Simone de Beauvoir, la féministe - #CulturePrime

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Simone de Beauvoir, la féministe

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En 2018, c'était seulement la 15e femme à rentrer dans la Pléiade, et elle y entrait sans "Le Deuxième Sexe". Vie libérée des carcans du patriarcat, combats pour l'égalité des sexes, puissance théorique de son analyse : voici en archives le portrait de Simone de Beauvoir la féministe.

Alors que l'illustre collection de la Pléiade ne compte que 14 auteures femmes, Simone de Beauvoir y pointe le bout de son nez, par ses Mémoires, et sans sa grande oeuvre théorique : Le Deuxième Sexe. Depuis sa publication en 1949, elle incarne une liberté de femme et un engagement théorique et actif dans le combat pour l'égalité. A partir d'archives photo et vidéo, et notamment d'un entretien donné en 1975 et intitulé "Pourquoi je suis féministe", voici retracés quelques jalons essentiels de son parcours de féministe : 

Enfant, son père lui répète : "tu as un cerveau d’homme". Ses parents l’incitent à faire des études. Pour eux, c’est le seul moyen qu’une fille réussisse.  

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À 21 ans, elle rencontre Jean-Paul Sartre avec qui elle se lie immédiatement, et pour toujours. Elle est reçue deuxième au concours d’agrégation de philosophie ; Sartre premier. Sartre lui propose de l’épouser pour qu’elle obtienne un poste d'enseignant à ses côtés. Elle refuse. Plus tard, son amant l'écrivain Nelson Algren la demandera aussi en mariage. Elle refusera à nouveau.   

À 31 ans, elle est renvoyée du lycée Molière où elle enseigne, à cause de sa liaison sexuelle avec une de ses élèves. Elle veut échapper à la “condition féminine” : mariage, maternité, foyer. Elle choisit de vivre libre, en tant qu'individu.

À 41 ans, elle publie Le Deuxième Sexe, en deux tomes, ouvrage théorique majeur pour le féminisme.  

Liberté : "On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine". Le Deuxième Sexe, tome 1

Le succès du livre est à la mesure du scandale qu'il provoque. Camus ou Mauriac rejettent ce qu'ils considèrent comme une abjection. Avec ce livre, Simone de Beauvoir pose l'armature idéologique du mouvement féministe en gestation. 

À 63 ans, elle participe au “Manifeste des 343” : 343 femmes déclarent avoir avorté et réclament le droit à l’avortement libre et gratuit. 

Grossesse et maternité seront vécues de manière très différente selon qu’elles se déroulent dans la révolte, dans la résignation, dans la satisfaction, dans l’enthousiasme. Le Deuxième Sexe, tome 2

À 64 ans, elle s’implique dans le procès de Bobigny en faveur de l’avortement. Avec Gisèle Halimi, elle fonde le mouvement féministe "Choisir la cause des femmes", déterminant pour la dépénalisation de l’avortement. Elle défile avec les militantes du MLF (Mouvement de libération des femmes), sans prendre parti dans les affrontements stratégiques. Elle défend une conception universaliste de l’humanité, et du féminisme : pas de différence naturelle entre les êtres humains, et donc pas non plus entre homme et femme. 

À 78 ans, elle meurt à Paris, célébrée par les féministes du monde entier. 

Je n’ai voulu ni me marier, ni avoir d’enfant, je ne voulais pas mener une "vie d’intérieur", ce qui est la chose la plus écrasante dans la condition féminine. J’avais échappé aux servitudes de la condition féminine. (...) Pour chaque femme particulière, c’est l’histoire de sa vie, en particulier c’est l’histoire de son enfance qui la détermine comme femme, qui crée en elle quelque chose qui n’est pas du tout une donnée, une essence, ce qu’on appelle parfois "l’éternel féminin", la "féminité". (...) J’ai vu la vérité sur la condition féminine. Et je l’ai découverte en grande partie en écrivant "Le Deuxième Sexe". C’est un travail militant. Et je suis très heureuse qu’il ait pu par la suite être repris par les militants, parce que maintenant, il joue un rôle militant ce livre. Mais sur le moment, il n’avait pas été conçu du tout comme cela. Simone de Beauvoir, entretien, archive de 1975