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Supprimer le bac ? 150 ans qu'on en parle !

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Epreuves du bac à Nantes en 2003.
Epreuves du bac à Nantes en 2003.
© Getty - Alain Denantes

En 1951, la radio publique diffusait déjà une émission intitulée : "Faut-il supprimer le bac ?" Mais les premières controverses autour d'un diplôme galvaudé et vite potassé remontent au XIXe siècle.

L’an dernier, 87,9% des lycéens qui passaient le bac ont réussi. C’était légèrement moins que l’année précédente, mais c’est énorme quand on se rappelle que le pourcentage de bacheliers n’était que de 12% en 1960. Entre les deux, une dynamique aussi soutenue que constante de massification de l’enseignement non-obligatoire après 16 ans : de 12% en 1960, les jeunes sont devenus 26% en 1980 puis 43,5% en 1990 à avoir le bac en 1990. En bref : la réforme entamée en 1985 par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Education nationale, de mener 80% d’une génération au niveau bac à l’horizon 2000 a atteint son objectif - sur le tard : le seuil est franchi en 2011.

A l’époque, des critiques pointaient quant à la généralisation du diplôme qui donne accès à l’enseignement supérieur. On allait galvauder le baccalauréat hérité (dans sa forme actuelle) de Napoléon Ier, et la démocratisation scolaire entamée à marche forcée, et moyennant la création des filières de bacs techniques, était présentée comme un danger rampant, presque vulgaire.

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Trois décennies plus tard, les débats sur ce bac si trivial qu’il serait désormais cadeau n’ont pas vraiment changé de substance. A ceci près qu’ils ne concernent plus uniquement le bac, mais aussi d’autres diplômes dont Le Grain à moudre, sur France culture, se demandait par exemple récemment s’ils n’étaient pas tout bonnement “inutiles” :

Peut-on se passer de diplômes ?, "Le Grain à moudre" 26/06/2018

39 min

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Pourtant, les débats sur l’inutilité du bac, devenu un symptôme de la baisse générale du niveau, ne datent pas de sa généralisation. Dans les archives de la radio publique, la toute première occurrence remonte à 1951, quand la Tribune de Paris programmait quatre sénateurs au micro d’une émission intitulée “Faut-il supprimer le bac ?” C’était le 21 février et Michel Debré, sénateur à l’époque, venait d’exhorter le gouvernement à réformer profondément le régime du baccalauréat. Dans cette archive, vous entendrez notamment  André Lassagne, sénateur du Rhône, préconiser un examen d'entrée à chaque établissement d'enseignement supérieur. Car, pour cet autre élu de la Haute Vienne, Georges Lamousse, “le bac a perdu sa valeur sociale par le fait qu'il s'est démocratisé” :

"Faut-il supprimer le bac ?" Tribune de Paris, 21/02/1951

18 min

1951 est une date intéressante car à ce moment-là, qui précède de peu la massification de l’enseignement du supérieur, les pouvoirs publics envisagent sérieusement de réformer l’examen de fin du secondaire. Mais ce n’est pas la première fois, loin s’en faut : en épluchant les archives de la presse française comme l’a fait Marina Bellot pour la BNF, on mesure qu’en 1880 par exemple, le bac faisait déjà l’objet de controverses. A l’époque, il ne concernait pourtant guère plus d’1% des jeunes. A l’époque, c’est plutôt l’élitisme de l’examen qui était critiqué, et Jean Macé (qui avait créé la Ligue de l’enseignement en 1966) tonnait dans La Petite République (dans son édition du 30 novembre 1985) : "Placer à l’entrée des carrières publiques un examen purement professionnel, et déblayer le terrain par où on y arrive de cet amas indigeste de connaissances hétérogènes à s’ingurgiter hâtivement, parmi lesquelles le grec et le latin font la pièce de résistance, inabordable aux profanes, c’est une réforme que réclament impérieusement les conditions nouvelles faites à notre société par la République du suffrage universel."

“Amas indigeste de connaissances” vite baffrées ? Ce sera une des lignes d’accusation des pourfendeurs du bachot durant plus d’un demi-siècle, et les prémices d’une vieille antienne consistant à déplorer la faiblesse du niveau des candidats qui abattent des fiches mais n’en sortent pas grandis. Pourtant, malgré quelques velléités - notamment du côté des radicaux de gauche avec un Emile Combes - aucun gouvernement, de gauche comme de droite, ne supprimera le diplôme sur lequel plus de 750 000 candidats ont encore planché pour cette édition 2018.

59 min