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Syrie : pourquoi la ville de Palmyre est si importante ?

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Les combattants de l’Etat Islamique ont pris le contrôle total de la ville syrienne de Palmyre, à 215 kilomètres au nord-est de Damas. La ville, qui abrite une cité antique, est un enjeu stratégique et symbolique pour les djihadistes de l’EI.

Daech prend Palmyre
Daech prend Palmyre

Enjeu militaire
En prenant Palmyre, au centre du pays, l’Etat Islamique occupe désormais une vaste zone à cheval sur la Syrie et l’Irak. Coté Syrien, l’EI contrôle 50% du territoire selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH). A savoir la moitié Est du pays, limitrophe avec l’Irak. Au-delà de la frontière irakienne, on trouve la vaste région désertique d’Al-Anbar, elle aussi occupée, majoritairement, par les combattants de l’EI, notamment depuis la prise de Ramadi.

Panneau à Palmyre, en Syrie, le 19 mai 2015
Panneau à Palmyre, en Syrie, le 19 mai 2015
© Reuters - Stringer

En Syrie, depuis Palmyre et vers le sud-ouest, il n’y a désormais plus de villes importantes, et donc d’obstacles, en direction de Damas. Vers l’ouest, la ville de Homs, où les rebelles syriens (n’appartenant pas à l’EI) sont engagés dans des combats contre l’armée syrienne de Bachar al-Assad, n’est qu’à 150 kilomètres.

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L’offensive des djihadistes a démarré le 13 mai. Les combattants de l'État Islamique avaient été repoussés une première fois en dehors de la ville, samedi 16 mai. Avant finalement d’en prendre le contrôle mercredi 20 mai. Selon l’OSDH, la bataille a fait au moins 462 morts. Il y aurait eu 150 djihadistes et 241 militaires du régime tués. Ainsi que 71 civils, dont la majorité exécutée par l’EI.

Suite aux combats et au retrait des troupes de l’armée syrienne, Daech a mis la main sur l’aéroport militaire, des casernes, des dépôts d’armes et de munitions.

Le récit de notre correspondant Beyrouth, Omar Ouahmane :

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54 sec

L'analyse géopolitique d'Hubert Védrine ce vendredi matin :

Le monde selon Hubert Védrine

5 min

Regardez aussi "Les Matins" de ce vendredi avec Gilles Kepel, politologue et spécialiste de l'islam et du monde arabe, et Claude Guibal, chef de notre service international. Pour une grande question : "Après Palmyre, Damas ?" :

Enjeu symbolique
Les combattants de l’État ont également pris le contrôle de la prison de Palmyre, symbole de la répression des opposants, et notamment des islamistes, par Bachar al-Assad et avant lui par son père.

Une zone de non-droit, où les détenus étaient torturés, affamés et parfois exécutés.

En 1980, après un coup d’État raté contre sa personne, Hafez al-Assad avait fait exécuter un millier de prisonniers en une nuit.

Longtemps fermée, la prison avait été rouverte en 2012 pour y emprisonner les opposants après le début du soulèvement populaire en 2011.

Avant les combats des derniers jours la prison aurait été vidée et les prisonniers transférés par les militaires syriens.

Les précisions de Claude Guibal :

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1 min

Enjeu culturel
Palmyre est mondialement connu pour son site antique unique, et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Écoutez d'ailleurs dans une émission de Michel Cazenave de 1983 la richesse de ce qui fut l'un des plus importants foyers culturels du monde antique ! Un entretien avec Adnan Bounni, directeur en chef du service des fouilles archéologiques de Syrie etconsidéré comme le père de l’archéologie syrienne :

Documentaire d'été - Survol de la Syrie, 5 : Le destin de Palmyre

30 min

L’arrivée des djihadistes dans la ville inspire donc les pires inquiétudes aux historiens et aux responsables de l’UNESCO.

Le mois dernier, les combattants de l’EI avaient d'ailleurs déjà détruit les sites de Hatra et de Nimroud en Irak.

Réécoutez le Journal de la Culture : « La cité antique de Palmyre attaquée par l'Etat islamique en Syrie » (à partir de 1'30) :

Le journal de la culture par Zoé Sfez

8 min

La cité antique de Palmyre
La cité antique de Palmyre

En réalité, le site a déjà connu plusieurs destructions dès 2012 lors de l’installation des troupes de Bachar al-Assad. Il est question en partie de « destructions massives » selon Cheikhmous Ali docteur en archéologie du Proche-Orient ancien et président de l’association pour la protection de l’archéologie syrienne :

L’armée syrienne a creusé des tunnels, ouvert des routes au milieu de la zone archéologique, installé des armements lourds comme des chars et des camions. Il y a également « des snipers au milieu des sites, à coté des monuments historiques.

Et de rajouter :

Parce que creuser des tunnels, ou même de tracer une route au milieu de la zone archéologique, c'est-à-dire plusieurs couches archéologiques sont perdues. Et à ce moment là, une partie des informations magistrales ont été perdues pour toujours.

Le reportage de Mariam El Kurdi :

Écouter

1 min

Enjeu économique
En prenant le contrôle de Palmyre et de ses environs, l’EI s’est emparé par la même occasion des champs gaziers d'Al-Hél à 40 kilomètres de la ville, et deuxième plus important gisement de Syrie après celui de Chaer contrôlé par le régime, dans la province de Homs.

Les djihadistes contrôlent également les champs d'Arak à 25 kilomètres au nord-est de Palmyre. Les deux sites permettaient au régime syrien d’alimenter en électricité les régions sous son contrôle.

Reste à savoir dans quelle mesure Daech est en mesure d’exploiter ces gisements de gaz et d’en tirer profit.