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Sisyphe, Orphée, le Minotaure... Top 10 de vos mythes préférés

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Le mythe de Sisyphe, par Titien, 1548-1549
Le mythe de Sisyphe, par Titien, 1548-1549
- Visible au Musée national du Prado

Vous les avez découverts durant votre jeunesse, et portez en vous certains épisodes qui s'y sont imprimés durablement ? De Sisyphe qui pousse son rocher, jusqu'à Cassandre qui prédit l'avenir sans que personne la croie, voici les dix histoires issues de la mythologie que vous préférez.

Prométhée qui se fait dévorer le foie à n'en plus finir, Athéna qui naît toute armée du crâne fendu de Zeus... Certaines images fortes issues de la mythologie grecque ne nous ont jamais vraiment quittés. Lesquelles ? Nous vous avons demandé de témoigner, via nos réseaux sociaux, le 15 janvier. Voici les résultats de ce sondage - sachant que vous avez été nombreux à citer Ulysse et Hercule, mais comme vous plébiscitiez l'ensemble de leurs aventures, nous avons pris la liberté de les considérer comme hors-jeu. Rafraîchissez-vous la mémoire à travers ce top 10 mythologique, et découvrez quelques archives sur le sujet, en bonus !

1. Le grand gagnant : Sisyphe, et son éternelle corvée du rocher à pousser au sommet d'une colline

Le roué Sisyphe, après une vie de magouilles et d'impertinences envers les dieux, souhaite échapper au Tartare, l'endroit le plus profond des Enfers, par la ruse. Mais son plan se solde par un échec, et la vengeance des dieux est terrible : Sisyphe est condamné à pousser sans fin un énorme rocher sur la pente d'une colline : à peine parvenu en haut, le rocher retombe sur le même versant, et Sisyphe, sans fin, sur le métier, remet son ouvrage.

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Dans vos réponses à notre appel Twitter, vous avez été très nombreux à citer le nom de Sisyphe, incontestable vainqueur de ce sondage. Il était souvent associé à celui d'Albert Camus. 

Le mythe de Sisyphe, pour le mot de Camus, "il faut imaginer Sisyphe heureux" car il n'est pas de joie qui ne soit en même temps affirmation de nos tragédies. Lima Victor

Sisyphe, puisque selon Camus "il faut l’imaginer heureux". Mais son immortalité laborieuse et monotone me paraît à l’opposé du bonheur et de la vie. Mieux vaut être mortel, même si pour certains l’existence est laborieuse et monotone. Aussi, vive la mort !! @FreudMarie

Sisyphe parce qu'il ressemble à tous ceux qui bossent pour des cacahuètes. Bullshit job. @IsabelleGraf6

L'écrivain et philosophe Albert Camus s'était en effet appuyé sur ce mythe pour développer sa philosophie de l'absurde, en 1942 :

Si la descente se fait certains jours dans la douleur, elle peut se faire aussi dans la joie. Quand les images de la terre tiennent trop fort au souvenir, quand l'appel du bonheur se fait trop pressant, il arrive que la tristesse se lève au cœur de l'homme : c'est la victoire du rocher. L'immense détresse est trop lourde à porter. Mais les vérités écrasantes périssent d'être reconnues. (...) Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. (...) Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

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En septembre 2015, dans Les Nouveaux chemins de la connaissance d'Adèle Van Reeth, Marilyn Maeso, enseignante en philosophie, analysait ce pari paradoxal de Camus qui consiste à renoncer à l'espoir sans toutefois désespérer : 

Le moment de l’absurde pour Camus, c’est précisément celui où Sisyphe a poussé son rocher, il est en haut de la montagne, et il voit le rocher retomber. Pour lui, c’est le moment de la prise de conscience, renouvelée entre les hommes, de l’absurdité et de l'éphémérité de leur condition. Et justement, imaginer Sisyphe heureux c’est imaginer l’homme capable, à chaque fois qu’il reprend conscience de cette mortalité, de cette finitude, de l’accepter, de s’en contenter, de dire “Ceci est”.

2. Orphée : on a toujours l'espoir qu'il ne va pas se retourner...

 Orphée ramenant Eurydice des enfers, Jean-Baptiste Camille Corot, 1861
Orphée ramenant Eurydice des enfers, Jean-Baptiste Camille Corot, 1861
- Visible au musée des Beaux-Arts de Houston

"J'ai perdu mon Eurydice/ Rien n'égale mon malheur/ Sort cruel ! Quelle rigueur ! Rien n'égale mon malheur !" chante Orphée dans le plus célèbre opéra de Gluck, créé en 1762. Vous connaissez certainement tous l'histoire, tant elle a irrigué notre culture dans toutes ses dimensions. Fils de la muse Calliope, poète, musicien, Orphée charmait de sa lyre quiconque l'écoutait en jouer. Un jour son épouse, Eurydice, se fait mordre le pied par un serpent, et meurt. Orphée descend la chercher aux Enfers. On lui permet de ramener la belle dryade sur la surface terrestre, à condition qu'il ne se retourne pas et ne lui adresse pas la parole avant d'être de retour chez les vivants. Hélas... vous connaissez la suite de l'histoire, qui a été très citée, dans les résultats de ce sondage.

Descendre aux enfers pour en arracher celle qu'on aime, ce n'est pas rien. Et se retourner à la fin, n'échouer qu'à la fin, c'est la marque d'humanité d'Orphée. @dareljedid

Orphée est quand même allé chercher Eurydice aux enfers. Et je pense que cette preuve d’amour suffit à montrer que le sentiment amoureux est plus fort que la perte de l’être cher. @jimlejeune

Le magnifique Orphée, il résume toute la beauté, l'amour et la souffrance. Sam Souguel

Orphée est l'une des figures mythiques les plus populaires en Occident, comme le soulignait Michel Cazenave en introduction de son émission "Les vivants et les dieux", datant de juillet 1998 : "On sait bien combien elle a inspiré les romanciers, les musiciens, on ne compte plus les opéras qui lui ont été consacrés ; elle a aussi inspiré les poètes et les cinéastes, il suffit de penser à l''Orphée' de Cocteau."
Mais qui était vraiment Orphée, quelle place a-t-il tenue dans la tradition grecque ? Et pourquoi cette place "à la racine de bien des développements de la pensée, de la philosophie, de la poésie" ? Toutes les réponses sont dans cette émission à redécouvrir.

Orphée, dans l'émission "Les vivants et les dieux : symboles et religions", sur France Culture le 18/07/1998

46 min

3. Prométhée, le voleur de feu transfuge

C'est Epiméthée, le frère de l'intéressé, qui avait initialement été chargé par Zeus de distribuer les dons physiques entre tous les vivants lors de la création du monde. Mais celui-ci passe totalement à la trappe les hommes, façonnés par Prométhée à partir de glaise et d'eau. Bref... le Titan est furieux. Pour réparer l'oubli de son frère, et avec la complicité d'Athéna, il va dérober aux dieux le feu sacré de l'Olympe pour en faire don à l'humanité. En retour, il sera condamné par Zeus à un châtiment sadique : enchaîné au Caucase, le Titan voit son foie se faire dévorer chaque jour par un rapace, l'organe se régénérant la nuit. Vous lui avez rendu un bel hommage pour son sacrifice, à travers vos commentaires ! 

En vitesse... J'aime toutes les histoires... mais Prométhée s'il faut en garder une. Par sa proximité avec nous, son sacrifice. Chaque pierre sur chaque bague renvoie à son rocher, chaque alliance renvoie à un maillon de ses chaînes... @clde58

Prométhée pour avoir su être lui même jusqu'au bout… Eos Rhododactylos

Prométhée : l’inventeur paie toujours son invention. @GalianoPhilippe

Pourquoi un mythe antique raconté par Hésiode et transformé par Eschyle a-t-il été aux XIXe et XXe siècles, réinterprété successivement par les romantiques, les socialistes, Karl Marx, les nazis au XXe, et les régimes communistes de la deuxième moitié du XXe siècle. En quoi l’idéal du voleur de feu a-t-il justifié entre autre l’individualisme naissant, le culte du progrès, et la sortie de la religion ?" s'interrogeait "La Fabrique de l'histoire" en mai 2017. La maître de conférence Ariane Eissen s'y attardait notamment sur l'idée que la destinée humaine avait été déterminée par les ruses de Prométhée :

Le cadeau que Prométhée fait aux hommes est un cadeau empoisonné. Il s'inscrit dans un duel de ruses avec Zeus, qui fera payer cher ce don du feu, et enverra un contre-don, avec la boîte de Pandore, où se logent tous les maux. Dès le premier texte, chez Hésiode, on est dans cette ambivalence.

4. Le Minotaure : un monstre anthropophage dans un labyrinthe

Dédale présentant la vache en bois à Pasiphaé, peinture murale de Pompéi (maison des Vettii), ier siècle
Dédale présentant la vache en bois à Pasiphaé, peinture murale de Pompéi (maison des Vettii), ier siècle
- Domaine public

Célébré à de nombreuses reprises sous le pinceau de Picasso, ce monstre mi-humain, mi-taureau, qui sera tué par Thésée, est très connu pour son effrayante présence dans le labyrinthe de Dédale, et son anthropophagie. Et il vous fascine, si l'on en croit vos témoignages :

Le Minotaure, Astérion de son vrai nom, unique habitant et maître de ce labyrinthe dont il est également le prisonnier, le Minotaure s'adressant à nous à la première personne pour nous faire voir ses origines, sa vie et sa demeure dans l'un des plus désespérément beaux récits de Borges, le Minotaure attendant le sauveur qui le conduira un jour dans un endroit où il y aura "moins de fenêtres et moins de portes", le Minotaure avec son acide, autophage innocence, son ignorance de sa véritable nature et du Mal, parce que personne ne sait vraiment qui il est. "Le soleil du matin resplendissait sur l’épée de bronze où il n’y avait déjà plus trace de sang. Le croiras-tu, Ariane? dit Thésée, le Minotaure s’est à peine défendu." (Borges: La demeure d’Astérion) Quoi d’étonnant ? On ne combat pas son rédempteur, on ne s’en défend même pas… André Rougier @perceval45

Je cherche les aliments pour nourrir le Minotaure de mes instincts pervers disait Lautréamont. @Alain_Chemali

Le Minotaure est une figure que j'aime bien, pendant longtemps je l'ai pris pour un monstre qu'il fallait isoler pour les autres, mais récemment j'ai compris que ça pouvait tout aussi bien être l'enfant handicapé que tu dissimule pour ne pas avoir honte. @MooN_chaK

Mais connaissez-vous l'histoire affreuse de sa conception ? Car cette créature n'est en fait pas issue de Minos, le roi de Crète, mais de sa femme, Pasiphaé. Un jour Poséidon, le dieu marin, offre à Minos un taureau blanc destiné à être sacrifié. Mais la bête est si belle que celui-ci tergiverse... tellement longtemps, que Poséidon décide de se venger, comme le racontait Catherine Clément dans l'émission "Nous serons comme des dieux", en 2014 :

Le dieu marin rend Pasiphaé folle amoureuse du taureau blanc. Il n’y a rien à faire ! La reine veut son taureau. Navré, le roi Minos demande à Dédale, son ingénieur principal, de construire une vache de bois fendue à l’endroit du sexe et revêtue de la peau d’une vache fraîchement dépecée. Brûlante de désir, la reine se glisse dans le corps de bois de la vache, superpose son sexe à l’endroit de l’ouverture, et on appelle le taureau qui saillit à la fois la vache de bois et la reine Pasiphaé. Leur fils sera Asterios, et c’est lui qu’on surnomme le Minotaure.

5. La naissance d'Athéna, l'éblouissante déesse à la chouette

Pallas Athena, Rembrandt, 1655-59.
Pallas Athena, Rembrandt, 1655-59.
- Visible au Musée Calouste-Gulbenkian, à Lisbonne

Femme de tête, la déesse de la sagesse et de la guerre ? Elle en jette, en tout cas, et l'histoire de sa venue au monde est spectaculaire, si bien que vous avez cité la guerrière à plusieurs reprises : 

La naissance d'Athéna. Fille de Métis (intelligence et discernement) et de Zeus. Sortie du crâne de Zeus le glaive et le bouclier en mains !!! Déesse de la guerre, elle hérite par sa mère de la ruse du poulpe et du renard. @l_singe

Athéna. C'est un exemple de femme forte. @ChapelierAlice

J'aime Athéna, surtout sortant toute armée du crâne de son père.    
@Juliiii_anaaaa

C'est en effet du crâne fendu de son père qu'Athéna est sortie toute armée. Car le dieu des dieux ayant appris qu'un fils né de Métis lui volerait son trône, avait tout bonnement avalé sa femme pour pallier la prédiction. Mais quelques mois plus tard, pris de très fortes migraines, il intime à Héphaïstos, dieu de la forge, de lui fendre le crâne. C'est ce que racontait Catherine Clément dans un autre épisode de "Nous serons comme des dieux", en juillet 2014.

6. Et puis aussi... Ariane au bout du fil

Ariane, séduite par Thésée, donne à ce dernier un fil pour lui permettre de sortir du labyrinthe construit par Dédale. 

Le fil d'Ariane : c'est de l'ingéniosité d'une femme que provient la solution 😉 ! Marie Baldet

7. Icare et son "coup d'soleil"

Dédale finit jeté dans son propre labyrinthe, avec son fils, Icare. L'ingénieur fabrique alors des ailes d'oiseau pour leur permettre de s'extraire du piège. Mais malgré les recommandations de son père, le jeune homme vole trop près du Soleil : la cire de ses ailes fond, et il est précipité dans la mer...

Icare. Car les libertés ne sont rien sans la sagesse de les maîtriser. @Isotope236

Dédale et Icare par Antoine van Dyck, vers 1620
Dédale et Icare par Antoine van Dyck, vers 1620
- Visible à Toronto, Musée des Beaux-Arts de l'Ontario

8. Pandore et la femme trouble-fête (comme toujours)

La fameuse boîte contenant tous les maux de l'humanité est confiée à Pandore, la première femme, par Zeus, qui lui a interdit de l'ouvrir. Peine perdue ! Les femmes, c'est bien connu, sont le jouet de leurs tentations.

Pandore ! Catastrophes et espoir dans un objet séduisant mais terrible Je crois que c'est assez actuel ! @BenoitLutel

9. Cassandre, la fausse menteuse

Pour pouvoir s'offrir ses charmes, Apollon, lui offre le don de prophétie. Cassandre accepte le cadeau, avant de refuser de se livrer à lui, ne lui accordant qu'un baiser et se moquant du bel Apollon. Furieux, le dieu de la musique et des arts lui crache dans la bouche, ce qui ne prive pas Cassandre de ses talents divinatoires, mais l'empêche d'être crue, même de ses plus proches.

Cassandre. Toute personne qui se croit providentielle, dans l'exercice solitaire de son pouvoir, finit par se couper de son entourage proche, n'écoute plus leurs alertes quand la situation se dégrade et termine pour la plupart dans le mur. @VincentGatel

10. Médée, criminelle en puissance

Le double infanticide de Médée représenté par Eugène Delacroix, 1836-1838
Le double infanticide de Médée représenté par Eugène Delacroix, 1836-1838
- Collection de peintures du palais des Beaux-Arts de Lille

Toute sa vie vous fascine, si l'on en croit vos témoignages !

Peut être le mythe de Médée, cette femme tout à fait fascinante que rien n'arrête quand elle se déchaîne. @Bacchasolal

Magicienne puissante, elle n'en tombe pas moins sous les charmes de Jason, venue quérir la Toison d'or. Elle l'aide à récupérer le précieux objet grâce à ses pouvoirs magiques, commettant un fratricide au passage. On lui doit aussi le parricide de Pélias, qui avait usurpé le trône au père de Jason et finira dépecé et jeté par ses filles dans un chaudron. Enfin, la magicienne n'hésita pas à égorger les deux fils qu'elle avait eus de Jason pour se venger de ce dernier lorsqu'il la délaisse pour une autre. Pas très commode...