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Tchétchénie : vingt ans après la guerre, un Etat dans l’Etat

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Ramzan Kadyrov a été placé à la tête de la Tchétchénie par Vladimir Poutine en 2007
Ramzan Kadyrov a été placé à la tête de la Tchétchénie par Vladimir Poutine en 2007
© AFP - Said Tsarnaev

Début octobre 1999, l’armée russe tente de reprendre dans la violence le contrôle de la Tchétchénie, faisant des centaines de milliers de morts. Aujourd’hui, cette région est dirigée par un président tout-puissant, adoubé par Vladimir Poutine : Ramzan Kadyrov.

C’était en octobre 1999. L’armée russe entame une vaste opération militaire pour reprendre le contrôle de la Tchétchénie. Entre 100 000 et 300 000 civils sont tués. Deux décennies plus tard, cette république musulmane vit sous le régime ultra-autoritaire de Ramzan Kadyrov, figure indissociable du pouvoir de Vladimir Poutine.

Car c’est le président russe en personne qui place Ramzan Kadyrov à la tête de la Tchétchénie en février 2007. Après un court intérim de deux semaines, Ramzan Kadyrov devient Président et s’installe de façon permanente à Grozny. En Russie, tout le monde savait que Kadyrov monterait vite en grade car le courant passe très bien entre lui et Vladimir Poutine. 

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Le soldat de Poutine

Depuis ce jour, le tandem Poutine-Kadyrov avance au rythme des soutiens financiers de l’Etat fédéral qui engloutit en moyenne un milliard d’euros par an. Cet argent est d’abord destiné à la reconstruction nécessaire de la capitale, mais également au fonctionnement de la région toute entière. 

Lorsqu’un conflit d’intérêt survient, seul Vladimir Poutine est en situation de l’arbitrer. En 2017-2018 par exemple, Kadyrov se confronte à Igor Setchine, patron du tout puissant consortium pétrolier Rosneft. Le Président de la Tchétchénie réclame les rênes d’une des deux entreprises pétrolières de Rosneft situées dans sa région. Après un long bras de fer, Vladimir Poutine tranche en faveur de Ramzan Kadyrov et ordonne le transfert. 

Vladimir Poutine et Kamzan Kadyrov lors d'une réunion en juin 2018
Vladimir Poutine et Kamzan Kadyrov lors d'une réunion en juin 2018
© AFP - Alexei Druzhinin

Rien ne résiste au maître de Grozny qui semble avoir lié son sort à celui de Vladimir Poutine, comme l’explique Alexei Malashenko, directeur du centre de recherche sur le dialogue des civilisations à Moscou, et auteur notamment d’un livre-portait sur Kadyrov (Editions Keruss 2011). "Poutine et Kadyrov ont besoin l’un de l’autre", confie Alexei Malashenko, "à tel point qu’aujourd’hui, il est devenu impossible de remplacer Kadyrov qui se définit lui-même comme un 'soldat de Vladimir Poutine'. Les deux hommes veulent contrôler toute la société". 

Pour Alexei Malashenko, le président tchétchène utilise l’islam "comme un instrument politique de contrôle de la société", et de répression. Il l’utilise comme un élément de légitimation de son pouvoir personnel.  Sur ce point, "la Tchétchénie de Kadyrov est une exception en Russie", poursuit le directeur.

A Grozny, les gens ont peur de parler.

Même la pression internationale née des atteintes aux droits de l’homme, et notamment liées aux accusations de crimes d’honneur et de tortures contre les gays et lesbiennes en Tchétchénie, particulièrement au cours de l’année 2017, n’a pas réussi à fissurer la relation Poutine-Kadyrov. 

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Aujourd’hui, suivant les points de vue, la société tchétchène admire ou craint son chef. C’est la seconde attitude qui semble la plus fréquente pour Tanyia Lokshina, directrice associée à Moscou de l’organisation Human Rights Watch : 

Quand tu arrives à Grozny, tout est beau. Les mosquées sont magnifiques. Il y a des boutiques partout. Mais c’est une illusion. Les gens sont moins libres de parler qu’il y a vingt ans à l’époque de la guerre. Parce que si tu critiques le pouvoir de Kadyrov aujourd’hui, ce n’est pas seulement toi qui va être inquiété, mais aussi toute ta famille.

Tanyia Lokshina, directrice associée à Moscou de l’organisation Human Rights Watch

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Tanyia Lokshina explique encore qu’il lui est de plus en plus difficile de recueillir des témoignages en Tchétchénie. Un peu comme si, dans les rangs des opposants tout au moins, le silence prédominait désormais, en attendant une hypothétique chute du maître.