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Sur le Rio Grande, au Texas, les clichés de la honte

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Un migrant haïtien traverse le Rio Grande à la frontière mexicain et américaine à la recherche de nourriture
Un migrant haïtien traverse le Rio Grande à la frontière mexicain et américaine à la recherche de nourriture
© AFP - Pedro Pardo

Le monde dans le viseur. Les images ont fait le tour du monde : des émigrés haïtiens brutalement repoussés par la police américaine au Texas, sur la frontière avec le Mexique. Une nouvelle vague migratoire passe dans l'objectif des photographes, entre drame et espoir.

Ils sont des centaines, des milliers de migrants réfugiés, notamment haïtiens, qui tentent leur chance à un point de passage entre le Mexique et les États-Unis, près de la ville de Ciudad Acuña. Autant de personnes totalement désespérées qui cherchent nourriture et refuge des deux côtés de la frontière.

Pour Pierre Terjman, photographe français et co-fondateur de l'association Dysturb, "L'histoire retiendra la photo de ces policiers, qui, du haut de leurs chevaux, fouettent les migrants avec leurs lassos pour les repousser. Tous les autres clichés, aussi beaux soient-ils, ne feront pas les doubles pages des journaux". Et d'ajouter que s'il n'y avait pas eu la photo des policiers sur leurs chevaux, personne ne parlerait de ce qui se passe actuellement à la frontière. "C'est la différence entre un beau cliché, et une photo historique. Et cela tient à rien. Vous pouvez vous trouver côte-à-côte avec un autre photographe au même endroit, au même moment, et le premier aura la photo, et pas le second. Cela m'est déjà arrivé, une fois en Israël."

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Pourtant, de belles photos sur le sujet, il en existe d'autres, comme celle de cet homme qui traverse le fleuve en tenant un sac plastique, le regard tourné en arrière. Image signée Pedro Pardo pour l'AFP. La scène se passe certainement au même endroit, à quelques mètres de la photo historique. Pierre Terjman explique qu'il s'agit vraiment d'une "photo réussie", car "tout y est". "Le cadrage pour une photo prise certainement au ras de l'eau, avec une focale longue, un 70/200 mn. La photo a même peut-être été prise dans l'eau par le photographe."

Elle est très belle, car on a l'impression que toute la vie de cet homme tient dans son sac en plastique noir. Je pense que si j'avais été le photographe, j'aurais cherché le même genre d'image.

Mais ce qui fait sa force aussi, poursuit le photoreporter, c'est le bras de ce migrant qui apparaît à gauche, et cet autre homme à droite, lui aussi avec son sac. "S'il n'y avait pas ces deux éléments la photo n'aurait pas la même dynamique ni la même perspective."

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L'anti-mise en scène

Et le photographe de rappeler les règles déontologiques qui régissent les professionnels, comme l'est Pedro Pardo. Lorsqu'on lui demande si c'est le hasard qui fait que le migrant se retourne pour regarder dans la direction de l'objectif, Pierre Terjman est catégorique :

Il est strictement interdit d'échanger quoi que ce soit avec les personnes que vous prenez en photo. Le journaliste était là au bon endroit et au bon moment.

Un Haïtien traverse lui aussi le Rio Grande avec son T-shirt aux couleurs de l'Amérique en quête de nourriture
Un Haïtien traverse lui aussi le Rio Grande avec son T-shirt aux couleurs de l'Amérique en quête de nourriture
© AFP - Pedro Pardo

Autre photo de Pedro Pardo, celle de cet Haïtien, qui, lui aussi, traverse le fleuve. Cette fois, l'objectif n'est pas le même, il ne s'agit pas d'un zoom. Visiblement, le photographe est lui aussi dans l'eau, tout près. Il traverse le Rio Grande. Ce qui est touchant, c'est de voir son t-shirt qui reprend le drapeau américain avec la statue de la Liberté. Deux symboles forts américains qui ne suffiront toutefois pas pour passer la frontière et rejoindre ce monde tant rêvé.

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