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Théâtre, cinéma, exposition... 5 idées pour votre week-end

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Collage 2/11
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Chaque vendredi, Arnaud Laporte et les critiques de La Dispute vous proposent une sélection de rendez-vous culturels pour votre week-end.

Toute cette semaine, les critiques de La Dispute ont une fois encore débattu pour vous du meilleur de l'actualité culturelle. Résultat de ces échanges en 5 récréations, un spectacle, un opéra et un ballet réunis, une exposition, un livre, un film. Bonnes découvertes !

Un spectacle : "Le banquet", un délire burlesque de haut-vol

Le banquet - © Giovanni Cittadini Cesi
Le banquet - © Giovanni Cittadini Cesi

Il y a des gens qui ont vraiment tout pour eux. Mathilda May est de cette espèce, elle qui avait surpris son monde avec le très réussi Open Space, le premier spectacle dont elle avait signé la conception et la mise en scène. Ce fut un succès critique et public, qui a beaucoup tourné. Cinq ans plus tard, revoilà l’ancienne danseuse classique et toujours musicienne et comédienne avec sa nouvelle création : Le banquet. Après le huis-clos du monde du travail, c’est un autre espace-temps qui est convoqué, celui d’une soirée de noces. Particularité, comme pour Open Space, c’est un spectacle sans parole, mais avec force sons et musiques, porté par une troupe de danseurs-acteurs-mimes qui nous font vivre un banquet de mariage qui tourne à la catastrophe, dans un délire burlesque de haut-vol.

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  • "Le banquet", conception et mise en scène de Mathilda May, jusqu'au 10 novembre au théâtre du Rond Point

L'avis des critiques : 

J’ai trouvé ce spectacle sympathique, même si j’ai été moins emballé qu’avec « Open Space ». J’ai découvert cet ovni avec ses borborygmes. On peut trouver des références à Buster Keaton, mais aussi à Pina Bausch, ou aux Deschiens, cependant c’est un peu en deçà. Le mariage est un sujet assez galvaudé, mais on a des gags plutôt réussis dans l’absurde. Ce spectacle aurait peut-être pu être plus abouti et plus drôle. Philippe Chevilley

La réussite de « Open Space » ne s’est pas reproduite avec « Le Banquet ». Cela tient aussi à une question de rythme, les séquences sont souvent un peu trop longues. La difficulté d’un spectacle théâtral sans parole, c’est qu’il ne souffre par la moindre imperfection. Je trouve que les acteurs jouent plutôt bien leur partition. Il y a une forme d’habileté, de virtuosité des interprètes, mais on est plutôt dans la caricature. Arnaud Laporte

C’est un spectacle où il y a essentiellement des borborygmes et des onomatopées. On a des personnages qui sont plus des caractères, que des figures très profondes. Toute la première partie est extrêmement axée sur un travail du corps. Si au début cette filiation avec Tati fonctionne, elle ne tient pas sur la durée. Pour moi ce n’est pas tant la question du rythme que celle du surlignage qui pose problème. Caroline Châtelet

Ce spectacle m’a consternée. Mathilda May avait agréablement surpris son monde il y a cinq ans. Ici je ne sais où classer ce qui n’a pour moi aucun intérêt, aucun sens. On n’a aucune empathie envers les personnages, il y a beaucoup de vulgarité. On voit tous les gags venir les uns après les autres et ce dès le départ. Je n’aime pas la façon dont on fait jouer les comédiens et ils ne sont pas tous très bons. Marie-José Sirach

Un opéra et un ballet réunis : "Iolanta / Casse-Noisette", éblouissant de beauté et d’intelligence

Iolenta - Casse-Noisette - © Agathe Poupeney, Opéra national de Paris
Iolenta - Casse-Noisette - © Agathe Poupeney, Opéra national de Paris

L’opéra Iolanta et le ballet Casse-noisette ont été créés au cours d’une même soirée de  décembre 1892, mais  jamais  repris  ensemble. Le  metteur  en  scène  russe  Dmitri  Tcherniakov a recréé ce programme à l’Opéra de  Paris. Le résultat est éblouissant de beauté et d’intelligence, avec en plus la divine Sonya Ioncheva dans le rôle de Iolanta

  • "Iolanta / Casse-Noisette", de Tchaïkovski, mis en scène par Dmitri Tcherniakov et dirigé par Alain Altinoglu, en DVD et Blu-ray chez Belair classiques

L'avis des critiques : 

On a un tout organique et cohérent bien que les ouvrages n’aient rien à voir. Il y a beaucoup d’effets théâtraux absolument sidérants dans cette mise en scène, les réactions émotionnelles des personnages sont intéressantes. A la fin de « Iolenta », les décors s’enchâssent jusqu’à ce qu’à la maison s’effondre. Je retrouve beaucoup de couleur et de lyrisme dans cette direction, un souffle. Emmanuel Dupuy

Quand on le voit en DVD, on a du mal à imaginer la soirée que cela va constituer, puisque c’est quand même très long. Quand le rideau s’ouvre, on voit surtout un sapin de Noël immense dans un tout petit salon. Très vite cela commence à ressembler à une prison ou à une chambre mortuaire. On a un jeu entre l’enfance et une forme de morbidité qui tend beaucoup. La transition qui était le gage, est parfaitement tenue et fluide. Lucile Commeaux

C’est une mise en scène où il se passe tellement de choses, où le spectateur est tout le temps sollicité. J’ai beaucoup plus apprécié le spectacle en le revoyant sur DVD. Le dispositif avec une absence de solution de continuité entre les deux et la dilatation du décor est absolument extraordinaire. Chaque clignement de paupières, chaque sourire ressort ce qui est très fort. En revanche la partie chorégraphique continue à ne pas me convaincre. Emmanuelle Giuliani

Une exposition : "Miro", l'occasion de réviser son jugement sur le peintre

Joan Miró, Peinture-poème - © Successió Miró, Adagp, Paris 2018
Joan Miró, Peinture-poème - © Successió Miró, Adagp, Paris 2018

Si, comme moi, vous avez des a priori sur Miro, cette exposition du Grand Palais peut être l’occasion de réviser votre jugement. En présentant un très riche ensemble couvrant toutes les périodes de création de l’artiste, cette rétrospective montre bien que Miro se situe parmi les créateurs les plus importants du XXème siècle.

  • "Miro", jusqu'au 4 février 2019 au Grand Palais, Galeries nationales

L'avis des critiques : 

C’est une exposition qui donne à voir toute l’extraordinaire ampleur de cette œuvre. Elle ne renouvelle pas fondamentalement sa lecture, mais donne à voir des choses qu’on n’associerait pas directement à Miro qui s’est frotté au cubisme, au fauvisme, etc. L’exposition donne également à voir "Les constellations", une petite série de gouaches qui sont une sorte de ciel de signes. Miro fait partie des artistes qu’on croit connaître. Anaël Pigeat

Je pense que c’est une exposition qui est importante, on n’a pas eu de grande rétrospective Miro depuis 1974, déjà au Grand Palais à l'époque. C’est quelqu’un qui a joué avec toutes les influences de son temps. Cette liberté est réellement rendue visible par cette exposition. Ce que cela m’a fait comprendre, c’est que c’est tout sauf abstrait. La figure est toujours présente dès le début. Les signes et le vocabulaire coloré proviennent d’un amour et d’une observation très attentive de la nature. Mathilde Villeneuve

J’avais une vision assez superficielle et naïve de Miro. Je pensais qu’il était un grand enfant, c’est en fait un poète. Dès le tout début de l’exposition on voit cette façon qu’il a de contenir un monde imaginaire, comment le minuscule devient grandiose. Il a des traits qui ressemblent beaucoup à de la calligraphie. J’aime beaucoup dans cette exposition le passage de l’infiniment petit à quelque chose de beaucoup plus épuré, pour aboutir à un Miro d’après-guerre absolument prodigieux. Florian Gaité 

Vivre 90 ans cela permet de produire beaucoup. C’est vrai que cet accrochage est aussi traversée du vingtième siècle. Prévoyez du temps pour voir cette exposition Miro. A la fin, on n’a qu’une envie, c’est de recommencer le parcours. Ce triptyque du « Condamné à mort » est quelque chose de très très fort. Je trouve que cela change du tout au tout notre regard sur Miro. Arnaud Laporte

Un livre : "Mauvais joueurs" 

Couverture de "Mauvais joueurs" de Joan Didion, chez Grasset
Couverture de "Mauvais joueurs" de Joan Didion, chez Grasset

Il aura fallu longtemps pour que la France succombe à Joan Didion. C’était en 2007, avec L’année de la pensée magique, journal du deuil qui avait frappé l’auteur avec la mort soudaine de son mari. Cela a permis de publier chez nous quelques uns de ses romans, dont ces Mauvais Joueurs, sorti en 1970 aux USA, et qui nous plonge dans la dépression d’une actrice hollywoodienne.

  • "Mauvais joueurs", de Joan Didion (Grasset)

L'avis des critiques : 

« Maria avec ou sans rien » me paraissait être un meilleur titre, puisque le rien occupe toute la place. La vacuité des existences fait tituber. C’est un livre qui nous parle d’une absence de cause à effet. Le texte se délite au fur à mesure. Les dialogues qui prennent beaucoup de place au début, deviennent de plus en plus courts. Le texte a peut-être un peu vieilli. Il y a une temporalité un peu étrange. Raphaëlle Leyris

On a en effet un texte un peu vieilli qui résonne d’une modernité des années 1990. Or, je suis de ceux qui sont devenus dingues de littérature par les auteurs de ces années, ce qui m’a fait entrer dedans pleinement. Je n’avais encore jamais trouvé de livre qui fasse aussi bien la dépiction du rien, qu'elle arrive à sentimentaliser. Les personnages ne sont jamais des faire-valoir. On nous parle du monde tout en parlant réellement des personnages. Jean-Christophe Brianchon

Un film : "Sophia Antipolis", terrible et fascinant 

Après l'énigmatique et beau Mercuriales, sorti en 2014, Virgil Vernier renoue avec l'énigmatique et le beau pour Sophia-Antipolis. Si l’on ne se risquera pas à tenter de résumer le film, construits en éclats narratifs, on peut dire que le cinéaste continue à explorer la solitude, la disparition et l’inquiétude violente de notre monde. Le résultat est terrible et fascinant.

  • "Sophia Antipolis", de Virgil Vernier, en salle le 31 octobre

-En partenariat avec le magazine Grazia-