Sylvia Plath, poétesse au génie opprimé

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Sylvia Plath, poétesse féministe au génie opprimé

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Elle a su mieux que personne décrire l'oppression patriarcale subie par les femmes américaines des années 1950. Son œuvre, sa vie et son suicide à 30 ans continuent de fasciner à travers le monde. Voici l’histoire de Sylvia Plath, poétesse tragique et génie de l’écriture.

Poétesse, romancière, écrivaine, Sylvia Plath a produit plusieurs œuvres magistrales dans sa courte vie, faisant d'elle une des poétesses américaines les plus connues du XXe siècle. Cette vie d'artiste torturée nous est racontée par Taïna Tuhkunen, autrice de la biographie Sylvia Plath, une écriture embryonnaire ( L'Harmattan, 2007). 

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Une enfant précoce

Sylvia Plath naît à Boston en 1932, dans une famille d’universitaires. À 4 ans elle sait lire, à 8 elle écrit son premier poème. Elle est qualifiée d’enfant prodige et précoce. Elle a tout pour réussir mais son monde s’écroule quand son père meurt.  

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Sa mère continue d’entretenir son goût pour l’écriture en lui offrant à chaque noël un journal intime, journal qu’elle tiendra jusqu’à la fin de  sa vie.  

À réécouter : Le livre à venir de Sylvia Plath

Taïna Tuhkunen : "Elle confia à cet objet, devenu un véritable compagnon sans lequel il semblait impossible de vivre, qu’elle passait sa vie à écrire. Je cite : " J’écris pour une seule raison, il y a en moi une voix qui refuse de se taire"."

C’est décidé elle sera écrivaine. Elle veut égaler, voire dépasser Virginia Woolf.

Une jeunesse loin de l'insouciance

À 20 ans, après deux années d’études intensives, elle suffoque prise entre le conformisme qu’on attend des jeunes filles de son époque et son envie de liberté, son ambition d’écrivaine. Elle plonge dans une profonde dépression, tente de se suicider.

Sylvia Plath est internée pendant cinq mois en hôpital psychiatrique où elle subit des électrochocs.

Cet épisode est la trame du roman qu’elle écrira dix ans plus tard, La Cloche de détresse, son chef-d’œuvre, nous plonge dans un sujet tabou : la dépression. Elle décrit comme personne l’oppression vécue par les femmes des années 1950.

La cloche de détresse est l'unique roman de Sylvia Plath
La cloche de détresse est l'unique roman de Sylvia Plath

Je serai toujours prisonnière de cette même cloche de verre, je mijoterai toujours dans le même air vicié.              
La Cloche de détresse, 1962 

À 23 ans, elle reprend brillamment ses études, s’installe en Angleterre, écrit de la poésie.  

Taïna Tuhkunen : "Plath ne cessa d’expérimenter, de tester, de croiser, qu’il s’agisse d’éléments poétiques, autobiographiques, romanesques, picturaux, y compris pour renouveler les codes par la parodie. Autrement dit, il y a beaucoup de jeux, beaucoup de mobilité et de mouvements chez Plath et tout cela rend ses textes étonnamment vivants, malgré et en dépit des morbidités et grotesqueries très présents chez Plath."

Elle rencontre le poète Ted Hughes avec qui elle connaît la passion amoureuse. Mais elle se conforme petit à petit à ce que la société attend d’une jeune femme :  elle se marie avec Ted, devient mère, se charge les tâches domestiques et s'occupe même de dactylographier les textes de son époux, de gérer son courrier… Elle écrit de moins en moins.

Une femme opprimée

À 29 ans, elle découvre l'infidélité de son mari et le quitte . Elle est alors prise d’une frénésie d’écriture pendant cinq mois,  une sorte de transe poétique .

J'ai fabriqué un modèle de toi,              
un homme en noir aux yeux MeinKampf ( ... )

Si j'ai tué un homme, j'en ai tué deux              
Le vampire qui disait être toi              
Et qui a bu mon sang pendant un an              
Sept ans si tu veux savoir.              
Papa, tu peux te recoucher maintenant.              
Daddy, octobre 1962

Elle écrit l’essentiel de son œuvre pendant cette période dont son unique roman avant de mettre fin à ses jours, la tête dans le four de sa cuisine.

Elle a une façon de refuser le compromis vis-à-vis d’elle, de ne pas s’éloigner d’elle-même et d’ailleurs on peut dire qu’elle en meurt.                
Caroline Seyrig, comédienne et interprète de Sylvia Plath en 1984

La tombe de Sylvia Plath est devenue un lieu de commémoration pour ces admirateurs
La tombe de Sylvia Plath est devenue un lieu de commémoration pour ces admirateurs
© Getty

Devenue une icône du féminisme, dès les années 1960 l’écrivaine a fait progresser le genre de l'autofiction et de la poésie confessionnelle  

Taïna Tuhkunen : "Je dirais que l’œuvre de Sylvia Plath reste moderne et novatrice surtout par son caractère dénonciateur et iconoclaste. Presque cubiste. Mais tout se passe comme si ses textes nous encourageaient, nous incitaient surtout et avant tout à poursuivre notre lecture pour outrepasser codes, clichés et conventions et en faire autre chose évidemment." 

Ma vie ne sera pas vécue tant qu'il n'y aura pas des livres et des histoires qui la feront revivre éternellement.
Sylvia Plath, journaux intimes.