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"Si le Mal était ce qui est refoulé, ce serait facile..." : Jean Baudrillard, 1990

Par
Jean Baudrillarden juin 1987.
Jean Baudrillarden juin 1987.
© Getty - Louis MONIER

Après Castoriadis, Camus, Krishnamurti ou Michaud, dernier épisode de notre série d'archives sur la pensée de la terreur en écho aux attentats du 13 novembre. Redécouvrez Jean Baudrillard, invité d'Alain Veinstein en 1990 sur France Culture à l'occasion de son ouvrage La transparence du Mal.

Invité de l'émission "Du jour au lendemain" diffusée le 1er mars 1990 sur France Culture, Jean Baudrillard tente de définir ce qu'est le Mal. En l'occurence, "la transparence-même du Mal est le Mal ", dit-il. C'est-à-dire ? C'est à dire sa dillution et son caractère évanescent. Quand on réécoute Baudrillard, on comprend qu'il ne regarde pas cette transparence comme une tension vertueuse ou le Mal comme une tentative un peu subversive de libération :

Lorsqu'il n'existe plus sous forme visible, sous forme de l'Empire du Mal, bien visible et bien repérable -auquel cas on ne peut y résister, le tenir à distance-, c'est qu'il se dissémine en filigrane de toute chose, qu'il est passé d'une facon interstituelle et virale dans toute chose, et que donc il transparait.

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Ancrant sa réflexion sur ce qu'il nomme "phénomènes extrêmes aux confins de la catastrophe " et notamment "le terrorisme, le Sida, les krach financiers ou les virus informatiques ", Baudrillard s'inscrit dans les années 90, celles d'un siècle qui se termine. Sensible aux théories du chaos notamment, il est intéressant à réécouter rétrospectivement, par exemple quand il pronostique une forme de virage que prendrait l'Histoire à la veille du XXIème siècle, "pour retourner en arrière " :

[EXTRAIT] Baudrillard sur "les confins de la catastrophe", 01/03/1990

1 min

Pour réécouter l'ensemble de l'entretien avec Baudrillard à l'antenne en mars 1990, et l'écouter réfléchir sur la vie "après l'orgie ", vous n'avez qu'à jeter une oreille par ici :

[INTEGRALE] Jean Baudrillard, invité de "Du jour au lendemain", 01/03/1990

45 min

Archive INA-Radio France

Le philosophe y developpe une pensée de l'émancipation. Au coeur du conditionnement de l'être humain, il identifie alors "les idéologies, comme celle du communisme, et les religions " :

On a essayé de se libérer de la violence par les idées, par l'idéalisme. On n'a pas réussi. Donc il faut l'approcher d'une manière tout à fait différente.

Pour Krishnamurti, "on a accepté une vie de violence et de souffrance comme naturelle " :

Jiddu Krishnamurti à l'âge d'environ 25 ans, circa 1920
Jiddu Krishnamurti à l'âge d'environ 25 ans, circa 1920

Le penseur indien explicite son idée d'une impérieuse "révolution morale que chaque homme doit entreprendre " durant 13 minutes à l'antenne de France Culture. Vous pouvez réécouter l'ensemble de cet entretien mené par Colette Garrigues dans ce document sonore à partir de la 54ème minute, ou bien (re)découvrir ce programme dans son ensemble, y compris Béjart et Shankar, par ici :

[INTEGRALE] Vraie et fausse recherche de l'Inde, 3ème partie, France Culture le 26/05/1967

1h 09

Archive INA - Radio France

Cet ouvrage livre l'essence de ce qu'on appellera " la pensée de midi", chez Camus. En voici un substrat :

La mesure n'est pas le contraire de la révolte. C'est la révolte qui est la mesure, qui l'ordonne, la défend et la recrée à travers l'histoire et ses désordres. L'origine même de cette valeur nous garantit qu'elle ne peut être que déchirée. La mesure, née de la révolte, ne peut se vivre que par la révolte. Elle est un conflit constant, perpétuellement suscité et maîtrisé par l'intelligence. Elle ne triomphe ni de l'impossible ni de l'abîme. Elle s'équilibre à eux. Quoi que nous fassions, la démesure gardera toujours sa place dans le cœur de l'homme, à l'endroit de la solitude. Nous portons tous en nous nos bagnes, nos crimes et nos ravages. Mais notre tâche n'est pas les déchaîner à travers le monde ; elle est de les combattre en nous-même et dans les autres.

