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Surf : un grand monde de petits spots

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Le monde du surf connaît une triste actualité : pour la cinquième fois cette année en Australie, un surfeur a été entièrement dévoré par un requin. La Réunion accumule de troublants records. Alors que l’île était restée vierge de tout incident grave liés aux requins, les squales ont attaqué six fois en neuf mois, et même tué deux fois.

Le double visage du surf est ainsi brutalement rappelé. Les surfeurs sont des hommes de culture, mais ils pratiquent un sport en nature sauvage. Dans cette proximité avec la nature, ils développent tout autant un savoir sportif qu'un savoir scientifique, à bien des égards en écho avec la savoir géographique. Globe trouve là un bonne raison de vous proposer un aperçu des regards que la communauté scientifique porte sur la pratique du surf.

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Vous pouvez réécouter l'émission du 18 juillet 2012 "L'espace des surfeurs" avec Anne-Sophie Sayeux et Guillaume Mariani

**La diffusion du surf dans le monde **
Sport qui se pratique en pleine nature, le surf n'en demeure pas moins une pratique des pays développés très fortement urbanisés.

Il est difficile de connaître le lieu et la date exacte de l’invention du surf. Comme le rappelle Jean-Pierre Augustin, pionnier des travaux de géographie sur le sport, les plus anciennes traces du surf remontent à la fin du XVIIIe quand le capitaine Cook s’arrête dans l’île d’Hawaï. À cette date, la pratique du surf relève du sacré.

Le surf tel que nous le connaissons aujourd’hui mi-sport, mi-contre-culture, est né en Californie au début du XXe siècle.

  • La première diffusion est d’abord très localisée (Californie, Australie, Afrique du sud).
  • Par la suite, le surf connaît une large diffusion (Europe) mais reste en grande partie un privilège des pays développés.
  • La démocratisation de ce sport, le succès de la mode lié au surf a entraîné une saturation de la pratique notamment sur la côte basque et à Malibu. Parallèlement, ce sport a connu rapide diversification de ses formes : bodyboard (palmes aux pieds, on glisse à plat ventre, ou accroupi sur une planche courte) windsurf (planche à voile pratiquée dans les vagues pour y effectuer des figures) paddle surf (technique de surf avec une pagaie) kite-surf (surf à l’aide d’un cerf-volant)
la diffusion du surf dans le monde
la diffusion du surf dans le monde
- J.-P. Augustin

Géographie d'un spot
Le spot , micro-territoire de pratique du surf, est un endroit particulièrement adapté à la pratique du surf. Tout surfeur qui se respecte a son spot. Ce qui ne l'empêche pas de partir à la recherche de nouveaux spots . Alors qu'est-ce qu'un surfeur ? Un sportif ? Un nageur hors-pair ? Un cartographe ? Un courantologue … ? En réalité un peu de tout à la fois. Le but du surfeur est de se trouver au bon moment, au bon endroit. Et pour cela, il a développé un savoir empirique de la mer, de la géomorphologie, de météorologie.

D'après Jonathan Musereau dans son article "vagues à la cartes" (EspaceTemps.net) la particularité des surfeurs est de toujours mettre en perspective le spot avec deux temporalités : le temps éphémère, celui des conditions météorologiques et le temps immuable (à l'échelle du surfeur) de la géographie physique de la côte. De fait, les surfeurs inventent une cartographie dynamique et d'un type nouveau.

Les cartes éphémères
"Chez les initiés, tout commence la plupart du temps par une rumeur : « il paraît qu’un gros swell * [terme anglais pour désigner la houle] va arriver dans quelques jours les gars, faites chauffer la wax ! * » (ndlr : cire pour mieux adhérer à la planche)"

(Jonathan Musereau, "Vagues à la carte.", EspacesTemps.net, Mensuelles, 28.10.2008

