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The Great 208

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30 décembre 1992. La dernière émission d’une station de radio légendaire, Radio Luxembourg. L’animateur remercie tous ceux qui ont été fideles à la station tout au long de ses 59 ans d’existence et souhaite que la radio continue à vivre…mais à travers les souvenirs des gens. 18 ans après on peut constater que cette mémoire est très visible et même audible, grâce à internet. Des nombreux sites sont dédies désormais a cette radio pionnière.

La diffusion des émissions en langue anglaise par le radio de la Grande Duché commence en 1933. La particularité de ces émissions vient du fait qu’ils sont produits par une radio commerciale et destinée à un marché étranger. En Grande Bretagne, à l’époque, c’est la BBC qui a le monopole absolu sur la radiodiffusion. Et la BBC n’accepte pas la pub !

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Pendant 40 ans, les années de guerre mondiale exceptés, Radio Luxembourg reste un formidable moyen de contourner la législation britannique et diffuser la publicité sur les ondes en Grande Bretagne! Leurs émetteurs sont parmi les plus puissants au monde et couvrent, depuis l’Europe continentale tous les iles britanniques. Mais pas seulement, même à Varsovie, à Vilnius ou à Helsinki on capte assez facilement, surtout la nuit, les programmes musicaux en langue anglaise sur la même fréquence, 1439 kHz, 208 mètres, sur les ondes moyennes. « The great 208 », le grand 208. Les amateurs de la musique en Europe occidentale, centrale et, en partie, orientale doit s’en souvenir encore…

Pionniers parmi les stations commerciales, Radio Luxembourg est également un radio qui diffuse la musique le plus populaire du moment et l’un des premiers qui commence à diffuser du rock. John Lennon et les autres futurs stars du rock britannique ont reçu leur éducation musicale en écoutant le signal d’une station lointaine, tous les jours a partir de 6h du soir et jusque tard dans la nuit. Les radios britanniques, celles de la BBC des années 50 et même 60 ne sont pas encore ce qu’elles sont devenues aujourd’hui. A l’heure où Luxembourg diffusait Elvis Presley, la BBC diffusait de l’opéra. Pas étonnant qu’une guerre froide et silencieuse durait toutes ces années entre les 2 stations. L’une ne mentionnait jamais l’existence de l’autre ! Et puis, Radio Luxembourg était peut-être la première station européenne à introduire les…jingles !

Jusqu’en 1964 Radio Luxembourg jouit donc d’un monopole sur la diffusion de la publicité Mais en mars 1964, Radio Caroline commence les émissions commerciales depuis un bateau, ancré à 4 miles au sud des cotes britanniques. Si les luxembourgeois opèrent la nuit seulement, pour les raisons d’éloignement assez important malgré tous, les pirates de Radio Caroline peuvent diffuser la pub toute la journée et êtres entendus! Les autres vont vite suivre leurs exemples.

En 1973 le monopole de la BBC est brisé, les stations commerciales commencent à s’installer sur les iles britanniques. Leur programmation devient de plus en plus variée et spécialisée. La concurrence devient de plus en plus rude. Vers la fin des années 80 on observe la chute de l’audience et des recettes publicitaires de Radio Luxembourg. La suite est connue et elle est logique. Radio cesse d’émettre.

Sur le net aujourd’hui on retrouve beaucoup d’anciennes émissions de la radio, préservés dans les archives personnelles. Un de ressources le plus vastes se trouve sur un site lithuanien. Pour ceux qui habitaient derrière le rideau de fer Radio Luxembourg était le seul moyen d’entendre la vibration du monde contemporain occidental au milieu des mièvreries et des mensonges des radios communistes. Tard dans la nuit, les lycéens de Riga, Kaunas et St.Pétersbourg collaient leurs oreilles aux postes pour apprendre l’existence de la musique reggae ou la mort de Lennon.

Mais plus on s’éloignait de Luxembourg, moins le signal était fort, et moins audible devenaient les paroles.

Je me souviens que toute ma jeunesse, je me grattais la tête en essayant de comprendre, pourquoi vers minuit, tous les jours, Radio Luxembourg diffusait une chanson sur « baby chance ». Et c’est seulement aujourd’hui, en parcourant ce site lithuanien et en réécoutant les archives sonores ressuscitées, que j’ai trouvé la solution à cette vielle énigme personnelle. Toute ma jeunesse j’écoutais une publicité pour un… poiré, de la marque « Babycham », très populaire pendant les soirées londoniens arrosées des années 80.

Je peux vous dire que quand on écoutait cette pub au milieu de la nuit soviétique, on se transportait vraiment à Londres. Le meilleur moyen pour être mal réveillé le lendemain et oublier l’existence de Karl Marx…

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