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Sidney Poitier, première star noire d'Hollywood et défenseur des droits civiques, est mort

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Sidney Poitier arrivant à la cérémonie des Oscars à Hollywood en 2014.
Sidney Poitier arrivant à la cérémonie des Oscars à Hollywood en 2014.
© Getty - Axelle/ Bauer-Griffin / FilmMagic

1927-2022. C’était une légende d’Hollywood. Le premier acteur noir à gagner un Oscar, en 1964, pour le Lys des Champs. Sidney Poitier est mort à 94 ans. Le monde se souviendra de lui pour ses rôles d’hommes droits, désirables, élégants et son importance dans la perception des Afro-Américains à l’écran.

"Nous avons perdu une icône, un héros, un mentor, un combattant, et un trésor national", a écrit ce vendredi le vice-Premier ministre des Bahamas, Chester Cooper, sans mentionner la cause du décès à 94 ans de Sidney Poitier. Né prématuré à Miami, l'acteur et réalisateur à la double nationalité avait en effet grandi aux Bahamas. Il en fut d'ailleurs l’ambassadeur au Japon pendant dix ans. Mais le grand public se souvient avant tout de lui comme du premier Afro-Américain à être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur, pour La Chaîne, en 1958. Ours d'argent à Berlin pour ce même rôle. Avant d'être le premier à recevoir à 37 ans la prestigieuse statuette, pour Le Lys des champs, en 1964. Un homme de lutte aussi contre la pauvreté, l'analphabétisme et les préjugés.

Un pionnier à l'écran refusant les stéréotypes négatifs réservés aux Afro-Américains

Dans La chaleur de la nuit, un politicien du sud ségrégationniste des États-Unis gifle le personnage de Sidney Poitier, un détective de Philadelphie. Poitier le gifle à son tour, sans hésiter. Il faut se rendre compte de l’importance d’une telle image en 1967 dans une Amérique en plein mouvement des droits civiques et encore très marquée par la ségrégation.

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Même si à l’époque, l’acteur était déjà une star. La première star de cinéma noir. Depuis le film La chaîne avec Tony Curtis en 1959. 

"J'ai fait des films à une époque où le seul autre Noir des studios était le cireur de chaussures, racontait-il à France-Soir en 1988. Je me sentais bien seul. Depuis, sont venus les Eddie Murphy, Richard Pryor et dix autres qui ont pris la relève. Je suis un peu leur papa. Je leur ai ouvert la voie." En 2002, Denzel Washington lui avait d'ailleurs dédié son Oscar du meilleur acteur, Poitier venant de recevoir un Oscar d'honneur pour "ses performances extraordinaires, sa dignité, son style et son intelligence".

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Sidney Poitier en 1974 sur le plateau de 'Uptown Saturday Night', comédie qu'il a réalisée et dans laquelle il jouait.
Sidney Poitier en 1974 sur le plateau de 'Uptown Saturday Night', comédie qu'il a réalisée et dans laquelle il jouait.
© Getty - Silver Screen Collection/Getty Images

Sans vouloir se laisser enfermer artistiquement dans "le problème racial"

Toute sa carrière, Sidney Poitier a refusé d’incarner les stéréotypes négatifs réservés aux noirs à l’écran, servants ou criminels. Quitte à jouer souvent le même rôle d’homme droit, sans beaucoup d’aspérité, portant le costume. Comme pour ce docteur qui rencontre les parents de sa partenaire blanche dans Devine qui vient dîner ?. Des militants de la cause noire le critiquent alors en le désignant comme le "Nègre de service", "fantasme de blanc". Ses qualités irréelles de gendre idéal masquent sa négritude et les problèmes racistes, estiment-ils.

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"Si nous sommes 40 millions, nous avons certainement droit à plus d’une star", avait déclaré Sidney Poitier dans une interview, en parlant des Afro-Américains. Encore au générique en 1997 du Chacal, avec Bruce Willis et Richard Gere, celui qui a réalisé neuf films a toujours accepté avec grâce et élégance qu’il ne représentait pas que lui-même. C’est ce qu’il expliquait à Oprah Winfrey en 2000. "Pour que d’autres viennent après moi il y avait certaines choses que je devais faire".

En 2009, il avait fait partie des seize personnalités à recevoir des mains de Barack Obama la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine.