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Smash : le nouvel espoir d'NBC

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**Le 6 février dernier, plus de 11 millions de téléspectateurs américains ont suivi le premier épisode de ** Smash **, la nouvelle série dramatique d’NBC. Un succès mérité pour une fiction musicale s’annonçant plus proche de l’univers de Broadway que de la série à succès de la FOX, ** Glee .

Studios NBC
Studios NBC
- Jérôme David

« ** Smash is a triumph »** . A l’instar de la majeure partie de la presse américaine, le Los Angeles Times ne tarit pas d’éloges sur la nouvelle série d’NBC, le network en mal de hits depuis près de 10 ans. Il est vrai que le programme, centré sur la préparation d’une comédie musicale de Broadway basée sur la vie de Marilyn Monroe, renoue avec talent avec la ligne éditoriale sophistiquée, mais grand public, qui avait fait les beaux jours de la chaine jusqu’au début des années 2000. En une décennie, NBC aura en effet laissé ABC et CBS et leurs blockbusters s’imposer dans le paysage audiovisuel américain, pour chuter à la quatrième place, derrière la FOX, avec des séries dramatiques trop élitistes (les sociales et réalistes Friday Night Lights * et Southland* , exilées sur le câble), et des comédies souvent très référentielles, et corrélativement peu calibrées pour l’international. Avec Smash , la chaine réussit enfin à proposer une fiction intrinsèquement américaine, mais accessible au plus grand nombre. Et ce en rendant hommage, de façon adulte et élégante, à un univers profondément ancré dans la culture anglo-saxonne, mais dont Broadway est devenu un symbole à l’échelle mondiale : la comédie musicale.

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*When TV Sings and Swings *

Family Guy
Family Guy
- Nakana

Les liens noués par cet art avec la télévision américaine remontent à Fame , adapté en 1982 du film éponyme d’Alan Parker. Mais malgré ce succès international, aucune autre série ne parvient ensuite à transformer l’essai : l’échec cuisant de Cop Rock * (1990), * diffusé sur ABC etco-créée par le très sérieux Steven Bocho (Hill Street Blues, NYPD Blue ), combinant drama policier et numéros musicaux, semble en effet avoir durablement refroidi les networks . Le genre ne cesse pas pour autant d’exister, subsistant en filigrane d’œuvres télévisuelles majeures des années qui suivront. On se souvient ainsi d’Ally McBeal (1997-2002), où son créateur, David E. Kelley, assouvit sa passion pour la soul music via des passages dansés et/ou chantés faisant partie intégrante de l’univers décalé de la série. Depuis 1999, les amateurs de la comédie animée *Family Guy, * partagent quant à eux régulièrement la passion de son créateur, Seth McFarlane, pour Broadway et Franck Sinatra, via des numéros musicaux omniprésents, annoncés par un générique des plus éloquents.

Plus fréquemment, de nombreuses séries s’adonnent à ce délicat exercice le temps d’un épisode : en 2001, la série fantastique Buffy ,* the Vampire Slayer * propose, avec Once More, With Feeling , un modèle du genre, salué par la critique et la profession, pour ses remarquables compositions originales, sa mise en scène soignée, et son habile intégration à la trame générale de la saison. Par la suite, les autres shows préférèrent opter plus paresseusement pour des reprises de chansons*.* Tel est le cas, en 2002, du drame carcéral Oz et de la comédie rétro That 70s Show, et, plus récemment, de Grey’s Anatomy . Seul le créateur de Scrubs , Bill Lawrence, décide de s’adjoindre les services de spécialistes, récompensés par les Tony Awards pour leur travail sur les comédies musicales *Avenue Q * et *The Book of Mormon, * pour proposer des morceaux inédits, et obtient ainsi quatre nominations aux Emmy Awards de 2007.

En 2008, lorsque le créateur de Buffy , Joss Whedon, décide, en pleine grève de la Writers Guild of America, de développer une fiction originale à moindres coûts, c’est pour une comédie musicale qu’il opte. Produite pour 200 000 dollars, *Dr. * Horrible's Sing-Along Blog * est une web-série au succès inattendu, récoltant près d’une dizaine de récompenses, et qui finit classée 15ème dans le top 50 des créations de l’année 2008 du Time Magazine. * La vedette de cette création, Neil Patrick Harris, artiste multifacettes, est surtout connue pour son interprétation de Barney dans la comédie How I Met Your Mother , pour laquelle il poussera d’ailleurs la chansonnette, à l’occasion de son 100ème épisode, dans un numéro digne de West Side Story . A l’instar par exemple d’une Kristin Chenoweth, le comédien jongle en effet avec talent entre la scène et les plateaux de tournage. Et d’ailleurs, la plupart des acteurs de télévision ont l’expérience des planches et participent donc volontiers à ces initiatives des scénaristes.

