Publicité

Si Dieu n’existe pas, tout est-il permis ?

Par
Dieu ou le chaos moral ?
Dieu ou le chaos moral ?
© Getty - Westend61

L’histoire des civilisations semble apporter un démenti macabre au fondement divin de l’éthique : quand on a crû pouvoir fonder l’obligation morale sur Dieu, on s’est permis les plus graves injures à la liberté, les plus grandes discriminations, les plus terribles oppressions.

Dieu ou le chaos moral ?

"Divinité, que de crimes on commet en ton nom !" Pourtant, le mauvais usage qui est fait d’un principe ne suffit pas à le discréditer. C’est un peu gaullien comme formule. Vous avez intérêt à pencher du côté de Dieu sinon vous êtes complice de tous les crimes… Ce chantage est évidemment inaudible de nous jours parce qu’on a plutôt envie de dire : "non, c’est le contraire". À chaque fois qu’on a voulu impliquer Dieu pour motiver les normes ou l’action morale, on a cautionné les plus grands dénis de droits de l’homme et de la femme notamment, on a cautionné des crimes, et par conséquent, il ne faut surtout pas faire de Dieu, le garant de l’existence d’obligation morale. Ça va à l’encontre de l’émancipation morale de l’humanité, ça sous-entend une morale de l’hétéronomie, bref tout ce qu’il ne faut pas, sans compter le caractère arbitraire du choix divin en matière morale.

Dieu et la morale : pas lui, pas ça !

On pourrait appliquer un principe de précaution au fondement de la morale, on pourrait dire : l’Académie des Sciences morales doit interdire les questions sur le fondement divin de l’éthique, car les conséquences sont trop graves, des vies sont en jeu… Donc, il vaut mieux que Dieu n’existe pas, ou que s’il existe, il n’est rien à voir avec la morale.

Publicité

"Si Dieu n’existe pas, tout est-il permis ?" : un argument théiste, ou une exhortation libertaire ?

L'argument théiste : si Dieu n’existe pas, tout est permis. Or, tout n’est pas permis. Donc Dieu existe.

L'exhortation libertaire : si Dieu n’existe pas, tout est permis. Or, Dieu n’existe pas. Donc tout est permis.

Alors oui, si Dieu n’existe pas, tout est-il permis, certes exclut une morale athée, mais n’implique pas forcément une morale confessionnelle.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Une conférence enregistrée en mars 2016, dans le cadre du cycle "Les Lundis de la Philosophie".

Paul Clavier est normalien, agrégé et docteur en philosophie. Il enseigne l’histoire de la métaphysique et la philosophie de la religion au département de philosophie à l’École normale supérieure.

En savoir plus : Descartes : Dieu et Moi
59 min