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Terrorisme et prise d'otages

Joueurs / Mao II / Les Noms de Julien Gosselin au festival d'Avignon 2018
Joueurs / Mao II / Les Noms de Julien Gosselin au festival d'Avignon 2018
© Maxppp - PHOTOPQR/LE DAUPHINE/MAXPPP

Avignon 2018. Avignon, la Fabrica. Julien Gosselin adapte et met en scène trois romans de l’écrivain Don De Lillo dans une trilogie intitulée : Joueurs/Mao II /Les Noms. Une représentation sans concession sur fond de terrorisme politique. Durée : 10 h. Constat : le preneur d’otages n’est pas celui qu’on croit.

Julien Gosselin dit vouloir créer des chocs esthétiques pour sortir le spectateur de sa zone de confort. La plupart du temps, cet artiste doué, radical, fracassant, survolté, inspiré parvient sans problème à ses fins. Pourtant, il semble rater cette fois sa cible. Pourquoi ? Sans doute parce que le terrorisme, qui sous-tend l’œuvre du romancier, et dont on pensait qu’il serait le sujet premier du spectacle est bien au coeur de la représentation mais pas comme on le supposait. Certes il est question de luttes armées et de rébellions clandestines, il est question du terrorisme politique comme d’une nébuleuse incertaine dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. 

Flots de vidéos

Mais le vrai terrorisme, celui qu’interroge le metteur en scène c’est celui de l’image qui domine le théâtre au point de le prendre totalement en otage. C’est pourquoi les acteurs sont filmés. Et non seulement filmés mais invisibles aux regards pendant la majeure partie du spectacle. On ne les voit que sur un écran vidéo surdimensionné qui les montre en travelling, en gros plan, égarés dans la foule ou serrés de très près. La forme est magistrale mais ces flots de vidéos réalisées en live finissent par saturer le regard. Alors Julien Gosselin fait volte face. Au bout de 9 heures, il expose un acteur assis seul à sa table et il le fait parler dans un long monologue de plus de 30 minutes. Puis tous les comédiens viennent jouer une transe collective qui elle aussi se prolonge et s’étire. C’est beau mais c’est trop tard. On a, de notre côté, couru derrière trop de lièvres et  suivi trop de pistes qui n’étaient que des leurres. On est fatigués, égarés, perdus et pour tout dire, on n’en peut plus du diktat de l’image. Alors le doute nous gagne et il est colossal. Et si Julien Gosselin, mine de rien, nous avait bel et bien sorti de notre zone de confort ? 

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%C3%A0%20r%C3%A9%C3%A9couter : la%20chronique%20dans%20le%20Journal%20de%2018h%20du%208%20juillet