Publicité

Soudan du Sud : la guerre civile, la faim et la fuite

Par
Grace, réfugiée sud-soudanaise en Ouganda rencontrée par Olivier Poujade et Gilles Gallinaro, de Radio France
Grace, réfugiée sud-soudanaise en Ouganda rencontrée par Olivier Poujade et Gilles Gallinaro, de Radio France
© Radio France - Gilles Gallinaro

Reportages. Indépendant du Soudan depuis 2011, le Soudan du Sud a plongé fin 2013 dans une guerre civile politique et ethnique qui a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés. Depuis juillet, les combats et la famine se sont intensifiés, alors que le régime continue à s'armer.

Il y a dix jours, les Nations Unies préviennent : la planète est confrontée à la "pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale", avec un risque de malnutrition et de famine pour 20 millions d'habitants ! Sur une zone allant du Nigeria au Yémen, en passant par le Soudan du Sud.

Le 20 février, à cause d'une guerre civile, le gouvernement de cette République d'Afrique orientale naissante déclare lui-même certaines parties du nord du pays en état de famine. D'après l'ONU, la moitié de la population du plus jeune État du monde a besoin d'une aide alimentaire d'urgence, soit 6,2 millions de Sud-Soudanais. Sans oublier les ravages des épidémies, à commencer par le choléra.

Publicité
© AFP

Indépendant du Soudan depuis 2011, après un processus d'auto détermination, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans un affrontement particulièrement sanglant entre les partisans du président Salva Kiir et ceux du vice-président Riek Machar. Les combattants saccagent les villages, les cultures, pillent le bétail. Or l'élevage est le principal moyen de subsistance des familles. Un conflit politique, mais aussi ethnique : Salva Kiir est soutenu par les Dinka, Riek Machar, par les Nuer, les deux principales ethnies du pays. Avec des humanitaires harcelés, voire attaqués par des groupes armés, et qui ont été empêchés d'accéder à certaines zones par les autorités, principalement celles tenues par l'opposition.

Je suis restée presque une semaine avec un peu d'eau et à manger des racines

Il y a déjà eu des dizaines de milliers de morts et de viols et plus de trois millions de déplacés, en particulier en Ouganda, malgré un accord de paix en août 2015 puis un gouvernement d'union. Depuis le mois de juillet, les combats se sont en effet intensifiés et ont provoqué l’exode de 550 000 personnes : des réfugiés traumatisés, coupés de toute ressource, et qui arrivent par petits groupes en territoire ougandais. Reportage d'Olivier Poujade avec Gilles Gallinaro, depuis la ville ougandaise de Busia, à la frontière avec le Soudan du Sud. Ici, 85% des personnes qui passent la frontière sont des femmes, accompagnées de leurs enfants. Grace a 23 ans. Désemparée, elle a perdu son mari et tout laissé derrière elle. "Je suis restée presque une semaine avec un peu d'eau et à manger des racines", confie-t-elle. Même si ici, on ne parle pas encore de famine... :

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Là-bas, la nuit, tu entends tes voisins se faire égorger

Cette migration fait aujourd’hui de l’Ouganda le troisième pays d’accueil au monde, le premier en Afrique ! Le nombre de réfugiés dans cette zone a en effet récemment dépassé le tristement célèbre camp de Dabaab, au Kenya. Sur place, nos envoyés spéciaux, Olivier Poujade et Gilles Gallinaro, ont pu constater la situation d’urgence à laquelle doit faire face l’Ouganda. Là où Barry, par exemple, témoigne : "Là-bas, la nuit, tu entends tes voisins se faire égorger." :

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Il y a quelques jours, un rapport de l'ONU consulté par l'AFP révélait que malgré ce contexte le gouvernement sud-soudanais dépense une grosse partie de ses revenus tirés du pétrole dans l'achat d'armes. Ont été découvertes "des preuves évidentes montrant que les dirigeants du pays à Juba continuent à se procurer des armes" pour l'armée, les services de sécurité, les milices et d'autres "forces associées". Ce document appelle d'ailleurs à mettre en place un embargo sur les armes contre le Soudan du Sud, une mesure qui était soutenue par les États-Unis mais qui a été rejetée par un vote du Conseil de sécurité en décembre.

A ÉCOUTER Soudan et Soudan du Sud. Les évolutions internes et les relations réciproques. (Les Enjeux internationaux, mars 2016)

Pourquoi la famine en Afrique de l'Est ne fait-elle pas la Une des journaux ? (La Fabrique médiatique)

© Visactu