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Spectacle vivant : l'État ne favorise toujours pas assez la demande selon la Cour des comptes

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La Cour des comptes relève notamment qu'en 2019 un spectacle sur une scène nationale comptait une moyenne de seulement 2,3 représentations !
La Cour des comptes relève notamment qu'en 2019 un spectacle sur une scène nationale comptait une moyenne de seulement 2,3 représentations !
© Radio France - Catherine Grain

L'institution de la rue Cambon vient de publier un rapport qu'elle qualifie de très nuancé. Mais elle épingle le ministère de la Culture et l'État sur leurs orientations encore trop tournées vers l'offre et la création de spectacle vivant, avec des outils de mesure du secteur toujours défaillants.

C'est "un rapport très nuancé" a répété Louis Gautier, le président de la 3e chambre de la Cour des comptes, aux journalistes. "Le soutien du ministère de la culture au spectacle vivant" est un état des lieux d'une centaine de pages rédigé en contradiction avec la rue de Valois et sur la base de 150 entretiens. Il détaille jusqu'à la crise du Covid de grandes évolutions de ces dernières années et des améliorations, mais il soulève aussi de nombreuses interrogations sur le secteur et comment la rue de la Valois et l'État le considèrent. En particulier le problème de diffusion des oeuvres que le rapport de Bernard Latarjet regrettait déjà... en 2004 ! : "En France, les spectacles tournent peu ou mal (…) C’est l’état de surproduction, résultat d’une absence de régulation, qui est la cause principale des difficultés de la diffusion des œuvres."

La structuration louable d'un ministère qui reste incontournable

Le ministère de la Culture se distingue par une variété de modes d'intervention sans équivalent à l'étranger souligne la Cour des comptes dans son travail complété par une étude des dispositifs établis dans les principaux pays voisins grâce aux services des ambassades (Allemagne, Italie et Royaume-Uni). L'institution se félicite aussi des progrès ces dernières années d'organisation, de labels grâce à la loi du 7 juillet 2016 (dite loi LCAP) et de transparence dans les nominations. Le travail sur le cahier des charges des établissements et des efforts en faveur de la parité et de l'écologie sont également salués.

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La rue de Valois reste un acteur incontournable pour le spectacle vivant, explique la Cour, même si la contribution du ministère à ce "secteur dynamique" est désormais "minoritaire", indique le texte. A contrario, l’enquête a permis d’évaluer les financements des collectivités territoriales, en particulier ceux des communes, et d’établir qu’ils ont progressé depuis 2015 et représentent au minimum 2,47 milliards d'euros en 2019, précise sa synthèse.

De bons points alors que, "Jusqu’à 2020, le secteur du spectacle vivant (public comme privé) a connu une croissance dynamique qui s’est traduit par une forte augmentation du nombre d’entreprises et de salariés et par une offre de spectacles très abondante. Les effectifs salariés du secteur ont augmenté de 46 % entre 2000 et 2017 pour s’établir, alors, à plus de 217 000 salariés".

Considérer la demande quand le nombre de représentations apparaît dramatiquement faible

Deux chiffres saisissants et récents sont toutefois mis en avant dans le texte : en 2019, un spectacle dans un centre dramatique national ne comptait en moyenne que 3,7 représentations et pire encore pour une scène nationale, avec une moyenne de 2,3 représentations !

Ces deux chiffres illustrent parmi d'autres à quel point la demande du public n'est toujours pas assez pris en compte. Les créateurs et leurs oeuvres restent privilégiés d'après les sages de la rue Cambon, dans le droit fil des années Lang notamment : nouvelles créations riment avec subventions mais singulièrement pas assez avec diffusion, y compris à l'étranger. "Là encore, interroge Louis Gautier, l'action publique entre ce que fait le ministère des Affaires étrangères et ce que fait le ministère de la Culture, ces deux mondes doivent-ils rester totalement séparés ?".

Le constat de la Cour des comptes et ses pistes pour l'avenir précisés par Louis Gautier, président de la 3ème chambre de l'institution.

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L'éducation nationale n'est pas non plus assez sollicitée malgré les discours depuis des années sur la démocratisation culturelle et le renouvellement des publics. Et même l'outil officiel de remontée de données de billetteries est en cours de déploiement depuis... cinq ans !

Parmi leurs recommandations, les sages préconisent donc de "doter la direction générale de la création artistique (DGCA) des outils et de l’organisation lui permettant de disposer au plus vite de données fiables et complètes pour piloter la politique en faveur du spectacle vivant". Ils demandent aussi à "associer plus étroitement les DRAC à l’élaboration des orientations de la politique du spectacle vivant". Et Louis Gautier cite notamment en exemple vertueux de "politique qui cultive les publics" la Philharmonie de Paris et le travail de son directeur Laurent Bayle dans l'Est de la capitale, "à travers les abonnements, à travers la recherche de jeunes spectateurs".

Cette situation pleine d'effets pervers apparaît d'autant plus préoccupante que les personnes nées après 1985 fréquentent de moins en moins le spectacle vivant, indique une rédactrice du rapport, et que nos habitudes culturelles ont changé pendant la crise sanitaire.