De cette pensée au zénith, jonction entre pôles antagonistes et élans contradictoires face au malheur et son absurdité, Camus a aussi laissé une trace radiophonique. En septembre 1955, il enregistre en effet sur la radio publique des extraits du chapitre V de L'homme révolté  et notamment celui-ci, qui n'est pas sans résonner quelques jours après les attentats de Paris :

:

Albert Camus en janvier 1957
Albert Camus en janvier 1957

Vous pouvez également rédécouvrir toute une émission de Raphaël Enthoven consacrée à la philosophie chez Camus et en particulier à la pensée de midi, dans le cadre d'une Grande traversée diffusée le 16 août 2006 par France Culture :

La philosophie chez Camus dans "L'homme révolté", Grande Traversée, 16/08/2006 sur France Culture

1h 06

Episode 2/5 : "Vouloir reconstituer un consensus là où les bases du consensus ne sont plus présentes est extrêmement dangereux " - Yves Michaud, 1978
Le 6 février 1978, Noël Daix, juge de Lyon, était enlevé devant chez lui. C'est l'époque de Mesrine et bientôt celle d'Action Directe, en France. Deux jours plus tard, le philosophe Yves Michaud, qui sortait alors son premier ouvrage, Violence et politique , était l'invité de France Culture.

Empruntant à Hannah Arendt l'idée de "déréliction du poltiique ", Yves Michaud dit notamment ceci à propos d'une banalisation de la violence [qu'il pensera plus tard comme "violence apprivoisée " :](qui pense une "violence apprivoisée" et )

[EXTRAIT] Yves Michaud sur la violence, 8 février 1978, dans "Paris pris" sur France Culture

2 min

Alors que la gestion de leurs conséquences psychologiques s'entame cinq jours après les attentats de Paris, l'intégralité de cette archive radiophonique de Yves Michaud est éclairante. Vous pourrez ainsi entendre le philosophe qui disait alors ceci quant aux images du terrorisme qui nous traversent aujourd'hui : On assiste rarement à des attentats, ou on voit simplement les dégâts ensuite. Et pourtant, on a contact avec eux par des images qui à la fois rendent présente la violence, et en même temps, la neutralisent, la transforment en images bien léchées.Sensationnalisme ? Pas seulement, dit Michaud, qui souligne que ces images sont constitutives de notre réalité :On a coutume de mettre en cause l'information et la presse. Mais les déterminations ne sont pas à sens unique. Je crois qu'il y a à la fois une forme de sensibilité et en même temps, une demande d'images de la violence. Mais on ne peut pas distinguer le spectacle de la violence de la réalité.
Voici l'intégralité de cette édition de "Parti pris" de Jacques Paugam, diffusée le 8 février 1978 sur France Culture :

[INTEGRALE] "Parti pris", avec Yves Michaud, le 08/02/1978

26 min

Archive INA - Radio France

Episode 1/5 : Penser la "guerre des dieux " avec les soldats de la révélation divine - Cornelius Castoriadis en 1987
Max Weber, mort en 1919, annonçait "la guerre des dieux " dans un monde moderne condamné à "une lutte inexpiable des valeurs ". Invité en 1987 dans l'émission "Répliques" pour une édition consacrée au philosophe allemand, le philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis souscrit en grande part au schéma de lecture proposé par Weber :

L'universalité formelle qui domine le monde moderne fait surgir la question de la guerre des dieux d'une manière tout à fait angoissante.

Castoriadis nuance cependant l'enjeu de cette "guerre des dieux " au regard de l'actualité de l'époque, c'est-à-dire le milieu des années 80. Ainsi, l'urgence à penser cette lutte ne serait plus, alors, de discourir de la pertinence du panthéon marxiste et "par exemple du stalinisme, qui demeure dans une forme de rationalité ", mais bien de regarder du côté de l'Iran d'alors, celui de l'Ayatollah Khomeini :

Nous sommes pris par l'oreille, amenés devant l'histoire et forcés de choisir entre des valeurs, des systèmes de valeurs qui se heurtent [...] Le problème atteint toute son intensité lorsque quelqu'un se réclame de la révélation divine [...] Nous avons à affirmer la raison contre la révélation. Et ça, c'est ce qu'est l'Occident depuis les Lumières[...] Les gens ne prennent pas au sérieux ce que sont les religions...

Réécoutez ici Cornielius Castoriadis il y a près de trente ans :

Cornelius Castoriadis
Cornelius Castoriadis
- Pablosecca

Pour réécouter l'ensemble de l'échange entre Alain Finkielkraut, producteur de "Répliques", et ses deux invités, Cornélius Castoriadis et Philippe Raynaud, sur Max Weber et "la guerre des valeurs", voici l'émission du 12 septembre 1987 sur France Culture.

[INTEGRALE] "Répliques" le 12/09/1987 avec Cornelius Castoriadis et Philippe Raynaud sur Max Weber

45 min

Archive INA - Radio France