopté un amendement sur un taux de crédit d'impôt sur la fiction pour éviter les délocalisations des tournages.