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Sylvain Prudhomme remporte le prix Femina pour "Par les routes"

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"Par les routes" est le huitième roman de Sylvain Prudhomme.
"Par les routes" est le huitième roman de Sylvain Prudhomme.
© AFP - JOEL SAGET

Le fil culture. C’est le récit d’un auto-stoppeur qui fuit, au hasard, sur les routes de France, narré par Sylvain Prudhomme qui a remporté le prix Femina, ce mardi 5 novembre.

Succédant à Philippe Lançon et Le Lambeau (Gallimard, 2018), Sylvain Prudhomme reçoit le prix Femina pour Par les routes (Gallimard, 2019). Dans ce roman, l'écrivain met en scène un homme d'une quarantaine d'années, qui ne sera désigné autrement que par "l'auto-stoppeur". En couple avec une traductrice nommée Marie et père d'un petit garçon, il fuit pouce levé, au gré de ses envies, sur les routes de France. Ses aventures, c’est par la voix de Sacha, écrivain et ancien ami de l'auto-stoppeur, que le lecteur les découvre.

Son roman a déjà reçu le prix Landerneau des lecteurs en octobre dernier. 

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Invité du Réveil culturel en septembre dernier, Sylvain Prudhomme revenait sur la dimension profondément romanesque de la pratique de l'auto-stop :

L'auto-stop peut paraître d'un autre temps, mais j'avais envie de jeter un personnage donquichottesque sur les routes, un auto-stoppeur de quarante ans. C'est cette idée de s'abandonner au hasard, ne pas savoir si on arrivera, sur qui on va tomber ; l'auto-stoppeur est la métaphore de celui qui s'abandonne à ce qui vient. Sylvain Prudhomme

C'est à travers cette figure toujours en mouvement qu'est le personnage de l'auto-stoppeur, que Sylvain Prudhomme a choisi de peindre les paysages des routes françaises : 

La dimension de description du territoire est importante mais elle n'est pas le sujet, c'est plutôt le décor, et si on a des bribes d'espaces traversés, c'est à travers le prisme de l'auto-stoppeur. Je suis moi-même beaucoup sur les routes, avec des moments forts, hors de chez moi, et l'envie en même temps d'être proche de ceux qui restent. Ces deux personnages, Sacha et le narrateur, incarnent ces deux polarités : une sorte d'idéal d'être au plus près de l'instant présent et de ne pas faire défaut à ceux qui nous sont proches. Sylvain Prudhomme

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Extrait de Par les routes

J’ai retrouvé l’autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l’ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m’avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J’ai frappé à sa porte. J’ai rencontré Marie.

J'ai réalisé qu'il ne se passerait rien. Qu'il n'y avait rien à attendre. Que toujours ainsi les semaines continueraient de passer, que le temps continuerait d'être cette lente succession d'années plus ou moins investies de projets, de désirs, d'enthousiasmes, de soirées plus ou moins vécues. De jours tantôt habités avec intensité, imagination, lumière, des jours pour ainsi dire pleins, comme on dit carton plein devant une cible bien truffée de plombs. Tantôt abandonnés de mauvais gré au soir venu trop tôt. Désertés par excès de fatigue ou de tracas. Perdus. Laissés vierges du moindre enthousiasme, de la moindre récréation, du moindre élan véritable.

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Au micro de Par les temps qui courent, l'écrivain confiait avoir écrit un livre qui traite aussi de ces moments de crises de vie, comme l'âge de la quarantaine, au cours desquels on doute, interroge ses propres désirs et mène son introspection :

Dans ce livre je voulais être au plus près de moi, au plus près des questions qui étaient celles que je me posais à l’âge de la quarantaine, ce milieu de la vie, et j’avais envie que les personnages aient aussi cet âge-là, que je puisse être en chacun d’eux. Je voulais quelque chose d’assez resserré en écoutant avec beaucoup d’attention ce qui passait en chacun d’eux : les incertitudes, les décisions. A chaque fois qu’on écrit, on retourne dans un monde qui est en train de prendre de la consistance et de la vérité, et on se laisse petit à petit emporter.

Ce livre, contrairement à mes livres précédents, est écrit à la première personne, car j’étais fasciné par tous les possibles que renferme cette première personne : on peut à la fois y mettre énormément de soi, mais aussi beaucoup d’inconnu.

1h 01

Le prix Femina Essai attribué à Emmanuelle Lambert pour "Giono, Furioso"

Du côté des essais, le jury du prix Femina a récompensé cette année l’écrivaine et commissaire d'exposition littéraires Emmanuelle Lambert  pour Giono Furioso (Stock, 2019). Dans cette étude quasiment biographique, elle rend hommage à Jean Giono, figure littéraire étudiée du collège à l'université, auteur d’une œuvre abondante : Le Hussard sur le  toit, Un roi sans divertissement, Colline... Cherchant à dépasser l’image patrimoniale de l’écrivain provençal, Emmanuelle Lambert révèle un poète sombre, tourmenté, profondément marqué par la Première Guerre mondiale.

Invitée de La Grande tablele mois dernier, Emmanuelle Lambert revenait sur l'élaboration de ce portrait intime et "furieux" de Jean Giono :

Le Giono que nous lisons et dont nous parlons aujourd’hui est né dans la  tranchée. Ce que j'appelle "Le Furieux" est cet homme animé d'une  rage de vivre malgré tout : malgré la peur, malgré le délire, malgré  les visions qui l'assaillaient sans cesse. (...) Voilà la clé : comprendre comment cette sensibilité, à la fois intuitive puis cultivée par ses lectures, fait feu de tout bois de tout ce qui  l'entoure, le digère, le macère et le recrache dans quelque chose qui  ait du style et de la poésie.

En savoir plus : Giono, le midi en partage
27 min