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Svetlana Alexievitch : "Aujourd'hui, le Bien et le Mal se sont mélangés."

Svetlana Alexievitch à Paris en 2003
Svetlana Alexievitch à Paris en 2003
© Sipa - Sel Ahmet

2005. Premier épisode de la série "A voix nue" consacré en 2005 à Svetlana Alexievtich, au micro de Jean- Pierre Thibaudat dix ans avant de se voir décerner le Prix Nobel de littérature en 2015. L'écrivaine biélorusse revient plus particulièrement sur son livre "La guerre n'a pas un visage de femme".

Née en Ukraine et grandie en Biélorussie, Svetlana Alexievitch commence à écrire et est publiée avant la chute de l'URSS. Son livre le plus connu, La Supplication, raconte la catastrophe de Tchernobyl est s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires en France, où il a connu maintes adaptations au théâtre. Cette série d'entretiens "A voix nue" est enregistrée en 2005 alors que son livre Derniers témoins allait paraître aux Presses de la Renaissance. Ce premier entretien de la série porte plus particulièrement sur son ouvrage La guerre n'a pas un visage de femme, longue enquête de sept ans façonné à partir de plus de cinq cents entretiens.

Au moment où elle s'exprime à l'antenne de France Culture, dix ans avant de se voir décerner le Prix Nobel de Littérature 2015, Svetlana Alexievitch s'est installée en France après un premier exil en Italie. Retournée à plusieurs reprises dans son pays d'origine au cours de ces quatre années en occident, elle témoigne d'une dégradation de la situation en termes de libertés publiques.

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"A voix nue" avec Svetlana Alexievitch 1/5 le 14/03/2005

23 min

L'ambiance qui règle est une ambiance de peur et de terreur. Tous les restes d'une vie démocratique et des libertés publiques sont en train d'être éliminés. Même le Pen Club vient d'être fermé. Nombre de mes amis ont été persécutés et battus par la police jusqu'à devenir infirmes […]L'époque actuelle est à mon sens plus terrible que celle des années 80 lorsque j'ai commencé mon travail littéraire parce qu'à l'époque, il était clair où était le bien et où mal. Il était clair, ce qui était bon et digne pour intellectuel, et ce qui était indigne. Il était clair, qui étaient les amis et qui n'étaient pas les amis. Aujourd'hui, sur le plan intellectuel, c'est devenu une soupe. Aujourd'hui, le Bien et le Mal se sont mélangés, les gens sont passés d'un camp à un autre. Pour moi, l'époque actuelle est beaucoup plus compliquée et beaucoup plus terrible au fond.

6 min
  • Première diffusion : 14/03/2005 sur France Culture
  • Producteur : Jean-Pierre Thibaudat
  • Réalisation : Ghislaine David