Publicité

Sida : la PrEP, traitement préventif clé contre le VIH

Par
La France a été le premier pays européen à commercialiser ce traitement continu en janvier 2016, aujourd'hui recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).
La France a été le premier pays européen à commercialiser ce traitement continu en janvier 2016, aujourd'hui recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).
© Maxppp - Rungroj Yongrit

Repères. Le traitement préventif anti VIH PrEP s'avère très efficace. Une étude française révélée ce mardi avance même une réussite totale. Cette prophylaxie pré-exposition autorisée en France depuis 2016 est une alternative au préservatif encore méconnue pour les personnes à risque séronégatives.

Plus aucune contamination par le virus du sida ! C'est ce qu'a permis la PrEP (prophylaxie pré-exposition), d'après une étude rendue publique ce mardi à la Conférence internationale sur le sida, à Amsterdam. Ce traitement s'adresse aux personnes séronégatives pour éviter toute infection par le VIH. Il commence à peine à se faire connaître. Totalement remboursé en France, ce régime thérapeutique s'adresse à des personnes à risque. Il est pour l'instant recommandé en Europe, en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis, alors que dès septembre 2015 l'Organisation Mondiale de la Santé le qualifiait d'" option supplémentaire de prévention".

55 min

Un comprimé à base de deux molécules antirétrovirales

"La PrEP, c'est comme la pilule contraceptive : une pilule que l'on prend quand on est en bonne santé pour éviter une contamination par le virus du sida", avait expliqué le professeur Jean-Michel Molina à Antoine Marette pour son Magazine de la rédaction à ce sujet. Chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, il est l'initiateur de la PrEP en France.

Publicité

Ce traitement, d'abord approuvé par l’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (FDA) en juillet 2012, se prend par voie orale. Soit de façon continue, à raison d'un comprimé par jour, sachant que la protection optimale est obtenue après sept jours de prise quotidienne. Soit "à la demande" : deux pilules deux heures avant le rapport sexuel, puis une pilule, 24h puis 48h après le rapport. Cette seconde option, découverte en France, ne s'adresse pour l'instant qu'aux hommes gays et elle est contre-indiquée chez les porteurs du virus de l’hépatite B.

Il s'agit d'un mélange de deux molécules antirétrovirales, l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil, en un seul comprimé. Le médicament est connu sous le nom de Truvada, vendu par le laboratoire Gilead. Mais des génériques ont été autorisés en France fin juillet 2017, marquant la fin d'un monopole de 20 ans. Fin mai 2018 puis fin juillet 2018, le tribunal de grande instance de Paris puis la Cour de Justice de l'Union européenne ont d'ailleurs considéré illégal de pérenniser ce monopole. Un guide destiné aux pharmaciens-nes conçu par l'association AIDES et par l’Ordre national des pharmaciens permet d'en savoir beaucoup plus. 

Totalement remboursé par la Sécurité sociale, ce médicament est prescrit à l'hôpital, avec un suivi précis (au moins un rendez-vous trimestriel), et dans des centres spécialisés ( CeGiDD). C'est à l'origine l'un des traitements qui composent la tri-thérapie, qui permet de maîtriser l'évolution du virus chez les séropositifs.

La PrEP a aussi des inconvénients. Elle ne protège pas des autres infections sexuellement transmissibles comme la syphilis, en recrudescence chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Elle coûte plus cher que le préservatif. C'est un traitement lourd qui peut avoir des effets secondaires (de légères nausées, des diarrhées et des sensations de faiblesse), mais qui auraient tendance à s'estomper au fil du traitement. Et certains l'accusent d'influencer les comportements sexuels, pour simplifier, de ringardiser la capote.

Jean-Michel Molina précise à qui s'adresse la PrEP, et comment, sa complémentarité par rapport au préservatif ou encore ses évolutions à venir

6 min

L'efficacité de la PrEP est au moins aussi bonne que celle du préservatif. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut remplacer le préservatif par la PrEP. La PrEP s'adresse en particulier aux personnes qui ont du mal à utiliser le préservatif de façon régulière ou dans toutes les situations. Certaines personnes d'ailleurs utilisent les deux, pour une double sécurité. (...) La PrEP est conseillée chez toutes les personnes à risque, pas qu'aux hommes homosexuels. Elle est destinée à toutes les personnes qui par leur conduite sexuelle peuvent être contaminées par le virus du sida.

Une affiche de la campagne de sensibilisation à la PrEP de l'association AIDES, à la station de métro Gaîté, le 25 juillet 2018
Une affiche de la campagne de sensibilisation à la PrEP de l'association AIDES, à la station de métro Gaîté, le 25 juillet 2018
© Radio France - Eric Chaverou

Pour qui ?

La PreP s'adresse avant tout à des personnes majeures à risque : 

  • Les hommes homosexuels et bisexuels et les travailleurs/euses du sexe
  • Les personnes ayant présenté plusieurs épisodes d'infections sexuellement transmissibles dans les derniers mois
  • Les personnes ayant eu plusieurs recours au traitement de prophylaxie post-exposition (PPE)
  • Les personnes consommant, lors de relations sexuelles, des substances psycho-actives
  • les usagers-es de drogues par voie intraveineuse avec partage de seringue

Actuellement, 7 000 personnes utilisent la PreP en France, essentiellement des gays. C'est peu et l'association AIDES vient de lancer sa première campagne nationale à ce sujet, avec des affiches notamment dans le métro. "Aujourd'hui, très peu de femmes, notamment de travailleuses du sexe, prennent de la PrEP", explique le directeur général délégué de AIDES Marc Dixneuf. "Et cette information a besoin d'être diffusée auprès de ces femmes et de celles nées en Afrique subsaharienne, d'où cette campagne."
Les autorités sanitaires souhaitent cibler davantage de populations à risques, comme les transgenres et les migrants venus d'Afrique subsaharienne. Ces populations avec une prévalence élevée au VIH sont encore parfois peu touchées par la prévention.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

100% d'efficacité au bout d'un an

L'étude révélée ce mardi a été menée sur 1 600 personnes, tous des hommes bi ou homosexuels, séronégatifs et qui présentaient un risque d'infection par le VIH, dû à la difficulté d'utiliser en permanence un préservatif. Ils ont été suivis pendant un an en région parisienne par l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) et l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Au terme de cette période de test, tous sont restés séronégatifs en prenant du Truvada, soit en permanence (pour 44% des volontaires), soit avant un rapport sexuel non protégé (pour 53% des volontaires). Et "il n'y a eu, à ce jour, aucun arrêt de l'étude pour des raisons liées à des effets indésirables du traitement". Ces résultats confirment ceux d'une première étude.

Jean-Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Louis à Paris, répond à Antoine Marette :

Jean-Michel Molina : "Les résultats sont très encourageants et on se rend compte que les gens prennent très bien la PrEP"

1 min

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.