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“Testament numérique” : que deviennent nos données après notre mort ?

Hommage à Steve Jobs le 6 octobre 2011 à Tokyo
Hommage à Steve Jobs le 6 octobre 2011 à Tokyo
© Reuters - Yuriko Nakao

Que se passe-t-il sur les internets quand on meurt ? Continue-t-on à exister sur les réseaux sociaux ? Comment fermer ces comptes ? Faut-il faire un testament numérique ?

Réseaux sociaux et décès

Avez-vous déjà fait la curieuse expérience d’aller sur le mur Facebook d’une personne décédée ? C’est un exercice curieux car les murs Facebook peuvent devenir des lieux de commémoration ; parfois, au contraire, rien ne s’y passe comme si la personne continuait à vivre ; on continue à vous inciter à fêter l’anniversaire des morts ou à fêter votre amitié avec eux.

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Sur Facebook et les autres réseaux sociaux, on continue à vivre lorsqu’on est mort — et c’est bien le débat. Il peut être surprenant de voir que la communauté qui compose les amis Facebook de la personne décédée peut continuer à s’animer autour de lui après sa mort…

On voit parfois également des messages des proches qui viennent diffuser de véritables informations sur ce mur comme la date et le lieu des obsèques par exemple. Or, sans prendre la main sur le compte du défunt, comment diffuser correctement ces informations sur les réseaux sociaux ?

Tous nos comptes sur les réseaux sociaux sont protégés par des mots de passe strictement personnels. En cas de décès, il est rare que les proches du disparu ait accès à ces comptes. Et qu’aurait voulu faire le mort : que l’on ferme son compte ou qu’on le laisse en vie ?

Exister sur les réseaux sociaux après notre mort

Maël Renouard dans son ouvrage Fragments d’une mémoire infinie (Grasset, 2016), prend l’exemple d’un blog pour expliquer qu’après le décès de son auteur, des articles programmés pourraient être mis en ligne ou quelqu’un d’autre pourrait prendre sa place et continuer à publier comme si de rien n’était. Les visiteurs du blog ne connaissant pas personnellement le blogueur initial. Ils ne peuvent être au courant de son décès.

Cette vidéo de l’UFC-Que Choisir explique comment paramétrer ses comptes sur Facebook, Twitter et Google pour décider de ce que deviendront vos données en cas de décès ou d’”inactivité” comme on le dit chez Google. Sur Facebook on peut désigner parmi ses amis un légataire qui pourra prendre la main sur votre compte en cas de décès.

Faut-il faire un testament numérique ?

Il faut se méfier du terme “testament numérique (ou digital)” qui peut désigner à la fois la partie du testament qui concerne les données numériques et aussi le fait de faire un testament en ligne. Dans le premier cas, cela pose des problèmes de transmission des données et des différents comptes d’un défunt : que se passe-t-il pour sa bibliothèque Kindle ou iTunes, ses bitcoins et noms de domaines ? Il est nécessaire de prévoir, de son vivant, ce que deviendront ces données. Dans le second cas, on est plutôt dans l’ordre juridique car tous ces testaments sur des supports numériques posent la question de leur reconnaissance légale.

Aujourd’hui les testaments dit “olographes” ne nécessitent pas l’intervention d’un notaire ce qui permet de réduire les coûts mais il est tout de même conseillé de faire conserver son testament par un notaire. Ce qui est intéressant avec le testament numérique c’est qu’on peut s’affranchir du stockage physique du testament puisqu’il peut être mis en ligne et diffusé seulement lorsque les proches déclarent le décès.

L’avantage du testament numérique : il évite que les proches du défunt se retrouvent avec un accès à ses données numériques sans avoir aucune directive pour les utiliser. Faut-il supprimer les comptes ou diffuser des informations ? Est-ce qu’il y a des informations importantes à récupérer dans les mails ? Toutes choses qui peuvent être précisées dans le testament numérique.

Ici vous trouverez plusieurs témoignages qui montrent la pertinence et les risques autour de la transmissions des données numériques. Certains recommandent par exemple de stocker ses fichiers sur des disques physiques pour qu’il soit plus facile d’y accéder que sur le cloud. D’autres proposent d’utiliser des outils de gestion de mots de passe afin que vos proches puissent accéder à tous vos comptes en cas de problème.

Que dit la loi ?

Le droit à la “mort numérique” permet à toute personne d’organiser les conditions de conservation et de communication de ses données après son décès.

Le projet de loi pour une République numérique d’Axelle Lemaire, est actuellement discuté en commission mixte paritaire : cette loi légifère sur la mort numérique. L’un des débats qui oppose le Sénat et l’Assemblée Nationale ce sont les cas d’absence de testament numérique. Le Sénat voudrait que les héritiers récupèrent les données personnelles et soient libres de leur utilisation (comme c’est déjà le cas pour les biens physiques). A l’’Assemblée on voudrait en revanche que les héritiers puissent seulement récupérer une partie limitée des données, le reste devant faire partie du droit à l’oubli du défunt.

Cet article parle de la situation au États-Unis et on voit quelles mises en garde doivent être malgré tout envisagées, notamment quant à la valeur d’un testament numérique.

En Grande-Bretagne, nombreux sont ceux qui choisissent de réaliser leur testament sous forme de vidéos où ils expliquent leurs dernières volontés. Mais la vidéo n’a pas la même valeur juridique qu’un papier signé devant témoins. L’auteur de l’article met également en garde sur le format de sauvegarde de la vidéo. Si on trouve des testaments en VHS dans quelques années, cela pourrait poser des problèmes techniques…

Il existe même des applications pour donner vos dernières volontés comme vous pouvez le voir sur la photo de gauche avec l’exemple de “Last Will”.

En fin de compte, on voit que derrière cette question en apparence futile — que devient votre compte Facebook après votre mort — apparaissent des problèmes éthiques autrement plus important.

David Lavaud

Cet article en complément de l’Alphabet Numérique de Soft Power sur le thème "Testament numérique", à retrouver ici