"Mais avant de waxer la planche et partir à la conquête de la vague, encore faut-il s’assurer qu’il y aura bien des vagues. Cette question est cruciale, car elle conditionne pour un grand nombre d’amateurs la mise en place d’une logistique pesante : poser un RTT, organiser un covoiturage… Pour s’en assurer, les anciens consultaient la page météo du journal local et le traditionnel bulletin de la météo marine diffusé par Météo-France. C’est désormais via le Web, où les sources sont beaucoup plus variées et les échelles affinées, que la plupart des surfeurs consultent avant leur trip (voyage durant lequel la seule préoccupation est de trouver des vagues)"

(Jonathan Musereau, "Vagues à la carte.", EspacesTemps.net, Mensuelles, 28.10.2008

Sur le web, les surfeurs consultent les cartes isobariques, que les climatologues appellent aussi une Situation Synoptique de Surface. Elles permettent d’établir les caractéristiques du fetch. Le fetch correspond à la distance sur une surface d’eau où un vent souffle sans jamais rencontrer d’obstacle. Plus il est important, plus la houle sera forte et les vagues hautes.

Carte isobarique
Carte isobarique
- surf-report.com

Pour affiner leurs prévisions, les surfeurs consultent les simulations faites par les météorologues afin d’anticiper les déplacements de la houle. Enfin, ils tiennent compte des conditions atmosphériques locales. Un vent de terre (offshore), qui creuse les vagues sera préféré à un vent de mer (onshore).

carte des vagues/carte du vent
carte des vagues/carte du vent

Voici les prévisions pour Guéthary, un spot très connu du pays basque.

prévision Guéthary
prévision Guéthary

Les cartes immuables
Le vrai secret des surfeurs est de connaître l’endroit idéal, la plage qui transformera la houle en vague parfaite. C’est le spot . Les surfeurs distinguent deux grandes familles : les beach break (fond sableux) et les reef break (fond rocheux). Chaque type de spot a ses avantages et ses inconvénients. Le reef break est un spot prévisible : le fond est rocheux donc il ne bouge pas. Le beach break lui est instable, la houle fait bouger le fond et les vagues peuvent devenir moins bonnes.

Chaque type de spot a ses dangers. Une chute dans une reef break à un moment où le tirant d’eau est faible peut causer de graves blessures. Quant aux beach break, les surfeurs y redoutent les baïnes. Ce sont des cuvettes, creusées dans le sable par la houle. Lorsqu’un des bords est cassé par les vagues, toute l’eau contenue dans la cuvette s’échappe et crée subitement un très fort courant qui emporte au large tout surfeur.

Le spot de Fréhel
Le spot de Fréhel

Le "tombolo* implique également une forte diffraction des vagues à l’approche du rivage, obligées de contourner le rocher qui lui sert d’appui et de traverser deux zones d’eau profonde. L’énergie des houles se concentre alors au niveau du tombolo, ce qui provoque un déferlement latéral lent mais aussi très puissant (de type plongeant) de part et d’autre de celui-ci. Cette particularité locale du déferlement, largement induite par le relief (mais dont la genèse est elle-même issue de la présence des houles), est à l’origine de la notoriété du spot de Fréhel"

*Un tombolo est un cordon de sédiment reliant deux étendus terrestres.

(Jonathan Musereau, "Vagues à la carte.", EspacesTemps.net, Mensuelles, 28.10.2008)

Un territoire difficile à partager
Le nombre de surfeurs en France reste limité. Mais les différentes contraintes liées à la pratique du surf (météo, horaire des marées, lieux…) font que ce sport est presque déjà arrivé à saturation. Dans le pays basque, le surf devient impraticable certains jours de l’année tant il y a de surfeurs dans l’eau. La saturation pose un réel problème de partage de l’espace entre les surfeurs (règles de priorités)entre surfeurs et bodyboardeurs. Dans son article « Le surf dans les Petites Antilles : un agent actif des mutations littorales », Corinne Plantin évoque au paragraphe 9 les surfeurs de l'anse Bonneville (Martinique) qui taguent des graffitis hostiles aux bodyboardeurs, censés pratiquer à la Dizac au Diamant et pas ailleurs.