Le défi du musical

Glee
Glee
- Sweet One

Palliant, d’une certaine façon, à la raréfaction de la sitcom - qui emprunte à la tradition du théâtre filmé - la comédie musicale permet de renouer avec les origines scéniques d’une production télévisée américaine de plus en plus influencée par le cinéma. Mais l’idée d’une fiction entièrement musicale reste un défi technique, artistique et créatif. La difficulté de proposer une écriture qualitativement satisfaisante sur le long terme est ainsi évidente avec *Glee * : la caractérisation des personnages et le développement cohérent des intrigues ont ainsi visiblement pâti de l’importance donnée par ses auteurs, et par son diffuseur, au choix des artistes repris dans la série, bien plus rémunérateurs. Sous l’impulsion de son créateur, Ryan Murphy, le teen-show a ainsi mué en porte-parole brouillon des *freaks * et autres geeks victimes du cruel microcosme lycéen. Et la musique simplement destinée à illustrer leurs tourments au sein de numéros empruntant autant à la scène qu’au clip musical, et dont le côté surproduit des reprises a d’ailleurs fait l’objet de critiques.

Des reproches cependant biens dérisoires face à des ventes d’albums record (plus de 11 millions en octobre 2011), démontrant que la série musicale est un pari certes risqué, mais bien payant. CBS s’est ainsi prêté au jeu en 2007 avec Viva Laughlin , annulée au bout de deux épisodes, suivi par ABC en 2008, avec Eli Stone , ersatz inavoué d’Ally McBeal . Et en 2009, HBO ne parvient pas à convaincre les créateurs de *Flight of the Conchords, * épuisés créativement,de poursuivre au-delà de deux courtes saisons. Si NBC aura attendu trois ans avant de se lancer, c’est pour un projet solide sur lequel elle pourra durablement compter : elle annonce ainsidès juin 2011 la passation d’un accord avec Columbia Records, destiné à assurer la commercialisation de la bande originale de la série, rend le pilote disponible gratuitement sur les principaux sites de VOD deux semaines avant sa diffusion, et mobilise toutes ses stars pour en assurer la promotion.

Smash
Smash

Un projet-clé de la mi-saison pour NBC

Un produit donc, mais avec de l’ambition. Car si Glee se voulait l’héritière de Fame , celle-ci s’annonce plutôt comme le fruit d’un mélange bien plus complexe: à la fois *backstage drama, * en proposant de dévoiler les coulisses d’un univers médiatique paradoxalement méconnu, et à la fois vitrine pour des prestations musicales destinées notamment au public du télé-crochet The Voice , programmé juste avant (et dont l’adaptation française est d’ailleurs attendue sur TF1). Un grand écart que la showrunner , Theresa Rebeck, scénariste récompensée de télévision (LA Law, Dream On, NYPD Blue ), aura la lourde tâche d’assurer durant les 15 épisodes commandés par NBC, appuyée par d’autres pointures du divertissement. En effet, si le concept du show provient de Steven Spielberg, c’est Robert Greenblatt, directeur d’NBC Entertainment depuis janvier 2011, qui en assure le développement depuis 2009. Celui-ci voit d’ailleurs dans ce projet l’opportunité de sauver une saison 2011/2012 encore une fois catastrophique, marquée par l’arrêt, dès septembre, de The Playboy Club au bout de trois épisodes, puis les quasi-annulations de *Prime Suspect * et The Firm . Si l’on excepte peut-être le drama policier fantastique Awake , signé Kyle Killen, prévu pour le 1er mars, Smash demeure le projet clé de cette mi-saison.

Portée par la jeune Katherine McPhee (révélée par… American Idol ), Debra Messing, Jack Davenport, Anjelica Huston, et réalisée par Michael Meyer (récompensé en 2007 d’un Tony Award pour la mise en scène de la pièce Spring Awakening ), la série s’impose, avec son pilote, comme un divertissement intelligent au potentiel évident : une écriture soignée, une bande originale mêlant reprises et compositions originales signées par deux vétérans de Broadway (Marc Shaiman et Scott Whitman), une mise en scène particulièrement réussie en termes d’immersion du téléspectateur, un sujet fédérateur en la personne de l’icône Marylin Monroe, et des clichés sur le monde du spectacle savamment contournés, à quelques exceptions près. Bref, si Glee était une série de fans, Smash est définitivement une œuvre de professionnels. Et vu la réussite de cette entrée en matière, NBC pourrait parfaitement terminer sa saison sur une bonne note.

Jérôme David

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