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The SeaCleaners : le navigateur Yvan Bourgnon à la barre du Manta, le voilier dévoreur de plastique

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Le Manta, premier bateau-usine écoconçu pourra traiter jusqu'à 10 000 tonnes de déchets par an
Le Manta, premier bateau-usine écoconçu pourra traiter jusqu'à 10 000 tonnes de déchets par an
- The Seacleaners

Demain l'éco. L’association The SeaCleaners a mis au point un catamaran géant écologique et innovant pour collecter et traiter les déchets plastiques dans l’océan. Ce bateau-usine autonome à plus de 75% pourra traiter jusqu’à 10 000 tonnes de déchets par an. Sa mise à l’eau est prévue pour 2024.

Navigateur et aventurier, Yvan Bourgnon a fait plusieurs fois le tour du monde sur un bateau, avec ses parents quand il était enfant et lors de ses nombreuses courses au large. Et il a pu voir au fur et à mesure des années la pollution des océans s’aggraver au point de ne plus pouvoir finir aucune traversée sans risquer de percuter containers, filets de pêche et autres objets flottants non identifiés à la dérive. 

Pas étonnant lorsque l'on sait que chaque minute entre 9 et 17 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans les océans. Une étude publiée dans la Revue Sciences estime même que si rien ne change, la quantité de plastique dans les océans pourrait tripler d’ici 2040 pour atteindre 29 millions de tonnes. 

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Le Manta dans un vortex de déchets
Le Manta dans un vortex de déchets
- The SeaCleaners

"En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans la mer" surenchérit Yvan Bourgnon, citant une étude de l’ONU dont les chiffres sont suffisamment alarmants pour qu’il fonde en 2016 The SeaCleaners. Sous l’égide de son association, il mobilise chercheurs et entreprises pour trouver le moyen le plus écologique de nettoyer les océans. Depuis 2018, ce sont 58 ingénieurs, techniciens, une vingtaine d’entreprises et 5 laboratoires de recherche dont ceux de l’École navale de Brest et de Centrale Nantes qui participent au consortium technique de conception du bateau. La version définitive du Manta était présentée officiellement en ce début d’année à Paris pour que commence la campagne de levée de fonds.

Pollution plastique en mer. Une association, et pas une entreprise, pour agir plus vite. Les explications d'Annabelle Grelier avec Yvan Bourgnon.

3 min

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Premier bateau-usine écoconçu

Long de 56 mètres et large de 26 mètres, ce voilier géant devrait fonctionner à 75 % de manière autonome grâce à ses 1 500 m² de voiles installées sur des gréements automatisés et de moteurs à propulsion électrique. L’électricité sera produite par une série d’équipements embarqués de production d’énergies renouvelables comme deux éoliennes, des hydro-générateurs et près de 500 m² de panneaux solaires. Son usine de traitement des plastiques embarquée disposera d’une unité de conversion énergétique par pyrolyse, capable de transformer l’intégralité du plastique collecté en énergie, avec une empreinte environnementale faible.

Yvan Bourgnon lors d'une sortie au large de la Martinique pour tester les dispositifs de propulsion après modifications
Yvan Bourgnon lors d'une sortie au large de la Martinique pour tester les dispositifs de propulsion après modifications
- Roberto Gondolfi

C’est une vraie innovation car jusque là la pyrolyse n’était pas adaptée aux déchets marins qui sont chargés de sel. La pyrolyse n’aime pas le chlorure de sodium, on finit avec de l’acide chlorhydrique mais les chercheurs et ingénieurs ont travaillé avec le CEA notamment, pour parvenir à dessaler le plastique avant la pyrolyse, et ils ont réussi.

s’enthousiasme Yvan Bourgnon, d’autant plus satisfait de la trouvaille que les déchets plastiques marins sont de très mauvais déchets pour être recyclés et revalorisés. Trop détériorés par les UV et le sel, ils sont bien plus utiles transformés en énergie. 

Le système de pyrolyse choisi pour le Manta repose sur un principe simple : rien ne doit être gaspillé. Tout ce qui est collecté et transformé à bord du bateau est converti en composant utile, selon les principes de l'économie circulaire. La priorité est la conversion des déchets en énergie, plutôt que leur stockage qui augmente le poids du navire et donc sa consommation d'énergie.

Le voilier géant doit fonctionner à 75 % de manière autonome grâce à ses 1.500 m² de voiles, des éoliennes, et près de 500 m² de panneaux solaires et son unité de conversion énergétique par pyrolyse.
Le voilier géant doit fonctionner à 75 % de manière autonome grâce à ses 1.500 m² de voiles, des éoliennes, et près de 500 m² de panneaux solaires et son unité de conversion énergétique par pyrolyse.

