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Simone Veil et la politique : "Je suis la femme alibi"

Portrait de Simone Veil à Düsseldorf à l'occasion de la remise du Prix Heinrich Heine.
Portrait de Simone Veil à Düsseldorf à l'occasion de la remise du Prix Heinrich Heine.
© AFP - Patrik Stollarz

2008. Neuf ans avant sa mort ce 30 juin 2017, Simone Veil tirait un bilan sur la place des femmes en politique, témoignant de sa propre expérience, depuis son combat pour l'IVG, jusqu'à celui qu'elle a mené à partir de 1995 pour défendre la parité en politique, lors de l'exclusion des "juppettes".

La France et son retard en matière de droits des femmes : c'était l'objet de l'invitation à Simone Veil sur France Culture en 2008. Interviewée par Michèle Cotta dans l'émission "Le Siècle des femmes", Simone Veil commençait par rappeler que les femmes françaises avaient été les dernières d'Europe à pouvoir glisser un bulletin dans l'urne…

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Bien sûr, elle revenait aussi sur les difficiles débats à l'Assemblée, lors de l'adoption de sa loi autorisant l'IVG, mais aussi sur son combat pour la parité en politique, cause qu'elle a fait avancer à pas de géant à partir de 1995, mais encore bien loin d'être acquise : "C'est très intéressant de voir que les femmes sont renvoyées de la politique en France. Plus encore dans la politique, qu'ailleurs. C'est très frappant. Je crois que c'est pourtant là qu'il est important d'avoir des femmes. Parce que c'est au Parlement… ce sont les politiques qui font les lois. Et qui donc sont appelés à prendre en compte les caractéristiques, les goûts, la réalité de ce que sont les femmes."

Je voudrais constater que, alors qu'un des premiers pays où les femmes ont pu voter est la Nouvelle Zélande […] les femmes [françaises] ont attendu que le général de Gaulle libère la France, et qu'à ce moment là seulement [elles] ont pu voter. C'est quand même l'un des derniers pays où les femmes ont pu voter. […] Je crois qu'en Europe, on était les derniers. […] C'est tout à fait étonnant de voir que la France, qui s'est toujours targuée d'être en avance, très démocratique et autre, ait eu sur ce plan là une législation, encore plus qu'une pratique, très en retard.

Simone Veil au micro de Michèle Cotta dans « Le Siècle des femmes » du 05/08/2008.

50 min

Durée : 50 min

Revenant ensuite sur son entrée au gouvernement en 1974, Simone Veil racontait qu'à cette époque elle ne faisait pas du tout de politique et qu'elle n'était inscrite dans aucun parti. Concernant l'adoption de la loi autorisant l'IVG, elle rappelait alors la situation des avortements clandestins et dénonçait en ce domaine "la plus grande hypocrisie qu'on puisse imaginer". Elle se souvenait que les débats à l'Assemblée Nationale avaient été "horribles" : "Je n'ai jamais ressenti autant de haine, une vraie haine, une haine qui veut tuer", confiait-elle à "La Fabrique de l'histoire", en 1999.

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Dans cette émission, Simone Veil dressait un bilan peu optimiste sur la place des femmes dans la société, dans le monde professionnel et en politique, parlant d'"avancées très lentes et très difficiles à mettre en oeuvre". Elle fustigeait le fait que les lois prennent peu en compte l'avis des femmes, encore bien peu présentes en politique.

On dit toujours que je suis la femme alibi. C'est à dire qu'on me donne en exemple en disant : "Vous voyez, ça ne l'a pas empêchée de… etc." Mais je suis un cas exceptionnel parce que j'ai eu un parcours particulier, notamment le fait d'avoir été dans beaucoup de conférences internationales, le fait d'avoir été au Parlement européen et d'avoir présidé le Parlement européen, peut-être aussi l'ensemble de mon passé, fait que j'ai eu une chance, que je crois… je suis la seule à pouvoir m'exprimer aussi facilement et en tout cas de sentir que c'est pour moi un devoir de le faire parce que je trouve que les femmes en France sont loin d'avoir ce qu'elles devraient avoir.

Simone Veil s'était également engagée pour la parité en politique, au moment où les "juppettes" furent exclues du gouvernement d'Alain Juppé, en 1995. : "Il y a eu une espèce de montée de rancoeur de la part des femmes, qui se sont solidarisées avec celles qui venaient d'être mises dehors…", se souvient-elle.

On a constitué un petit groupe de travail, nous étions une dizaine, cinq centristes et cinq socialistes, et nous nous sommes réunies pendant un an, à peu près, pour faire des propositions sur la parité et essayer de l'imposer. C'était très sympathique, très chaleureux, et notre travail s'est arrêté juste au moment où il y avait des élections présidentielles et on a fait prendre l'engagement à tous ce qui étaient candidats, qu'ils iraient de l'avant dans ce domaine. Alors on a tout de même obtenu quelques succès, mais toujours très limités. Et là, je dois dire qu'Yvette Roudy a été très offensive, et on a changé la Constitution. Mais dès que la Constitution ne précise pas quelles sont les fonctions qui sont touchées, le conseil constitutionnel bloque. Et notamment, ce qui était prévu, c'était la parité dans les élections politiques. Il n'y a que trois élections politiques, l'Assemblée nationale, le Sénat et le président […] Il y a eu une décision du Conseil constitutionnel concernant les prud'hommes : "Ah les prud'hommes, non non, ce n'est pas une élection politique, donc pas de parité." Dès qu'on peut, on bloque.

  • "Le siècle des femmes" in "Les Grandes traversées"
  • Première diffusion le 05/08/2008
  • Producteur : Michèle Cotta
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France, et Hélène Combis, du service multimédia de France Culture