Sommes-nous plus bêtes qu'avant ?

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Sommes-nous plus bêtes qu'avant ?

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L'intelligence de l'humanité est-elle en train de décliner ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et Franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Notre intelligence serait en déclin. C'est le résultat d'une étude publiée en juin 2018 par deux économistes norvégiens. Selon cette étude, nous perdrions jusqu'à 0,33 point de quotient intellectuel chaque année. Rappelons qu'un Q.I dans la moyenne se situe entre 90 et 110.

Cette étude avait fait grand bruit à sa publication et a été reprise dans de nombreux médias sur un ton alarmiste. L'étude se base sur l'analyse de 730 000 tests de Q.I. réalisés en Norvège. Elle conclut que le quotient intellectuel, après avoir progressé en continu, aurait commencé à décliner dans les 30 dernières années. 

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Les deux économistes évoquent plusieurs hypothèses, comme la dégradation du système éducatif, une alimentation de moins bonne qualité ou encore l'omniprésence des écrans.

Pourtant, les conclusions de cette étude ne font pas l'unanimité pour de nombreux chercheurs. Ils affirment notamment que ces résultats obtenus dans un pays de faible densité comme la Norvège ne sont pas transposables dans d'autres pays occidentaux.

Nous avons demandé à Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS et professeur au laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique à l'ENS, si l'intelligence humaine était sur le déclin.

Sommes-nous plus bêtes qu’avant ?

Franck Ramus. Non, il n’y a pas de raison de croire que nous serions fondamentalement plus bêtes qu’avant. En fait nous sommes probablement plus intelligents qu’avant.

Peut-on mesurer l’intelligence ?

Il y a un concept scientifique qui s’appelle l’intelligence générale, qui se mesure en donnant une batterie de tests très variés de toutes les capacités intellectuelles que nous avons, en faisant une moyenne des scores obtenus à tous ces tests. Une fois qu’on a fait cette moyenne de scores qui représentent l’intelligence générale, on va essayer de la rapporter à la population d’un pays, donc on crée ce qu’on appelle le quotient intellectuel. On peut comparer ces scores de Q.I. de génération en génération et aujourd’hui on arrive à le faire sur une période de plus d’un siècle. On a constaté que ces scores de Q.I. ont augmenté de manière considérable du début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Si on prend aujourd’hui le Q.I. d’une personne qui est dans la moyenne de la population, elle serait l’équivalent d’une personne surdouée il y a un siècle.

Comment expliquer cette progression ?

Il y a plusieurs explications à cela, l’amélioration de la nutrition, l’amélioration de la santé. Ces deux facteurs ont un impact sur le développement du cerveau de l’enfant. Et puis aussi l’amélioration de l’éducation, le fait que tous les enfants vont à l’école et ils y vont très tôt et le fait que l’environnement familial et social devient de plus en plus riche et complexe.

Pourquoi a-t-on l’impression que les jeunes générations sont ”incultes” ?

C’est certainement dû à un biais de perception. Dans le passé, on valorisait beaucoup le fait d’avoir beaucoup de connaissances factuelles, de connaître tous les noms de départements et de leurs chefs-lieux, de connaître toutes les dates de l’histoire, etc. Ce type de connaissances est beaucoup moins valorisé aujourd’hui, en revanche, les jeunes d’aujourd’hui maîtrisent beaucoup de compétences que ne maîtrisait pas la génération précédente. Le fait d’être très familier avec des outils technologiques compliqués, de naviguer sur internet, etc. Tout ça, ce sont des compétences qui paraissent évidentes aujourd’hui mais qui ne sont pas évidentes et qui sont dues au fait que ces enfants ont grandi dans un environnement qui favorise cela.

C’est pourtant plus facile d’avoir son bac aujourd’hui qu’il y a 50 ans...

Il est vrai que si on regarde le niveau de certains examens comme le baccalauréat, oui le niveau du bac a baissé sur les 30 dernières années, il suffit de regarder les programmes pour le constater mais ce qu’il faut prendre en compte, c’est que ça ne reflète pas une baisse générale de toute la population. Aujourd’hui, 80% d’une génération obtient le bac, en 1970, seulement 20% d’une génération avait le bac. Le niveau du bac a baissé mais le niveau général de la population, lui, a quand même augmenté.

Le Q.I. va-t-il continuer d’augmenter ?

Si on prend une perspective plus globale et qu’on regarde l’ensemble des pays du monde, il n’y a pas de tendance à la baisse. Ce qu’on voit c’est qu’il y a une tendance à une augmentation plus lente des scores de Q.I. sur les deux ou trois dernières décennies. Autrement dit, nos scores de Q.I. seraient en train de plafonner légèrement. C’était en fait totalement attendu parce que nous sommes limités par les contraintes de notre physiologie, de notre cerveau qui a 100 milliards de neurones qui ne va pas en avoir plus au cours du temps. C’est pareil pour l’espérance de vie, elle a beaucoup progressé, mais on ne va pas atteindre 200 ans, c’est déjà en train de plafonner.

La capacité de concentration s’est-elle détériorée ?

Il est difficile de dire si notre concentration a diminué. Ce qui est sûr c’est que notre environnement est différent, il y a beaucoup plus de sollicitations extérieures qui se mettent en concurrence pour notre attention et qui font que c’est plus difficile de rester concentré une demi-heure à lire un livre, parce qu’il y a sans arrêt un texto qui arrive, un téléphone qui sonne. Nous sommes en train d’être un peu esclaves de nos outils qui nous appellent tout le temps et il faut arriver à en rester les maîtres et donc savoir éteindre le téléphone quand on a décidé de se concentrer sur une tâche pendant 20 minutes.

La pollution, les perturbateurs endocriniens menacent-ils notre intelligence ?

Certaines personnes ont pris très au sérieux les quelques études qui montrent une tendance à la baisse des scores de Q.I. et ont tout de suite évoqué des hypothèses comme l’exposition aux perturbateurs endocriniens, aux pesticides ou encore le rôle des écrans. Il faudrait déjà que cette baisse de Q.I. soit avérée, elle ne l’est pas vraiment

Mais même dans les pays où elle est avérée, ce sont des pays où il y a une faible densité de population, pas d’agriculture intensive, ils sont beaucoup moins exposés aux pesticides que ne le sont les Américains ou les Chinois dont les scores de Q.I. continuent de progresser. Donc les hypothèses avancées pour expliquer cette éventuelle baisse de Q.I. pour l’instant ne semblent pas convaincantes.

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