À réécouter : Des fleuves à l'océan, itinéraire d'un plastique ravageur

Objectif : 5 000 à 10 000 tonnes de déchets plastiques par an en moins dans les océans

Avec une capacité de collecte et de traitement des déchets d'1 à 3 tonnes par heure, l'objectif du Manta est de débarrasser les océans de 5 000 à 10 000 tonnes de déchets plastiques par an.  

Le Manta aura pour première vocation d’intervenir sur les zones où la pollution plastique marine est particulièrement dense : zones côtières, rivières, embouchures des grands fleuves et estuaires d’Asie du Sud Est où se trouvent les 12 des 20 plus grands fleuves au monde les plus souillés, en haut de la liste viennent le Yangtsé et le fleuve jaune.  

Navire hauturier, le Manta sera également capable d’intervenir rapidement dans les zones polluées à la suite d’une catastrophe naturelle ou climatique comme les cyclones ou les tsunamis. 

Selon le calendrier que s’est fixé The SeaCleaners, la construction doit débuter en 2022, la mise à l’eau et les premières campagnes de collecte sont prévues pour 2024.

Le bateau de tous

Pour Yvan Bourgnon, le Manta est un projet universel. Quinze millions d’euros ont déjà été collectés auprès de 30 000 donateurs et entreprises en France, en Allemagne et en Suisse, mais il en faut le double, soit 30 millions d’euros, pour financer un seul de ces voiliers nettoyeurs d’océan. The SeaCleaners, qui emploie une trentaine de salariés au pôle technique et scientifique de la Trinité-sur mer et sur son pôle mécénat à Paris, estime que le volet financier devrait être bouclé en 2022 pour ensuite passer commande auprès de chantiers navals. Une grande partie du bateau devrait être construit dans l’hexagone et le consortium nantais Neopolia qui réunit des sociétés de la filière maritime a été sollicité mais c’est avant tout un projet universel, assure Yvan Bourgnon. 

Le Manta, 56 mètres de long peut collecter sur une largeur de 46 mètres
Le Manta, 56 mètres de long peut collecter sur une largeur de 46 mètres

Il faudrait des centaines de Manta sur les mers. Nous, on aimerait que les États prennent à leur compte le problème de la pollution des océans et commandent des bateaux. On peut leur construire mais si des pays comme la Chine veulent les faire chez eux, qu’ils reprennent notre technologie, qu’ils fabriquent leurs bateaux.

Le Manta est aussi un bateau-ambassadeur. Il accueillera des équipes scientifiques à son bord, pour des missions au long cours. Six à dix chercheurs internationaux seront accueillis en permanence. Ils auront à leur disposition des salles de travail, deux laboratoires et tous les équipements océanographiques nécessaires pour mener à bien des missions de géolocalisation, quantification et caractérisation des déchets. L’ensemble des résultats de ces missions sera publié et les données mises à disposition en open data afin d’améliorer la lutte contre la pollution plastique océanique et de faire avancer la recherche scientifique.

Le Mobula 8 en action
Le Mobula 8 en action
- The SeaCleaners

À réécouter : Plastique, la fin d'un cycle ?

Un bateau de taille plus modeste est en construction dans les chantiers Efinor à Paimpol. Le Mobula est un bateau polyvalent de dépollution qui permet de collecter les microdéchets et les hydrocarbures dans des zones plus étroites, peu profondes et moins accessibles comme les zones portuaires ou lacustres ou encore les rivières. Le Mobula 8 dispose d’une capacité de stockage de 5 à 10 mètres cubes, il sera mis à l’eau en avril et fera le tour de France cet été avant de mettre le cap sur l’Indonésie en automne. D’une valeur de 150 000 euros, il demeure plus abordable pour les collectivités locales ou les États. Pour The SeaCleaners, l’idéal serait de voir des centaines de ces bateaux dans les ports et sur les fleuves, comme dernières barrières filtrantes avant que les déchets ne partent dans les océans. Un investissement qui semble judicieux quand le Programme des Nations unies pour l’Environnement évalue à 13 milliards de dollars par an le coût de la pollution marine liée aux déchets plastiques dans l’océan.

" On n'a pas le temps de se faire concurrence pour nettoyer les océans. Si la Chine veut construire nos bateaux qu'ils prennent notre technologie.
" On n'a pas le temps de se faire concurrence pour nettoyer les océans. Si la Chine veut construire nos bateaux qu'ils prennent notre technologie.
- Yvan Bourgnon

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