Règles de priorité en surf
Règles de priorité en surf

La saturation des spots pousse les surfeurs à garder secret un spot. Peu de chances qu'un surfeur dévoile sur internet un spot à dix mètres de chez lui. En outre, certains surfeurs excédés par l’affluence de têtes inconnues jouent la carte du localisme. Un surfeur qui a l’habitude de surfer régulièrement un spot depuis plusieurs années sera plus prioritaire face aux nouveaux venus. Il peut arriver que le non respect de cette loi tacite se solde par un combat sur la plage.

Dans les deux cas, l’espace des surfeurs est un véritable territoire, c’est-à-dire un espace approprié qui participe de l’identité du surfeur, voire de l’identité du spot.

La vidéo ci-dessous, traitant la question du localisme, est tirée d'un reportage fait par Riding zone, une émission proposée par France Ô.

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Les hauts lieux du surf
Il ne s’agit pas de spots secrets, mais de spots dont les vagues sont tellement difficiles qu’elles sont réservées aux meilleurs de ce monde. En prenant de telles vagues, les surfeurs acquièrent une certaine notoriété. C’est dans ce sens qu’Anne-Sophie Sayeux utilise le terme de haut-lieu pour parler de certains spots de surf. En voici quelques exemples.

Teahupoo
Teahupoo se trouve à Tahiti en Polynésie française. la houle est brusquement soulevée par la barrière de corail autour de cette petite île au milieu de l’océan pacifique. La vague est un "monstre hydraulique" (a freak of hydrodynamics). Elle soulève tellement d’eau que le tirant d’eau est très petit. De fait une chute peut s'avérer très dangereuse : les coraux sont aiguisés comme des rasoirs.

Teahupoo
Teahupoo
La polynésie française
La polynésie française
- Géoportail
Teahupoo
Teahupoo
- Géoportail

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Hawaï

Hawaï
Hawaï

Jaws (mâchoire) Peahi

Banzaï Pipeline

Banzai Pipeline
Banzai Pipeline

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Pour aller plus loin :
Articles en ligne
Jean-Pierre Augustin, "L'océan, le surf et les territoires de l'éphémère", cafés géographiques , 2009

Jean-Pierre Augustin, "les variations territoriales de la mondialisation du sport", Mappemonde , 1996

Jonathan Musereau, "parcours géographique d'un surfeur breton", cafés géographiques , 2009

Jonathan Musereau, "Vagues à la carte.", EspacesTemps.net, Mensuelles, 28.10.2008

Adolphe Maillot , « « *Sea, sex and sun * » : la sexualité dans la mythologie du surf way of life »,Genre, sexualité & société [En ligne], 3 | Printemps 2010,

Michel Desse, « La plage : reflet des fractures sociales et ethniques aux Antilles »,Études caribéennes [En ligne], 4 | Juillet 2006

Corinne Plantin, « Le surf dans les Petites Antilles : un agent actif des mutations littorales », Études caribéennes [En ligne], 4 | Juillet 2006

Jean-Pierre Augustin, « L’attractivité plurielle d’une station océane : Lacanau-Océan dans le sud-ouest de la France », Téoros [En ligne], 26-2 | 2007

Christophe Guibert, « Politiques de communication et identifications territoriales différenciées : les usages politiques des vagues et de l’univers du surf par les municipalités de la côte Aquitaine », Téoros [En ligne], 25-2 | 2006

Sylvain Lefebvre et Romain Roult, « Les nouveaux territoires du surf dans la ville »,Téoros [En ligne], 28-2 | 2009, mis en ligne le 01 avril 2012

Sur franceculture.fr
Émission du 22 juillet 2009 "Les plages" avec Emmanuelle Peyvel Emmanuel Jaurand

Émission du 2 mars 2011 "les cascades de glace" avec Maurine Montagnat, François Damilano et Luc Moreau.

Billet de Globe du 2 mars 2011 "Quand le sport extrême fait avancer la science !"

Émissionn 2 juillet 2008 à l'occasion des J.O. de Pékin "l'espace sportif : des mondes à part ?" avec Jean-Pierre Augustin et Loïc Ravenel

Émission du 16 juin 2010 "le commerce internrational des joueurs de football" avec Raffaele Poli et Loïc Ravenel

billet de Globe du 16 juin 2010 "le commerce international des joueurs de football"