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Soudan : un massacre emblématique qui aurait fait 128 morts toujours impuni

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 Un homme vêtu d'un masque tient une photo d'un Abdulsalam Kisha, un manifestant soudanais qui a été tué lors d'une descente dans un sit-in anti-gouvernemental en 2019
Un homme vêtu d'un masque tient une photo d'un Abdulsalam Kisha, un manifestant soudanais qui a été tué lors d'une descente dans un sit-in anti-gouvernemental en 2019
© AFP - Ashraf Shazly

La Face cachée du globe. Retour cette semaine au Soudan où des doutes subsistent quant à la capacité du conseil de transition à enquêter sur la répression sanglante d'un sit-in pacifique à Khartoum, il y a un an.

Le 3 juin 2019, les militaires soudanais pensaient mater dans le sang les sit-in de protestation organisés quotidiennement devant le quartier général de l'armée à Khartoum. Un lieu hautement symbolique, car après la chute du Président Omar al-Bachir, le 11 avril 2019, les manifestants réclamaient  la fin du régime militaire, qu'il incarnait depuis trente ans. 

La riposte de l'armée et des redoutables forces d'intervention rapides, connues pour leur action au Darfour, fut sanglante. 87 morts selon les chiffres officiels,128 selon les sources médicales sur place. 

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Un an après les faits, des proches des victimes ont manifesté mercredi à Khartoum pour réclamer une enquête internationale sur ce massacre. Celle promise par les autorités civiles et militaires chargées de mener le processus de transition dans le pays n'a toujours pas rendu ses conclusions. Le Premier ministre Abdallah Hamdok assurait pourtant que "faire la justice au nom des martyrs du sit-in est une étape incontournable". 

Suliman Ali Baldo est Soudanais, conseiller de l'organisation "Enough project". Une organisation basée à Washington dans le but de prévenir et de dénoncer les crimes, atrocités, génocides et les phénomènes de corruption et d'encourager la démocratie dans les pays d'Afrique Centrale et de l'Est.

Les Soudanais qui ont manifesté mercredi pour réclamer une enquête internationale sur la répression sanglante du 3 juin 2019 en appellent à une enquête internationale. Où en est aujourd'hui l'enquête nationale indépendante promise par le Premier ministre ?

Une commission indépendante a été crée effectivement, mais, en raison de la configuration même du pouvoir de transition, les Soudanais ne croient pas que la commission réussira à identifier les individus responsables de ce massacre dans la mesure où ils sont présents dans la chaîne de commandement des institutions sécuritaires du pays. Ils sont donc toujours puissants. Pourtant, avec les moyens de communication modernes et les réseaux sociaux, tout a été enregistré. Plusieurs milliers d'agents de sécurité, de police et des forces d'intervention rapides de l'armée sont intervenus ce jour là contre les manifestants. Ils ont été filmés en temps réel. C'est dire que l'on a identifié les auteurs de cette répression sanglante. Il y a eu de nombreux morts, des viols, des actes de tortures, des corps ont été jetés dans le Nil. Le problème est que les membres du conseil militaire de transition sont représentés dans les institutions. Il sera donc difficile pour une commission d'enquête nationale d'aller jusqu'à désigner les coupables. 

Les forces soudanaises sont déployées autour du quartier général de l'armée de Khartoum le 3 juin 2019 alors qu'elles tentent de disperser le sit-in de Khartoum
Les forces soudanaises sont déployées autour du quartier général de l'armée de Khartoum le 3 juin 2019 alors qu'elles tentent de disperser le sit-in de Khartoum
© AFP - Ashraf Shazly

Voilà pourquoi les Soudanais en sont aujourd'hui à réclamer une enquête internationale.

Il y a eu un arrangement sur un partage de pouvoir entre civils et militaires mais dans les faits ce sont toujours les militaires qui détiennent le pouvoir réel. Des militaires qui, de surcroît, sont devenus puissants pendant le règne du président déchu car ils se sont vus attribués des pans de l'économie du pays.

Est-ce à dire que les civils présents dans les instances de transition n'ont pas les mains libres pour mener les réformes promises ?

Le gouvernement civil peut, en effet, chercher à réformer la gouvernance du pays, mais ses moyens sont limités face à ces hommes en uniforme qui ont à la fois le pouvoir militaire et la richesse du pays entre leurs mains. Les militaires, de leur côté, semblent vouloir coopérer avec le cabinet civil mais jusqu'à un certain point. Certes, il y a eu par exemple les nouvelles lois votées notamment pour lever les interdits concernant la liberté de la presse et la liberté d'opinion, mais les militaires ne permettraient pas à la justice d'aller jusqu'à " toucher" à leur impunité.

