Susie Morgenstern, reine de la littérature jeunesse

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Susie Morgenstern, reine de la littérature jeunesse

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Alors qu’enfant on lui interdit de lire et qu'on lui répète : "Va dehors prendre l’air !" ou encore "Tu vas devenir aveugle à force de lire !", Susie Morgenstern est devenue une des autrices les plus lues et les plus populaires de la littérature jeunesse.

"C’était très mal vu quand moi j’étais enfant et que je lisais. Enfant, adolescente, je me cachais pour lire. Parce que ma mère trouvait que je n’aurais jamais un mari parce que les hommes n’aiment pas les intellectuelles. Et je crois qu’à chaque génération il y a une désapprobation pour quelque chose. Mes petits enfants c’est YouTube, c’est les séries… Ils ont des fictions, mais pas par la lecture. Alors j’essaie de penser, j’essaie, que lire n’est pas la seule solution, bien que profondément en moi je pense que lire est la seule solution pour ne pas être seul, pour ne pas s’ennuyer, pour vivre d’autres vies…" Susie Morgenstern

55 min

L'enfance libre

Susie Morgenstern porte sur elle son exubérance, comme une enfant qui n’aurait pas grandi. Son enfance d'ailleurs, elle la passe aux États-Unis, dans un "monde de femmes" avec une mère non conformiste qui trouve les hommes "nuls" et cultive la liberté et les grains de folie de ses filles.

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Cette sororité heureuse se retrouve dans ses écrits comme dans  “La famille trop d'filles”, mais le point de départ de sa carrière c'est sa maternité.

Susie Morgenstern : "J’ai toujours écrit, mais l’étape essentielle c’est que je suis devenue mère. Et mes enfants m’ont beaucoup inspirée, alors j’ai appliqué ma passion d’écrire à la littérature jeunesse et j’ai commencé à écrire quand mes enfants étaient tout petits. J’ai continué jusqu’à faire à peu près 160 livres."

Certaines de ses œuvres sont même des best-sellers chez les enfants comme La sixième, un classique de la littérature jeunesse qui a accompagné des générations de pré-ados pleins de craintes à leur entrée au collège.

Son succès, Susie Morgenstern le doit à un principe d’écriture naturel : elle écrit tous les jours et puise son inspiration dans son quotidien.

Couverture de "La sixième", best-seller de Susie Morgenstern écrit en 1985
Couverture de "La sixième", best-seller de Susie Morgenstern écrit en 1985
- Susie Morgenstern / L'école des Loisirs

Susie Morgenstern : "J’ai écrit un livre qui s’appelle 'Le Club des crottes' parce qu'un jour, j’ai mis des chaussures neuves et j’ai pris une crotte. J’ai trouvé ça tellement dégueulasse. Et ça a commencé à monter cette histoire d’enfants qui font un club pour nettoyer leur ville des crottes. Et je me suis amusée avec ce livre. Je ne suis pas un écrivain qui fait des plans. Quand j’ai assez pour écrire la première phrase, je me lance, et petit à petit le livre se construit. Et j’ai toujours hâte de finir pour savoir comment ça va finir."

Une écriture simple et facétieuse

L’autrice cultive la simplicité et le fait d'être étrangère a même aidé dans un premier temps à développer cette fraîcheur qui vient de son écriture.

Susie Morgenstern : "Quand j’ai commencé à écrire, je n’avais pas 50 mots de vocabulaire en français et j'écrivais en français. Au départ, c’était des albums pour mes petits enfants, maintenant c'est plus élaboré."

Autre trait caractéristique de ses œuvres : leur optimisme, malgré des sujets difficiles comme la tristesse, l’abandon, la mort, la Shoah… Son crédo est d’accompagner son lecteur, de ne pas lui lâcher la main.

30 min

Susie Morgenstern : "C’est évident qu’on ne peut pas faire des phrases à la Proust avec des phrases qui continuent pendant neuf pages. Ce dont je suis consciente c’est qu’il ne faut pas ennuyer l’enfant avec des descriptions sans fin. Il faut que ça bouge. Le plus grand tabou c'est l’ennui."

On retrouve dans ses textes l’idée que la lecture, le savoir et la vie sont des cadeaux. Un cadeau qu’elle veut offrir, elle qui a été privée de lecture enfant.

Susie Morgenstern : "C’était très mal vu quand moi j’étais enfant et que je lisais. Enfant, adolescente, je me cachais pour lire. Parce que ma mère trouvait que je n’aurais jamais un mari parce que les hommes n’aiment pas les intellectuelles. Et je crois qu’à chaque génération il y a une désapprobation pour quelque chose. Mes petits enfants c’est YouTube, c’est les séries… Ils ont des fictions, mais pas par la lecture. Alors j’essaie de penser, j’essaie, que lire n’est pas la seule solution, bien que profondément en moi je pense que lire est la seule solution pour ne pas être seul, pour ne pas s’ennuyer, pour vivre d’autres vies…"

L'autrice Susie Morgenstern et ses éternelles lunettes roses
L'autrice Susie Morgenstern et ses éternelles lunettes roses
© AFP