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Steve Bannon, l'homme qui refuse la lumière

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L'ancien conseiller de l'administration Trump à la Maison Blanche, Steve Bannon, est vu à travers la sécurité bloquant les médias après une comparution devant le tribunal de district fédéral de Washington
L'ancien conseiller de l'administration Trump à la Maison Blanche, Steve Bannon, est vu à travers la sécurité bloquant les médias après une comparution devant le tribunal de district fédéral de Washington
© AFP - ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Le monde dans le viseur. L'assaut du Capitole à Washington, le 6 janvier 2021, continue de faire l'actualité aux États-Unis. Steve Bannon, le conseiller de l'ombre de de Trump, est poursuivi pour avoir refusé de témoigner. Un personnage insaisissable, y compris par les photographes spécialisés dans les affaires judiciaires.

On connaît son nom, mais moins son visage. Steve Bannon, le sulfureux conseiller de l'ancien président des États-Unis. Ce personnage trouble, qui a accompagné dans l'ombre la conquête politique de Donald Trump, apparaît presque caché sur une photo captée après une comparution, cette semaine, devant le tribunal de district fédéral de Washington.

Une main anonyme tente de masquer l'objectif. Le cliché, signé Andrew Caballero-Reynolds, donne la sensation d'une photo volée, ne dévoilant qu'incidemment, un visage en haut à gauche.

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Pourtant, il n'en est rien. L'image a été prise ce 15 novembre à Washington, alors que l'ancien conseiller s'apprête à témoigner devant la justice sur les événements qui se sont déroulées le 6 janvier 2021 : la prise d'assaut, par des partisans de Donald Trump, du siège du pouvoir législatif fédéral américain, pendant la session qui devait certifier la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine.

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Elle reflète parfaitement le personnage, à la fois puissant et discret, qui évolue et intrigue dans l'ombre. L'ombre, justement, très présente au premier plan de la photo, qui vient souligner la lumière qui s'invite sur la gauche. Comme un coup de projecteur ciblé sur Bannon, qui apparaît net, en arrière-plan.

Finalement, elle est à l'image du personnage, qu'il est difficile de cerner. Au moment des faits, il n'exerçait aucune fonction officielle. Pourtant, la commission d'enquête le soupçonne d'avoir parlé de la manifestation avec le président dans les jours précédents. Il est entendu pour "entrave aux prérogatives d'enquête du Congrès".

Le contexte et le sens

Techniquement, ce cliché, Patrice Pierrot, photographe tout terrain spécialisé depuis quelques années dans les affaires judiciaires, ne l'aurait pas forcément gardé. "Cette photo de Steve Bannon n'est pas très bonne, estime-t-il. Dans le détail, on perçoit facilement ses défauts." Mais le contexte et le sens l'emportent : "Il s'agit du cliché d'un personnage public, connu et controversé. Il faut dire que l'on voit bien son regard et qu'en plus, Steve Bannon semble regarder l'objectif malgré la main – probablement  la main d'un garde du corps qui ouvre la voie à son client – qui tente de le cacher."

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Et puis Patrice Pierrot, familier des allées des palais de justice notamment de la capitale où défilent personnalités et hommes politiques, reconnaît les spécificités de l'exercice :

La photo de judiciable est particulière. Il faut être à l'affût et être patient.

"Il faut déjà connaître l'heure de convocation de la personne et être sur les lieux bien avant. En général, on sait l'itinéraire qu'elle va prendre pour se rendre dans la salle d'audience." C'est l'information minimale. "Le problème, c'est que plus la personnalité est connue, plus il y a de chances qu'elle soit entourée par des forces de polices ou des agents de sécurité. Si bien qu'à l'arrivée, il faut être très rapide. Ce qui peut avoir une incidence sur le cadrage, plus difficile à gérer."

Notamment quand, ce qui est fréquent, il faut avoir recours à des téléobjectifs. Dans le cas de la photo de Steve Bannon, paradoxalement, c'est la distance par rapport au sujet qui a permis de créer l'effet obtenu.

Une justice pudique

Mais lorsque la pression est moindre, le travail peut être mieux anticipé. "Dernièrement, raconte Patrice Pierrot, j'ai couvert le procès de François Fillon. Comme c'est un procès en appel, qu'il y a moins de journalistes et qu'il se déroule dans l'ancien palais de justice à Paris, j'ai pu prendre mon temps pour saisir cette photo et utiliser une focale plus large." Et capter l'invisible.

Sur l'une des photos que j'ai prises, on voit François Fillon arriver et on distingue Pénélope, son épouse, cachée derrière lui. Elle est assez symbolique du procès, je trouve.

Lors de leur procès en appel, les époux Fillon, le mari occultant sa discrète épouse.
Lors de leur procès en appel, les époux Fillon, le mari occultant sa discrète épouse.
- Patrice Pierrot

Il faut dire que, à la différence du système judiciaire américain, qui expose volontiers aux médias les prévenus ou les audiences, la justice française proscrit les appareils photos et caméras dans ses tribunaux. "Si bien qu'on nous met dans un coin pour suivre les audiences." "Je me souviens pourtant avoir pu prendre des clichés, une fois, [en salle d'audience], poursuit Patrice Pierrot. C'était au procès de Bernard Tapie. Le président du tribunal nous avait permis de photographier non pas le prévenu, mais les piles de dossiers portant son nom. Mais c'est assez rare."

"Sur la photo de Steve Bannon, on voit cette main qui semble vouloir empêcher le photographe de faire son travail." Mais, tempère le photographe, l'obstruction n'est pas la règle :

Les personnalités politiques affrontent volontiers les objectifs. Nicolas Sarkozy, lui, a même l'habitude de faire un petit signe de la main lorsqu'il passe devant vous.

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