Dans quel état d'esprit se trouve, aujourd'hui, la société civile qui a été très active dans le mouvement de contestation contre le régime militaire ?

Elle est partie intégrante de cette transition civile, mais cette transition est dans une situation difficile car partager le pouvoir avec les militaires n'est pas un facteur de changement révolutionnaire mais plutôt de contrôle de la transition démocratique.

Cela dit, contrairement aux associations professionnelles, les jeunes et les femmes qui représentaient la base réelle de la révolution pacifique au Soudan, ne se reconnaissent plus dans les institutions de la transition et ont moins confiance en leurs représentants. Or ces jeunes et ces femmes peuvent constituer un moyen de pression car ils ont en revanche la confiance de la population et peuvent encore mobiliser s'il n'y a pas de réformes réelles. 

En bref, ailleurs dans le monde 

La Russie a ordonné vendredi une vérification complète de ses infrastructures à risque bâties sur le permafrost

Depuis une dizaine de jours, une nappe rouge de deux kilomètres visible depuis le ciel, suscite de réelles inquiétudes sur ce qui est déjà considérée comme la pire catastrophe écologique dans l'Arctique.

Des barrages flottants installés pour éviter que la nappe de diesel déversée dans la rivière Ambarnaïa n’atteigne le lac Piassino, le 3 juin.
Des barrages flottants installés pour éviter que la nappe de diesel déversée dans la rivière Ambarnaïa n’atteigne le lac Piassino, le 3 juin.
© AFP - MARINE RESCUE SERVICE OF RUSSIA

Vingt mille tonnes de carburants diesel se sont déversées dans la rivière Ambarnaïa, et sur les terres environnantes. Cette fuite provient du réservoir d'une centrale thermique de Norilsk, propriété du géant du nickel russe Norilsk Nickel. La ville industrielle est construite sur le permafrost, or l'une des causes possibles de la catastrophe serait l'affaissement des piliers qui soutenaient la cuve vraisemblablement sous l'effet d'un dégel du sous-sol.

Selon les autorités russes, la progression de la fuite a été stoppée et des opérations sont en cours pour pomper les hydrocarbures.

Le Kremlin considère ce dégel dans l'Arctique, où l'exploitation des ressources naturelles est une priorité stratégique, comme un risque majeur aux conséquences imprévisibles. 

Les organisations environnementales ont toujours alerté sur la fonte des sols gelés du permafrost qui représente, une bombe à retardement sanitaire et écologique_._

Déversement de 20 000 tonnes de diesel dans une rivière sibérienne , prés de la ville de Norilsk. Le 29 mai 2020
Déversement de 20 000 tonnes de diesel dans une rivière sibérienne , prés de la ville de Norilsk. Le 29 mai 2020
© AFP - Irina Yarinskaya

Donald Trump prévoit de réduire de 9 500 hommes le dispositif américain présent en Allemagne, principal ancrage des forces de l'OTAN

Un haut responsable américain affirme qu'une partie de ces militaires pourrait être redéployée en Pologne. L'Allemagne compte aujourd'hui 34 500 soldats américains sur son sol.

Trois ans d'embargo contre le Qatar

Le blocus imposé au Qatar par ses voisins saoudien, émirien, bahreini et aussi par l'Egypte, entre dans sa quatrième année et les efforts de réconciliation menés par le Koweit sont toujours dans l'impasse. "Il y a une initiative et une atmosphère positive en coopération avec les Etats-Unis et jusqu'à présent il n'y a pas de réponse de l'autre côté mais nous espérons qu'elle sera prise au sérieux", déclarait vendredi le ministre qatari des Affaires étrangères. 

Pour rétablir leurs relations  avec Doha, l'Arabie saoudite et ses alliés avaient exigé du Qatar qu'il prenne 13 mesures, dont la fermeture de la chaîne de télévision Al-Jazeera, la limitation des liens avec l'Iran ou encore la fermeture d'une base militaire turque sur son sol.
Le Qatar a toujours rejeté ces demandes.

À réécouter : Qatar sous blocus, le sursaut de la production nationale

Avec la collaboration de Caroline Bennetot