Sida : deux nouvelles infections sur trois ont lieu en Afrique

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Sida : deux nouvelles infections sur trois ont lieu en Afrique

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Des fresques de prévention contre la pandémie du sida à Libreville, au Gabon.
Des fresques de prévention contre la pandémie du sida à Libreville, au Gabon.
© Maxppp - Jean-Pierre Kepseu

Les chiffres sont effrayants... Dans le monde, une personne toutes les 17 secondes est contaminée par le VIH, soit 5 000 nouvelles infections par jour. Et l'Afrique concentre toujours la majeure partie des nouveaux cas. Même si la situation s'améliore en Afrique orientale et australe.

Le temps de lire cet article, des dizaines de personnes à travers le monde sont infectées par le virus du sida. Une personne toutes les 17 secondes. Les chiffres sont toujours effrayants, même si, selon l'Onusida et son rapport publié en juillet dernier, la mortalité des suites du virus a été divisée par deux en dix ans. 36,7 millions de personnes vivent avec le VIH, d'après un dernier décompte de l' agence de l'ONU, en 2016. Deux infections sur trois ont lieu en Afrique, continent qui reste le plus touché par la pandémie.  

La situation s'améliore en Afrique Orientale et Australe 

En Afrique de l'Est et du Sud, un peu plus de 19 millions de personnes vivent avec le sida. Entre 2010 et 2016, selon l'Onusida, les nouvelles infections ont diminuées de près d'un tiers. Chez les enfants, les nouvelles contaminations ont baissé de moitié depuis 6 ans. Pendant cette période, le Malawi, le Mozambique, l'Ouganda ou encore le Zimbabwe ont réduit de presque 40% le nombre de nouvelles infections.   

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L'Afrique du Sud a fait un bond énorme en matière d'accès au traitement pour les malades. Le pays qui compte le plus grand nombre de malades au monde (17 millions), après des années de déni, s'est réveillé. 

En 2000, seules 90 personnes étaient sous traitement dans le pays, insiste Michel Sidibé, le directeur de l'Onusida. Aujourd'hui, il a le plus grand programme de traitements vitaux au monde, avec plus de 4 millions de personnes sous traitement.   

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Inquiétudes en Afrique de l'Ouest et du centre   

L'Afrique subsaharienne reste la région la plus touchée par le virus : près des deux-tiers des personnes infectées dans le monde s'y trouvent. Les infections et le nombre de décès liés au sida diminuent depuis plusieurs années, mais très lentement. 

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© Getty - Pascal Deloche

En Afrique de l'Ouest et du centre, deux séropositifs sur trois n'ont pas accès au traitement. En juin dernier, une trentaine d'ONG exprimaient leurs inquiétudes dans une tribune publiée dans le journal le Monde, intitulée "Sida : pour un vrai plan d’urgence destiné à l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique centrale". Sans aide financière des pays développés, disent-elles, la pandémie empirera dans les années à venir. Et au delà de réclamer un plan d'urgence, les ONG proposent des solutions, notamment la démédicalisation : 

Cela consiste à autoriser du personnel non médical ou encore les malades eux-mêmes, formés à cet effet, à effectuer certains actes biomédicaux que les progrès scientifiques ont permis de simplifier. Cette approche présente deux avantages. D’une part, pallier le manque de personnel de santé, obstacle majeur pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux soins. D’autre part, atteindre les malades les plus discriminés qui n’osent pas se rendre spontanément dans les centres de santé.

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Les hommes, premières victimes du virus  

Dans un rapport publié ce 1er décembre, pour la journée mondiale de lutte contre le sida, l'Onusida évoque "l'angle mort' concernant les hommes : ils n’utilisent pas ou très peu les services destinés à la prévention du VIH ou au dépistage, et ils n’ont pas accès au traitement de la même manière que les femmes. En Afrique centrale et de l’Ouest, seuls un quart des hommes séropositifs au VIH ont accès à un traitement, détaille l'agence onusienne. La moitié des hommes de 40 à 44 ans et 90% des plus de 55 ans déclarent ne pas utiliser de préservatifs. Et cela à cause "d'un certain machisme et de préjugés, explique Michel Sidibé, directeur de l'Onusida. En Ouganda, par exemple, certains sondés ont préféré éviter de connaître leur statut sérologique pour éviter un stigmate associé à l’émasculation". 

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Le Nigeria et les "faiseurs de miracles"  

Dire que l'on est séropositif reste très tabou en Afrique, à cause de la peur d'être mis au ban de la société, d'être isolé. Le désespoir mène parfois les malades à croire que leur virus peut être éradiqué sans traitement. Au Nigeria, pays très croyant, "les faiseurs de miracles" pullulent. Ils cherchent leur proie sur internet, leur proposant de les guérir moyennant finance. Ce sont des "guérisseurs traditionnels" mais aussi des pasteurs. Chaque mois, dans le pays, un pasteur annonce avoir "sauvé" un fidèle. A Lagos, beaucoup de malades défilent dans les églises évangéliques, attirés par les promesses d'une vie meilleure sans virus. L'un des plus connu est TB Joshua, qui dirige la Synagogue Church of All Nations. Il est à la tête d'une fortune de plusieurs millions d'euros et il assure avoir guéri des malades du sida, et même "ressuscité" des morts.  

TB Joshua, en plein prêche, dans l'une des ses églises à Lagos, en 2015.
TB Joshua, en plein prêche, dans l'une des ses églises à Lagos, en 2015.
© AFP - Pius Utomi EkpeiI

Au spirituel, s'ajoutent les pseudos scientifiques. Récemment, un professeur a affirmé avoir trouvé le médicament qui permettrait aux malades de guérir, sans aucune preuve scientifique crédible. Au Nigeria, donc, le sida est devenu un business. Le dirigeant d'une agence matrimoniale spécialisée pour les personnes atteintes du VIH raconte à l'AFP qu'il est sans cesse approché par des gens qui s'intéresse à sa base de données, environ 7 000 noms et numéros de téléphone.   

Les "populations clés" les plus touchées  

L'Onusida, dans ses programmes en Afrique, cible plusieurs populations, celles qu'elle appelle "population clés" : les travailleurs du sexe, les homosexuels, les usagers de drogue, les transgenres et les prisonniers. Des populations qui n'ont pas accès aux campagnes de prévention. Dans son atlas des personnes infectées appartenant à ces catégories, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique australe sont les deux zones les plus préoccupantes. En Tanzanie, en février dernier, le gouvernement a ordonné la fermeture de certains centres de santé spécialisés dans la lutte contre le sida, les accusant de promouvoir l'homosexualité. L'homosexualité, qui est illégale dans 38 des 54 pays d'Afrique et qui est passible de la peine de mort en Mauritanie, au Soudan et en Somalie, selon Amnesty International.  

Pour lutter contre les préjugés, une websérie, qui s'appelle Positive, a notamment été lancée au Sénégal, depuis l'année dernière : 

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