Publicité

Souvenons-nous du Joola : le projet

Par

La genèse du projet Février 2011. Je suis en Casamance, territoire enclavé du sud du Sénégal, pour une série de reportages. Au hasard d’une ballade dans la ville de Ziguinchor, capitale de la région, je tombe sur un monument qui semble à l’abandon.

Le souvenir d’un drame de la mer remonte à la surface de ma mémoire le naufrage du Joola « plus de morts que le Titanic ». J’aborde le sujet avec mes interlocuteurs. Une information attise ma curiosité. Patrice Auvray, le seul survivant de nationalité française, vit en Casamance. Je le contacte.

Publicité
Place des naufragés du Joola
Place des naufragés du Joola
© Radio France - Alain Devalpo

Nous nous rencontrons chez lui, à Kafountine. Je découvre un homme qui chancelle entre colère et désarroi. Patrice refuse de voir l’histoire du Joola sombrer dans l’oubli. Le martyr de tous ceux qu’il a vu périr alimente sa volonté de témoigner. Une force qui bute sur le mur d’indifférence coupable qui s’élève à chaque fois qu’il aborde cette histoire.

Cette nuit cauchemardesque a hanté Patrice Auvray pendant des années. Pour s’en libérer, il a écrit un manuscrit qu’il me propose de feuilleter. Dans la moiteur de Kafountine, je plonge dans la marée de mots. Je le lis en deux jours. Le récit coup de poing me transporte à bord du Joola. Je sens la bascule, l’effroi, la terreur.

Patrice Auvray me dit avoir fait le tour des maisons d’éditions françaises avec ce document historique. Toutes ont décliné l’ouvrage. Un tel témoignage peut-il rester mort-né ? Cette indignation est le point de départ de cette enquête.

Le naufrage du Joola Le 26 septembre 2002, le Joola, ferry sous tutelle de l’armée sénégalaise, assure la liaison maritime entre Ziguinchor et Dakar. A 22h55, il sombre au large des côtes de la Gambie. Le nombre de victimes reste imprécis. Il avoisine les 2 000 morts alors que le navire était prévu pour 550 passagers. Le chiffre officiel est de 1863 morts et 64 rescapés. C’est le plus important naufrage civil de l’histoire de la navigation maritime.

Une soixantaine d’Européens étaient à bord. Patrice Auvray, français, est le seul étranger rescapé. Cette nuit-là, sa compagne a disparu sous ses yeux. Après avoir nagé pendant d’interminables minutes autour de la coque renversée, Patrice a trouvé une voie pour se hisser sur le dos du monstre d’acier. Cette découverte a permis de sauver la vie d’une soixantaine de naufragés. Ils ont attendu le lever du jour et les premiers secours au rythme des coups de poings frappés sur la coque par ceux qui étaient prisonniers dans les cales du navire.

Lever de soleil sur le fleuve Casamance
Lever de soleil sur le fleuve Casamance
© Radio France - Alain Devalpo

Voilà bientôt 10 ans que la tragédie s’est produite et le mystère reste entier. Pourquoi la marine française basée à Dakar n’est-elle pas intervenue ? Pourquoi les bateaux de pêche qui étaient sur zone ont-il reçu l’ordre de ne pas venir en aide aux rescapés ? Pourquoi les secours officiels ont-il attendu le lever du jour ? Pourquoi les opérations ont-elles été brusquement interrompues ? Qu’est devenu le commandant du navire que des témoins affirment avoir vu embarqué sur une chaloupe ? Pourquoi le Président Wade s’est-il opposé au renflouement du navire qui repose par une vingtaine de mètres ? Le procès qui s’est déroulé au Sénégal a été une parodie de justice ? En France, quelles sont les forces qui perturbent le déroulement de la procédure judiciaire ? Aucun responsable, aucun coupable. Pourquoi ?

Le 26 septembre 2012 célébrera les dix ans du naufrage. Ce blog est une bouée lancée à la mémoire collective. Souvenons-nous du Joola !

Commençons ce périple par un hommage musical aux victimes.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.