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Tarkovski , Babouillec et ...

Par
Vent Clair
Vent Clair
© Radio France - René Mayer Cohen

#JulieBertuccelli #Racloir #NusratFatehAliKhan #AndreïTarkovski #FranckVigroux #Racloir #AlexisForestier #Aline Penitot #pacotilleuses #Babouillec #EdouardGlissant

Un chemin à l’orée de la forêt, sous un ciel pâle de printemps. Au milieu du bruissement des branches et des respirations mêlées, une silhouette s’engage sur l’étroit passage. Le sous-bois est humide, la terre molle. La silhouette trébuche, mais ne tombe pas. On se précipite à son secours, mais elle n’a besoin de personne. Elle se cramponne à sa ceinture, une grande bouée en caoutchouc gonflable, noire à motifs de pneus. C’est son fétiche, son mandala, la roue qui la conduit sur le chemin de la vie. Une route sinueuse, jonchée d’obstacles. Mais la jeune fille, téméraire, ne renonce pas. Elle sait où elle va. Elle affronte l’existence, ce long parcours tortueux à la rencontre de la société des hommes.

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Telle est la première image, sublime, qui ouvre le film de Julie Bertuccelli, Dernières nouvelles du cosmos. A travers le portrait passionné de Babouillec, jeune auteur autiste à l’écriture fulgurante, la réalisatrice signe, plus qu’un documentaire, un film bouleversant, une quête obstinée de la liberté, une magnifique leçon de vie. Avec un talent de funambule, toujours sur le fil entre la normalité et l’autre côté du miroir, Julie Bertuccelli porte un regard plein de tendresse sur Hélène, un être qui trébuche avec son corps, mais jongle avec les mots avec une lucidité exceptionnelle.

Dernières nouvelles du cosmos
Dernières nouvelles du cosmos
- julie Bertttttuccelli

Hélène a trente ans. Un tempérament de femme dans un corps d’adolescente. Elle est une « sans-paroles », une enfant autiste que sa mère, Véronique, accompagne sur le long chemin des apprentissages, depuis quinze ans. Un dévouement amoureux et maternel, que l’on devine parfois difficile et décourageant, mais, toujours, à chaque instant, aussi patient qu’exigeant. Douée d’une intelligence rare, Hélène a appris à lire et à écrire toute seule. Les mots qu’elle ne parvient pas à prononcer, elle les écrit, obstinément, en les épelant, lettre après lettre, à l’aide d’un abécédaire en carton, son échiquier de mots qu’elle emmène partout. Son « cornichon de cerveau », comme elle le désigne, lui inspire d’extraordinaires aphorismes, à la fois pertinents et graves, mais aussi pleins d’humour et d’autodérision, sur la vie et ses combats, la place de l’art et de l’imaginaire dans notre société cloisonnée, sclérosée, prisonnière des conformismes.

Longtemps prisonnière de son corps, Hélène a découvert, récemment, « la sensation d’avoir des pieds »; et peut-être, grâce à eux, la conscience d’un enracinement, d’une proximité profonde avec le mystère de la vie. A l’autre extrémité de son corps, elle voit ses mains « comme des ombres grises devant ses yeux »; ses mains qui expriment par gestes ce qu’elle ne peut encore proférer par le langage. Elles jettent au loin un livre, caressent amoureusement les chevaux, enlacent sa bouée de caoutchouc, saisissent avec gourmandise des rondelles de saucisson. Ses mains qu’elle mord, parfois, rageusement, en signe de protestation, lorsque l’on fait intrusion trop brutalement dans son univers. Ses mains qui frappent aussi son corps, avec violence, lorsque la musique la met en transe.

« La caméra me sourit d’un oeil guoguenard », écrit Hélène avec malice. Et, en effet, la caméra de Julie Bertuccelli se pose avec délicatesse sur la jeune fille, qu’elle accompagne dans son quotidien. Pendant un an, elle filme sa rencontre avec le comédien Pierre Meunier et son équipe, jusqu’à la création du spectacle Forbidden di Sporgersi à Avignon, l’été dernier. Ce spectacle magique à la force onirique, est adapté d’un texte de Babouillec, qui s’intitule Algorithmes éponymes.

De la scène à la vie, arpentant les chemins de traverse, Julie Bertuccelli réussit un équilibre subtil, sensible et poétique, entre les mots et les images. Derrière la caméra, elle est cette autre « Sans paroles », cet oeil buñuelien qui capte merveilleusement les silences, et les reflets du monde trop bavard, sur le visage mystérieux, mutique et mystique, de Babouillec. Blanc et lumineux comme un écran de cinéma, son visage est la lanterne magique de la conscience, où scintille un regard profond et pétillant, d’un noir d’encre.Estelle Gapp, 8 juin 2016.

La langue
La langue
© Radio France - Diane Merli

Que ces perturbations soient vocales, rythmiques, poétiques, physiologiques ou émotionnelles. Tous ces défauts d’élocution qui mettent la langue en état de boom proche du krach et dérangent. Toutes ces résistances à une forme de communication normée, qui perforent la langue : le bégaiement, la dyslexie, la logorrhée, l’autisme, la respiration parasitée…Comment dire quand on ne peut pas ou trop dire ?Tendre l’oreille pour faire fuir la langue, la laisser filer sur une ligne de sorcière, la mettre en déséquilibre, la faire bifurquer et varier dans chacun de ses termes.Faire crier, bégayer, balbutier, murmurer la langue en elle-même. Lise-Marie Barré et Annabelle Brouard qui avaient rencontré Babouillec

** " T'es tu déjà battu avec un Ange, Jacob" Andreï Tarkovski

VENT CLAIR,un film-fantôme sonore le 18 novembre studio 105

Tarkovsky
Tarkovsky
- vimeo

A la fin du XIXème siècle, à l'intérieur d'un monastère carmélitain, un jeune novice est en proie au doute et quête l'envol ...

Avec Richard Bohringer, Benoît Magimel, Stanislas Merhar, Zacharie Chasseriaud ...

Musique originale : Evgueni Galperine

Réservation gratuite

Cinéma
Cinéma
© Radio France - Radio france

Diffusion sur France Culture, le jeudi 1er décembre 2016 à 23h

par Franck Vigroux et Alexis Forestier

L'ANGE DE L'HISTOIRE

(…) «Angelus Novus ». (…) un ange qui semble sur le point de s’éloigner

de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa

bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler

l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous

apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique

catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à

ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce

qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise

dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette

tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos,

tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette

tempête est ce que nous appelons le progrès.

W. Benjamin

Racloir
Racloir
© Radio France - Gregory Robin

**** et encore Nusrat Fateh Ali Khan

Le 5 novembre 1985 Nusrat se produit à Lille " un événement" titre la Voix du Nord, le 6 novembre 1985, Ocora réalise un enregistrement en studio, 2 jours avant que le chanteur ne se produise pour la première fois au théâtre de la ville les 8, 10 et 11 novembre dans une ambiance de folie : les spectateurs issus de la communauté du sous-continent jettent des billets de banque et poussent des cris de joie. En mémoire de cet événement, du 2 au 4 novembre 1995, le théâtre de la ville célèbre ces concerts historiques. Il était programmé du 27 au 31 octobre 1997 mais Nusrat meurt en août ! Michel Pomarède

*****enfin les pacotilleuses d'Aline Penitot

Vous ne connaissez pas les pacotilleuses. Elles désobstruent les embouchures des Eaux, pour occuper les trottoirs avec ce limon qu'elles ont fouillé.

Elles vont d'île en île, comme les Arawaks ou les Caraïbes du temps longtemps, mais évidemment elles sont plus bougeantes, charroyant d'énormes monceaux de marchandises (…) et voyez, c'est tout comme les capharnaüms de Barbes à Paris ou de Harlem à New York.

Que font les pacotilleuses ? Elles tissent la Caraïbe, les Amériques, elles encombrent les avions de cette pagaille de cartons et de paquets, elles résistent au mépris des hôtesses de l'air (...). Elles relient la vie à la vie, par-delà ce que vous voyez, les radios portables de Miami et les peintures à la chaîne de Port-au-Prince, les couis ornés de San Juan et les colliers rastas de Kingston, elles transportent l’air et les commérages, le manger comme les préjugés, le beau soleil et les cyclones. Mais elles ne se croient pas mission. Elles sont la Relation.

Tout monde, Édouard Glissant

même quand la déveine
même quand la déveine
© Radio France - Aline Penitot